ÉVEIL DES SENS
inspirés par les beaux yeux de Mme de Los Rios, qu'on rencontre ici, presque encore belle à plus de soixante ans, et la seconde par une demoiselle de Luzani, Mon Dieu que j'étais embarrassé et rougissant à la fois, et que je fus triste en la quittant, la première fois que je
quittai Vienne.
Je me souviens que je m'étais fait colère pour avoir bon air à ce que je croyais. Un jour qu'on m'avait versé avec mon gouverneur sur la route de Paris, de sens froid (car plutôt j'avais envie de rire), je tire encore ma petite épée et je me mets à jurer et à rosser les postillons qui se mirent à rire et conseillèrent qu'on me corrigeât de ce faux emportement, ce qui arriva par plusieurs jours
de pénitence.
Quelle mémoire j'avais! J'apprenais cent vers dans une demi-heure, et Voltaire lu à la dérobée, Jean- Baptiste Rousseau, La Fontaine, Boileau et Racine, que l'on me permettait de lire, me restaient tous dans
la tête.
L'amour pour Alexis dans Virgile, pour Ligurinus dans Horace, me donnaient bien à penser ; de même que les Novimus et qui tu de Virgile, le Cur aliquid d'Ovide et le Qua calet nunc juventus omnis d'Horace (i).
(i) Horace, Odes, livre III, ode 4, vers 19. Virgile, Bucoliques, \IV>, vers 8.
Ovide, Tristes, livre II, élégie unique, vers 103. Dans une épître à M. de [Pezay] : « J'entends, je parie, aussi bien que vous le Ligurinus d'Horace et son Lycidas : Qiio calel nunc
26 FRAGMENT* DE L'hISTOIRE DE MA VIE
Un M. de Rodoan, mon camarade de manège, un enseigne qui monta ma première garde avec moi, et puis un prince Menzikoff m'apprirent plus là-dessus ensuite que je n'en voulus savoir.
A mon premier quartier d'hiver, au château d'Ansembourg, toute la famille devint amoureuse de moi, excepté le père et le capucin son aumônier.
Quel plaisir j'eus à une petite bataille que je livrai à un chasseur qui voulut prendre mon fusil parce que j'étais sur le terrain de son maître ! Nous nous couchâmes en joue. Je lui fis peut-être pitié, car je n'avais pas seize ans, et je l'obligeai à la retraite.
A cet âge je faisais des extraits, des réflexions et des projets sur tous les livres de guerre que je trouvais. J'avais déjà des paquets d'ouvrages militaires de ma façon que j'ai changés et rechangés bien des fois depuis.
Entremêlant tout cela des Mémoires de Sully et de Mlle de Montpensier et des traductions qu'on me faisait faire de Salluste, Velleius Paterculus, Justin, etc, je pris du goût pour l'application qui ne m'a jamais
juventus omnis, le Daphnis de Corydon, le Novimus et qui te de Ménalque ou Melibée, le Cur aliquid vidi d'Ovide, mais il faut être tous o ces messieurs » ensemble pour les traduire et les commenter comme vous ». Mél., t. XIII, 154.