‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 32 sur 173 · ORIGINES DE LA FAMILLE DE LIGNE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA FAMILLE DE LIGNE

Un autre grand et très grand-père ayant été en négociation avec les Hollandais dans le temps de la grande révolution eut peur que le gouverneur de Lillo, qui se rendit au grand Alexandre Farnèse(i), cent ans précisément jour pour jour avant celui que je l'investis, en 1784, et lorsqu'il défilait avec sa garnison, il fit semblant d'entrer dans une sainte fureur catholique et lui passa son épée au travers du corps. Je ne dis pas cela pour son honneur, mais pour faire connaître les mœurs du temps. C'est même la seule mauvaise action que j'ai apprise sur le compte de mes parents. S'attend-on à ce qui en arriva? On sait qu'à présent on ne peut à aucun service gronder un inférieur, encore moins se fâcher devant un supérieur. Le prince de Parme lui dit : troppo colera signor principe! et puis il ne fut question de rien.

Je perdis un joli enfant de neuf ans, je crois, qui s'appelait François (2). Il aurait été aussi beau que Louis. J'en parle dans mes œuvres imprimées.

On appelait aussi le Grand Diable de Ligne, parce qu'on savait qu'il y en avait eu un dans notre maison,

(i) Alexandre Farnèse, prince de Parme, 1546-1592.

(2) François-Léopold, mort à Bruxelles le 6 jan\'ier 1771, âgé de sept ans. Ligne a publié dans ses Œuvres légères, tome I, p. 105-109 une Ode à la mort, en tête de laquelle il a écrit : « J'avais perdu un fils qui aurait dix ans et que j'aimais beaucoup et pour distraire mon cœur aux dépens de mon esprit je fis cette ode... Je m'étais sauvé à la campagne et j'entendis pendant que j'écrivais les cloches de son arrivée et de son enterrement. »

une de mes sœurs qui faisait enrager d'abord son couvent, puis mon père, puis son chapitre (i).

Mon père lui dit un jour : « Mon fils sera tué à la guerre, car vous avez un visage d'héritière. » Je ne l'ai presque point vue, ni mon autre sœur non plus, guère moins laide, prévôté du chapitre d'Essen, toute bonne à ce qu'on dit (2).

Un jour, mon père envoya la première dans sa chambre en pénitence. » Elle ne veut pas y aller. Mon père, pour la faire sortir, la traîne avec le fauteuil où elle était et accroche à la porte, et la tête insubordonnée lui dit : « Je savais bien que vous étiez mauvais père, mais vous êtes aussi mauvais cocher. »

[Mon père qui dépensait des millions pour créer Belœil et des millions dans Belœil où il donnait quelquefois des fêtes superbes et tenait l'état d'un roi, grondait ses gens quand ils présentaient un verre de vin au curé ou au capucin qui venait prêcher le carême. Il disait tout haut : « La bière suffit pour ces gens-là, » C'était bizarrerie car il avait réellement de la noblesse dans ses manières et dans ses actions. Il avait été d'une bravoure distinguée dans la guerre de Succession et à la bataille et au siège de Belgrade. Colonel très jeune, obligé à capituler devant (3) la citadelle d'Anvers, il dit au commandant : « Au moins l'ennemi

(i) Louise-Marie-Christine, 1 728-1 784, chanoinesse du chapitre de Remiremont.

En marge dans S : « Le grand diable de Ligne parce qu'on savait qu'il y en avait eu un dans la maison. »

{2) Marie- Josèphe, 1 730-1 783, prévôté du chapitre souverain d'Essen.

(3) Variante L ; « dans ».

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