DEUX ACCIDENTS DE CHASSE
je culbute sur lui avec la p>orte et ses pistolets. Je le ramasse et avec une écuelle de beurre fondu que je lui fais avaler par force, je lui sauve la vie et la raison.
Il y avait plus de cent étrangers logés (i) tant dans le château de Belœil que celui de Baudour (2), et des chasses superbes où je cherchais des dangers à la mort du cerf, aux hallalis dans les étangs.
Un jour qu'une (3) cinquantaine d'indiscrets français des garnisons voisines se trouvèrent à un déjeuner et un rendez-vous de chasse, je voulus les en punir et les faire culbuter en galopant et me laissant suivre par eux, au travers d'une garenne. J'y réussis, mais j'en fus puni moi-même car je fis un panache dans un trou de lapin, où l'on me laissa un quart d'heure sans que personne vînt me ramasser (4).
Voilà cet accident et en voici d'autres encore dans le genre de ceux dont j'ai parlé qui m'ont mis bien près de ma fin (5). Deux fois, le pied dans l'étrier, traîné dans une terre labourée, une entre autres où je voyais pendant plus de quatre minutes les fers de mon cheval
(i) Biffés dans B : a Pendant une quinzaine de jours. »
(2) Biffés dans B : « compris les deux cours du prince Charles et de la princesse Charlotte de Lorraine tous les ans et une ».
(3) En marge dans B : a et des chasses... jour qu'une ».
{4) Variante B a à un rendez- vous de chasse, j'en fis culbuter je ne sais combien et j'en fus puni, car je fis moi<-même une chute terrible, en galopant et me laissant suivre par eux, au travers d'une garenne. J'avais quinze ans alors. »
(5) En marge dans S : « Voici... ma fin. »
toujours ruant à une ligne de ma cervelle prête à sauter, et le corps disloqué à chaque sillon.
La première était à la chasse, la seconde à la guerre. Un cheval entier que je montais s'amouracha, la veille de la bataille de Kolin (i), de la jument d'un dragon de Ligne à qui je parlais, trouvant ce brave régiment en marche, du grand événement du lendemain. Pour le sauver je tirai mon cheval sur moi puisque, par ses mouvements passionnément volupteux, il était très près de terre, et le culbutant lui-même ainsi, je crus qu'il se relèverait, me laissant là. Mais ma botte lui resta attachée jusqu'à ce que, à force de ruades, de galopades et de secousses, elle se sépara de mon pied, me laissant presque mort sur la place.
Je dégringolai un jour vingt-cinq marches d'un escalier de pierre dans une maison sur le Graben et restai à peu près mort quand je fus au bout. Je n'eus pas longtemps la force de crier. Ne pouvant pas me ramasser ni me lever, je crus mes deux jambes cassées. J'en souffris bien longtemps et ne pus marcher de six semaines. Sans les bains de Baden j'en souffrirais encore.
J'étais déjà officier général lorsque j'eus la petite vérole que je gagnai par bonté d'âme et légèreté d'esprit (motif de beaucoup de mes actions de toute ma vie), du prince Auguste d'Aremberg (2) qui avait la fureur
(i) Kolin, en Bohême, sur l'Elbe, victoire des Autrichiens sur les Prussiens, le 17 juin 1757.
{z) Auguste, prince d'Arenberg, comte de La Marck, 1 753-1833.