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AVANT-PROPOS III

Posthumes : ce besoin absolu de sincérité, ce besoin absolu de déposer tout fard mondain, d'être là, debout devant ceux qui l'écoutent à plus d'un siècle de distance, avec toute sa grâce, certes — il n'eût pas su s'en dispenser — mais aussi avec toutes ses vilenies.

A lire tel paragraphe où il semble se complaire dans le scandale qu'il causa — ou qu'à l'époque il masqua — ne crions pas au cynisme. A l'entendre évoquer telles galanteries en citant des noms de femmes un instant aimées, ne nous hâtons pas de crier à la trahison. En repassant sa carrière amoureuse, cet amoraliste a donné un bilan non pas comme le don Juan qu'exciterait encore au soir de la vie la seule réminiscence de ses passions, mais comme un philosophe établissant une liste d'arguments. Sans doute quelque fatuité se glisset-elle parfois dans ses notes. Sans doute celles-ci manquent-elles parfois d'élégance. Mais il y a la conclusion, la conclusion que l'on pressent avant le point final et qui porte Ligne, sinon à d'amers regrets — ce ne serait pas sa manière — du moins à de divines espérances.

Il datera de Tœplitz, le i^^ mai 1797, une préface pour les Posthumes où se trouvent ces mots :

« Dites-vous à vous-mêmes, mes enfants, mes amis, mes gens, à qui j 'ai donné si mauvais exemple, mes chers lecteurs, que si celui qui s'est si bien amusé dans sa vie, comme vous le verrez ici, vous dit de vous convertir, vous pouvez le croire. »

Et encore :

« Le sermon d'un mauvais sujet, qui croit cependant tout ce qu'il doit croire, fait plus d'effet que celui d'un saint. »

IV FRAGMENTS DE l'HISTOIRE DE MA VIE

Sous le pourpoint de l'homme de joie, le chrétien était demeuré. Par conviction? par crainte? A ses « chers lecteurs » de prononcer. Il y a là un cas psychologique. Il faut l'étudier sans idée préconçue et pour cela il est nécessaire de placer Ligne dans son cadre, de tenir compte de son éducation, des milieux où il fut jeté, de son tempérament romanesque, de son esprit en constante recherche, de la bonté de ce soldat, de la naïveté de ce soi-disant roué, et, surtout, dans tous les domaines, de son perpétuel désir de plaire.

L'éducation de Charles-Joseph fut vraiment hachée. Il n'avait pas cinq ans lorsque sa mère, née princesse de Salm, mourut le 27 décembre 1739. Son père eut désormais seul la responsabilité de son éducation. A travers les souvenirs de Charles- Joseph, Claude-Lamoral II apparaît en traits durs. Le fils déclare tout uniment que son père ne l'aimait pas, ajoutant, à titre d'excuse : « Ce n'était pas la mode alors d'être bon père ni bon mari. » La princesse avait grand peur de son époux, militaire qui savait, à Belœil, tenir l'état d'un roi ; il l'obligea à accoucher en grand vertugadin « et elle mourut de même quelques années après, » tant il aimait les cérémonies et l'air de dignité.

Le prince Claude-Lamoral finit par chasser — ou presque — son fils, mais, auparavant, il s'était préoccupé de le faire instruire. D'une gouvernante amoureuse de son élève, l'enfant passa aux mains de l'abbé du Verdier. Les intérêts sentimentaux de cet ecclésiastique

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