‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 42 sur 173 · ARDEUR MILITAIRE · texte numérisé non relu

ARDEUR MILITAIRE

abandonné, et je sus fort bien, avec quelques autres ouvrages, l'histoire ancienne et moderne.

Qiiînte Curce et Charles XII me rendaient fou de la gloire. Condc et Eugène, dont je savais par cœur les actions, étaient mes héros par excellence.

On ne pouvait m'apprendre que ce que j'aimais et on découvrit l'impossibilité de m'enseigner la physique, la chimie, les mathématiques (excepté ce qui suffît pour les fortifications), l'astronomie et même l'arithmétique. Je n'ai jamais pu apprendre un jeu de cartes, ni d'échecs, ni de trictrac.

Dans les cinq ou six mois que je passais à Bel œil et les trois ou quatre à Baudour, j'apprenais singulièrement la chasse et l'économie. Celle de mon père, qui ne voulait pas que je tirasse ma poudre aux moineaux, l'engagea à me la faire acheter ainsi que mon plomb et à me payer quatre sous chaque pièce de petit gibier que je rapportais à la maison, un petit écu pour un renard ou un chevreuil, et un gros écu pour un sanglier ou un loup (i).

(i) Dans B, première rédaction biffée : 0 Par économie, générosité peut-être, ou pour m'apprendre à tirer, mon père me donnait sept kreutzers par pièce de petit gibier et un petit écu pour le gros. Mais je devais m'acheter ma pondre, mon plomb. Je n'ai point eu d'autre argent jusqu'à mon mariage. »

Je n'eus pas d'autre argent que celui que je gagnai ainsi jusqu'à mon mariage. Il s'était aperçu que lorsque je tirais plus de pièces qu'il n'en fallait pour la cuisine, je les enterrais de peur d'être grondé, ou que je les faisais vendre aux garnisons françaises dont je n'étais qu'à deux, cinq ou six lieues, et c'est ainsi qu'il y mit ordre.

Je le suivais à la chasse à courre. Un jour, le sanglier fit tête dans le fourré. Mon père me voit mettre en joue. Il croit le distinguer. Il tire. C'était le meilleur de ses chiens. Il s'imagina que c'était une malice de ma part et me donna pour pénitence d'aUer à la chasse pendant quinze jours sans fusil. Quelle fut ma rage, le lendemain, de voir un sanglier passer presque entre les jambes de mon cheval, sauter un canal et tomber, sans pouvoir le tuer !

Ma constitution et mon caractère se formaient par les injures du temps et celles dont mon père me régalait souvent.

Il me mena à Vienne par Paris qui m'enivra par son tapage, ses spectacles et la gaieté de tout ce que je voyais et entendais.

Avant d'arriver à Ulm pour nous embarquer nous sommes arrêtés en Souabe (et ce qu'il y a de singulier, près de mon Edelstetten que j'ai eu quarante ans après pour mon indemnité), dans une forêt où il y avait un capitaine de voleurs nommé Federbusch avec sa bande.

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