‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 55 sur 173 · MORT DU PRINCE CLAUDE · texte numérisé non relu

MORT DU PRINCE CLAUDE

œuvres imprimées (i). Ainsi voilà deux genres de succès dont je ne parlerai plus dans ce petit ouvrage, mais sans ordre, quelques petites histoires pendant mes campagnes et mes quartiers d'hiver, et dans les intervalles d'une guerre à l'autre.

Je ne parlerai pas non plus de celle de Bavière, de celle de l'Escaut, ni de la guerre turque, russe et autrichienne (2). J'écrirai comme cela m'arrivera dans la mémoire, et quelquefois sur-le-champ ce qui m'arrive ou que j'éprouve. Les époques de ce que j'ai à dire sont très indifférentes, en voici une seule essentielle.

C'est la mort de mon père qui, malgré les changements prodigieux de ma situation, me frappa infiniment. Ce qui fit sur moi cependant plus d'effet et me coûta des larmes, ce fut sa mort de son vivant, c'est-à-dire lorsqu'un jour il me chargea d'une affaire et me parla presque pour la première fois de sa vie, en me disant que cela me regardait plus que lui, puisque... Ce « puisque » me fit fondre en pleurs. Il ne m'aimait pas. Je ne sais pas pourquoi il ne voulut pas me connaître.

(i) Mon journal de la guerre de Sept ans ne comprend que trois tomes (XIV, XV et XVI) des Mélanges. Ils ont été publiés en 1796.

Les Contes immoraux sont insérés dans le tome XXI, publié en 1801.

(2) Mon journal de la guerre de Sept mois ou de Bavière en 1778 et de celle des Pays-Bas e-n 1784 est publié dans le tome XVII, en 1796.

La Relation de ma campagne de 1 788 contre les Turcs figure en tête du tome XXIV (1801).

Quand je fus fait colonel de son régiment je lui en donnai part. Voici ce qu'il me répondit : « Il était déjà assez malheureux pour moi, monsieur, de vous avoir pour mon fils, sans avoir celui de vous avoir pour colonel. » Je lui répliquai dans une lettre respectueuse : « Monseigneur, l'un et l'autre ne sont pas ma faute, et c'est l'empereur à qui Votre Altesse doit s'en prendre pour le second malheur. »

Il avait exigé que je lui écrivisse, ainsi que ses autres colonels. Il ne m'avait jamais donné de bonnes paroles ni écrit pour me dire qu'il éta t content de l'honneur que j'avais fait à son nom et à celui du régiment. Il n'avait point pris part à ma petite vérole et m'avait chassé de chez lui les deux fois que j'avais essayé de le voir pendant le court espace de la guerre jusqu'à sa mort.

Il avait prévu, disait-il, que je ferais des dettes. Cela était aisé puisqu'il ne me donnait pas le sou. Quatre juifs : Hertz et Ruhe, Schimmelknhe, un Lévy (dont la fiUe était belle comme le jour) et Brandeiss eurent pitié de moi, ainsi que cette charmante et aimante Israélite (i).

(i) Dans « une espèce de lettre » en prose et en vers adressée au prince Louis de Wurtemberg, Ligne écrit : « Vous souvenez-vous de Mlle Lévy? Vous souvenez-vous de nos plaisirs? »

Lorsqu'on nos camps, à Dresde ou bien à Vienne, Je venais chez vous les matins De mes hauts faits vous rendant compte. Vous instruire de mes desseins, (Dont en vain vous me faisiez honte) Sur les Juifs ou sur lurs filles.

Je n'en allais pas moins mon train :

Je crois que de tout temps elles furent gentilles ..

Œuvres légères, t. II, p. 107.

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