AVANT-PROPOS XV
maient lorsqu'il les traversait en quelque cérémonie. Était-il reconnu dans un théâtre? son entrée était applaudie autant que celle des acteurs. Dans ses relations avec les empereurs, impératrices, rois, reines, princes et maréchaux, il put se laisser aller à des mots qui lui barrèrent les avenues de certains honneurs, jamais il ne prêta la main aux louches intrigues.
La révolte des Pays-Bas, conduite par van der Noot, préoccupa vivement le prince et fut cause pour lui d'une disgrâce momentanée. Non qu'il y eût pris part, mais l'un de ses fils s'était lancé dans la bagarre du côté des rebelles, et l'on savait aussi que van der Noot avait essayé d'attirer à lui le prince de Ligne dont l'immense popularité eût valu, pour l'action révolutionnaire, autant qu'une armée.
Le prince — faut-il le dire puisque nous avons déjà marqué son loyalisme vis-à-vis de la maison d'Autriche? — le prince n'entra jamais dans les complots des rebelles ; bien plus : il fit tout pour empêcher son fils Louis de compromettre à la fois le passé et l'avenir des Ligne en adhérant à la révolution. Victime des apparences et, sans doute, des jaloux, le prince perdit, up temps, les faveurs de Joseph IL Le monarque, sur son lit de mort, devait, cependant, revenir de ses préventions, engager Ligne à retourner aux Pays-Bas, à rester même dans sa « patrie » et il pardonna au fils de Charles- Joseph une heure d'égarement.
Le prince suivit le conseU de Joseph II ; il retourna aux Pays-Bas, sous prétexte d'y présider l'assemblée des États de Hainaut en sa qualité de maréchal héréditaire de cette province, en réalité parce que, renvoyé de
Vienne par Léopold II, qui écartait les fidèles de son frère défunt, il entendait prendre sa revanche dans l'esprit de l'empereur. On lui sut gré à Vienne de dominer les murmures de l'assemblée en donnant avec fermeté son opinion sur la révolte ; il est vrai que, d'autre part, on lui sut gré à Bruxelles de ne pas hésiter à intervenir en faveur d'une foule irritée par les mesures maladroites d'un gouverneur général. Ainsi la popularité du prince demeurait-elle inviolée.
Conseillé par Thugut — le ministre tant de fois moqué par Ligne — Léopold II devait attendre longtemps encore avant de rendre justice au prince. Celui-ci s'en consolait par la correspondance — avec Catherine II en particulier — et par la rédaction de nombreux ouvrages.
La vieillesse était là, non point dans son cœur toujours grand ouvert, ni dans son esprit, toujours en délicieuse promenade, mais, il dut compter avec elle et subir, en outre, la pauvreté.
En 1807, l'empereur l'appelle au commandement des Trabans de sa garde ; en 1808, il le crée tardivement feld-maréchal ; mais Ligne, malgré ses titres, ne joue plus qu'un rôle secondaire. Il semble que ce soit par simple politesse et par égard pour un brillant passé de courtisan qu'on le consulte parfois sur quelque plan d'opération. Il le sait. Il est trop philosophe pour s'en désoler, mais il en conçoit quelque amertume, d'autant plus que l'Europe, dont il a suivi les événements pas à pas, lui semble vouée à la destruction si elle ne sait pas résister au joug napoléonien.
Les Fragments expriment à cet égard le fond de sa pensée. Le prince brûle du désir de prendre lui-même la