‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 47 sur 173 · VIE A BELŒIL 4I · texte numérisé non relu

VIE A BELŒIL 4I

sa surprise et de sa joie. Combien de fois ne se frottat-il pas los yeux? Et puis sa petite prière à Dieu en guise de remerciements...

Et un jour que l'orage m'obligea de m'arrêter dans une cabane dans ma forêt. Une bonne paysanne fit asseoir celui de mes gens qui était avec moi parce qu'il était galonné et, me laissant debout, me dit : « Messieurs, vous êtes peut-être du château? Dites-moi donc oii je puis voir notre seigneur. Quand il est à Baudour, je le cherche à Mons ; à Belœil quand il est à Mons. Comment faire pour le voir?... » Et puis l'on se doute bien des choses agréables que j'entendis...

Charles avait donné à cinq de ses gens d'écm"ie le nom de Brûle-pavé, de Mors-aux-dents, de Ventre-à-terre, de Grand-train et de Casse-cou. Quelle drôle d'idée ! Il en avait toujours de si gaies.

il: «

Pour donner une idée de ma pauvre tête sans arrêt, toujours occupée du moment présent auquel j'ai toujours tout sacrifié, je promis un jour (qu'étant à l'armée, je voulus arriver de bonne heure à un château où j'étais amoureux, dans le comté de Glatz), à mon postillon de renoncer à une rente de huit ducats qu'il payait à

directeur du théâtre de Bruxelles. Voir Annales, I, 342, et la préface des Lettres à Eugénie, par Gustave Charlier. Paris, 1923.

mon père pour une maison, lorsque je serais maître de mes biens.

Il creva presque mes chevaux pour cela, mais j'arrivai à la minute que je lui avais prescrite pour pouvoir embrasser mon objet dans sa chambre avant de nous mettre à table ; et je lui tins parole.

La première fois que je fis le beau, c'était à ime mascarade de l'Olympe (j'avais dix-huit ans), où le prince Charles (i) me donna le rôle de Mars, On crut que cela m'irait bien quoique je fusse bien mince, mais la véritable raison c'est qu'il était amoureux de ma Vénus et qu'il ne me craignait pas.

Je fus Apollon une autre fois. Sans être celui du Belvédère j'étais plus à ma place. Ces deux superbes habits m'allaient à merveille, à ce qu'on dit. J'avais trop peu d'adresse, de hardiesse, trop de délicatesse, de tendresse, de sagesse pour profiter alors des avantages qui malheureusement ne reviennent plus. Les fatigues des guerres et des plaisirs les diminuent d'une étrange manière. On m'aimait sans que je m'en aperçusse et j'aimais sans qu'on le remarquât.

N'était-ce pas une profanation et comment me l'at-on passée? J'ai donné la Tour de Babel en mascarade.

(i) Cliarles- Alexandre, duc de Lorraine et de Bar, 171 2-1 780, gouverneur général des Pays-Bas autrichiens.

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