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AVANT-PROPOS XIII

Celui-ci semble parfois se contredire : ainsi lorsqu'il laisse un instant de côté ses idées concernant l'agrandissement de l'Autriche pour prôner l'avènement de la paix. Dans l'intéressant ouvrage qu'elle lui a consacré (i), Mlle Marthe Oulié le présente même comme l'un des parrains de la Société des Nations.

Il est de fait que Charles-Joseph préconise des groupements d'États destinés à conduire à une union de toutes les nations, dont la seule et même armée ne devrait être, en somme, qu'une police. (On sent ici l'influence de Rousseau, qu'il admira profondément s'il lui décocha parfois certains traits de sa façon.) Ligne va jusqu'à souhaiter la reconnaissance d'une langue internationale.

A Potsdam, il suggère à Frédéric-Guillaume III de fonder une Grande-Allemagne, comprenant l'Autriche : première phase, selon lui, devant mener à d'autres unions. Mais cela, il s'en rend compte, n'est pas encore réalisable. C'est un appel qu'il lance, un appel qui lui est dicté par sa profonde connaissance de la psychologie des vaincus, « qui toujours recommencent la guerre par désir de revanche (2) ». Un appel et une prophétie. Pour l'heure, homme de sens pratique, il maintient sa position de nationaliste autrichien, ne voulant pas que sa philosophie domine dans son esprit les possibilités de la poUtique.

Son scepticisme, on le voit, vient constamment contrecarrer ses élans. Encore faut-il s'entendre sur « son scepticisme ». Cynique très souvent, nous l'avons dit, il a

(i) Le prince de Ligne, Paris, Hachette. (2) Jbid., p. 47.

XIV FRAGMENTS DE l'hISTOIRE DE MA VIE

des retours imprévus : il nourrit son imagination de paysages grandioses ou de représentations splendides, fait de son voyage en Tauride avec Catherine II une éblouissante apothéose ; il sympathise avec Pascal ; il note avec un soin minutieux tous les événements ou les petits faits qui lui paraissent tenir du merveilleux, voire de la sorcellerie, dresse une véritable liste des accidents mortels auxquels il a miraculeusement échappé. S'il se vante d'avoir berné Cagliostro, il écrit pourtant : « J'ai quelquefois du plaisir à être superstitieux. C'est, je crois un besoin de l'âme, et c'est peut-être une preuve de son immortalité. » Théologie rudimentaire, soit, mais qui devait le mener au respect du sentiment religieux.

Chrétien par intermittence, il eut toujours le culte de la bonté individuelle bien qu'il conseillât souvent, par prévoyance militaire, des malheurs collectifs tels que ceux qui résultent de la guerre. Il dira, certain jour : « Je voudrais que cette année-ci tous les empereurs fissent la guerre aux Français, » mais, d'autre part, il revendique pour chacun le droit au bonheur et s'efforce, autant que cela est en son pouvoir, d'en donner aux autres : « Ma morahté consiste à rendre tout le monde heureux autour de moi, » et, malgré ses incartades, ses débordements, ses coups de tête, sa vanité, il a presque toujours réussi « à rendre heureux autour de lui ». Ses soldats le chérissaient, surtout ses Croates et ses Wallons. Ses sujets de Souabe — il avait reçu l'abbaye et le territoire d'Edelstetten — voyaient en lui un souverain aimable et généreux, d'un accueil gracieux pour les plus humbles. Sa popularité était extrême, les foules l'accla-

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