‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 43 sur 173 · VOYAGE A VIENNE · texte numérisé non relu

VOYAGE A VIENNE

Me voilà au comble de la joie. Mon père, en vieux général, fait ses dispositions, prend sa canne qu'il m'avait donnée un instant auparavant sur les épaules parce que, étant embourbés, et lui en colère, je m'étais mis à rire. Je tire encore ma petite épée, M. de La Porte son couteau de chasse à manche vert, le chevalier de La Morlière son sabre. (C'était un capitaine de grenadiers de son régiment qu'il avait pris pour lui, ou pour moi, par dignité.) Nous voilà tous en bataille. Ce n'était qu'un chariot qui barrait le chemin !

Mon père qui avait fait travailler dans le château et parc de Dormans qui lui appartenait, en Champagne (i), où nous nous étions arrêtés une quinzaine de jours, nous fait débarquer dans sa maison à Clôstemeubourg. Dans l'instant cinquante ouvriers dans le jardin, grottes, ermitage, bassins rétablis. Oh ! par exemple, je suis bien là-dessus son digne fils.

Nous voici à Vienne (2). Il me mène à la cour et pendant qu'il est chez l'impératrice, l'empereur me fait entrer chez lui, me traite à merveille, me caresse

(i) La terre de Dormans, à vingt-cinq kilomètres d'Épernay, avait appartenu aux Conti et était passé aux Ligne par alliance avec la maison de Chaligny et de Moy. La terre de Clôsterneubourg, près de Vienne, avait été apportée en mariage au prince Claude par la princesse de Salm qui la tenait de sa mère, née princesse de Dietrichstein.

(2) Dans B, première rédaction bifîée : 0 Quel plaisir j'ai eu à être fait chambellan et comment en 1751, mon premier voyage de Vienne... »

et me fait entrer dans l'antichambre où mon père arrivait. Furieux fort aisément il me gronde d'être où il ne peut entrer que des chambellans. — C'est précisément ce qu'il est, dit François P*" (i). J'ai voulu vous en

faire la surprise.

Ma joie à ce nom ! Homme de cour à quinze ans ! Et puis, me disais-je tout de suite, M. de La Porte, quoique je l'aimais beaucoup, ne peut pas être chambellan. Je serai à la cour, aux églises, sans lui. Quel plaisir ! Quel honneur ! Il n'y en a pas tant à l'être à présent, mais alors...

D'ailleurs j'en ai été le plus jeune, ainsi que des généraux et des chevaliers de la Toison d'or. Ce qui fait qu'à présent, j'en suis à peu près le plus ancien.

On est plus ou moins bête à cet âge, et toujours important, ce qui en est une suite. Je ne faisais pas un dessin (j'en trouve tous les jours) ou je n'écrivais pas une ligne qu'il n'y eût : Charles de Ligne, chambellan.

J'ai parlé de mon confesseur, du prince Apprius, de Marie-Anne et de deux masques. Eh bien, en nous retournant de Vienne par Munich, la nature m'apprit le reste, avec une servante de l'Ours noir, dans un petit coin de la maison qui n'est point bon à être nommé (2).

(i) François P', 1708-1765, époux de l'impératrice Maxie- Thérèse.

(2) Variante B. « Ce fut la même année, qu'allant à Vienne avec

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