‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 33 sur 173 · NAISSANCE DE CHARLES-JOSEPH · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE CHARLES-JOSEPH

n'aura pas mes drapeaux ! » et (i) il les emporta sur ses épaules et puis (2) les cacha dans ses fourgons (3). Il avait de grandes idées. On le voit, aussi bien que son goût, dans les ouvrages qu'il a laissés (4).]

[Mon père ne m'aimait pas. Je ne sais pourquoi, car nous ne nous connaissions pas. Ce n'était pas la mode alors d'être bon père ni bon mari. Ma mère avait grand'peur de lui. Elle accoucha de moi en grand vertugadin, et elle mourut (5) de même quelques années (6) après, tant il aimait les cérémonies et l'air de dignité.

Un jour, en voyage, nous voilà embourbés près de Cronstadt. Il me donna un soufflet : je n'avais seulement pas soufflé.

Une autre fois, dans son jardin à Clostemeubourg, où il faisait travailler, ses ouvriers renversent une statue.

(i) Variante L : « et » au lieu de « et il ».

(2) Ibid. L : « ensuite » au lieu de « puis ».

(3) Le passage « Colonel... fourgons » a été ajouté en marge dans B.

La capitulation d'Anvers eut lieu le i6 juin 1706 ; le siège de Belgrade dura du 29 juin au 18 août 171 7. Le dernier alinéa n'a pas été reproduit par la Revue nouvelle. Il est important car il confirme que c'est bien au prince Claude qu'il faut attribuer la conception du parc français de Belœil.

(4) Variante L : « Il avait des grandes idées, on le voit assez dans les ouvrages qu'il a faits. »

(5) Variante Bd : «Ce n'était pas la mode alors d'être bon père, bon maître, ni bon époux. Ma mère avait, à ce qu'on m'a dit, grand'peur du sien. Il aimait tant la dignité qu'elle accoucha de moi en grand panier et elle mourut de même. »

(6) Le rédacteur de la Revue nouvelle avait copié semaines au lieu ^'années, ce qui constituait une erreur telle qu'Alphonse Wauters (Biographie nationale belge) en avait fait un argument contre l'authencité des mémoires. La princesse mourut le 27 décembre 1739, âgée de trente-sept ans.

Il me donne un grand coup de canne, à la vérité avec une belle pomme d'or guilloché.

Je recevais souvent de lui quelque marque d'attention en injures et pronostics que je serais un sujet détestable. Sa mort cependant fit sur moi un grand effet. Il m'avait chassé de chez lui. Il demeurait à la campagne. Je revenais de la guerre, et ne le vis que deux ou trois fois entre ces deux événements. Mais alors on ne se rappelle que les bonnes et grandes choses.

Il avait une grande élévation et était aussi fier en dedans qu'en dehors. Il se croyait un Louis XIV et en était un presque en jardins et magnificences, qu'il remplaçait quelquefois par de petites avarices comiques, comme je l'ai dit plus haut.]

[Le prince Ferdinand, (i) mon oncle, était maréchal comme lui et s'était distingué aussi à Ramillies, Audenarde, Malplaquet, etc. Mais il était dévot et minutieux. Il avait quelques bonnes qualités. Par exemple, il ne contribua pas peu à nourrir mon goût pour la guerre ; il m'en parlait souvent et m'envoyait sans cesse à ses dragons ou faisait venir chez moi ceux qui avaient pris quelques étendards ou qui s'étaient le plus distingués. Je dis le plus, car c'est encore aujourd'hui, et c'était déjà alors, un régiment de héros (2).

Il m'avait si bien inspiré sa haine pour les Français que j'ai été longtemps à les abhorrer. Le duc de Croy fut le premier militaire de cette nation qui vint chez

(i) Ferdinand, 1 683-1 755.

(2) « qui s'étaient... héros », ajoutés en marge dans B.

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