POUR MES « POSTHUMES
C'est un mort qui parle : si c'était un mourant ce serait difjérent. On met son opinion sur la religion sur le compte de la. faiblesse de sa tête, on lui fait brûler ses œuvres scandaleuses et on ne sait ce qu'il a pensé, ni ce qu'on doit penser de lui.
J'aime bien mieux qu'un trépassé comme moi, bon vivant et mal vivant, assure, en bonne santé, qu'on ferait mal d'imiter ses actions et ses pensées trop libres. Qu'on s'en amuse si l'on veut, mais qu'on déplore ensuite ses dérèglements-de corps et d'esprit.
Le sermon d'un mauvais sujet, qui croit cependant tout ce qu'il doit croire, fait plus d'effet que celui d'un saint.
Je ferais peut-être mieux de jeter au feu toutes ces bêtises qu'on va lire, mes Contes immoraux et bien des légèretés sur la religion, mais on verra partout qu'elle perce et quelle doit triompher dans le cœur de tous les hommes sensés.
« Faites votre profession de foi », dit un capucin à un pauvre malade. Cela prouve-t-il beaucoitp dans cet état où il est mort de peur avant, et en attendant qu'il meure de maladie.^ Peut-on ajouter foi à sa foi?
J'aime mieux, en bonne santé, chanter la palinodie de mes erreurs et demander pardon à Dieu, de toute la ten-
dresse de mon âme, pour toutes les fois que je l'ai offensé.
Que les sots par air et faute de réfléchir brûlent éternellement. Tant pis pour eux, mais je sauverai au moins les gens d'esprit en leur représentant que Bossuet, Fénelon et Racine ont été bons chrétiens et bons catholiques. Je sauverai peut-être les gens du monde en leur représentant que, par mon exemple, on peut s'y sauver, qu'ils n'ont qu'à désavouer leurs erreurs, s'y arracher plus tôt que moi par une meilleure conduite et ne pas rougir de leur juste croyance que messieurs du bel air appellent crédulité. Tiédeur, indifférence, respect humain, paresse m'en ont fait négliger les pratiques. J'en demande aussi pardon et je conseille de s'en faire un régime fort aisé en se fixant une heure pour les remplir sans y manquer un seul jour.
Si l'on est dévot on les répétera et on en sera plus heureux. Si l'on n'est que religieux, cinquante ou soixante jours dans l'an pour le sacrifice de la messe et un pour celui de son amour-propre aux pieds d'un bon prêtre, ne doivent, en réalité, point gêner.
Dites-vous à vous-même, mes enfants, mes amis, mes gens, à qui j'ai donné si mauvais exemple, mes chers lecteurs, que si celui qui s'est si bien amusé dans sa vie, comme vous le verrez ici, vous dit de vous convertir, vous pouvez le croire. Si d'un côté il fait le mal de vous scandaliser, de l'autre il fait bien en gagnant votre confiance. Il vous dit : « Voilà de mauvaises mœurs, mais ayez-en de meilleures. Respectez les mœurs, les dogmes, les institutions, les commandements. Ne vous moquez de rien, n'interprétez rien. Ne soyez pas des pourceaux d'Épicure, ayez de la force sur vous-mêmes. Si vous n'en avez pas plus que moi, demandez-en pardon comme moi.
A quelques plaisanteries près, trop faciles à faire sur les choses sacrées, vous n'en serez pas moins gais. Quelques moments involontaires de remords, des instants de crainte