CAHIER VI
Promenades avec Marie-Antoinette. — Confidences. — Soirées sur la terrasse de Versailles. — Bals de la Saint-Martin. — Bals de l'Opéra. — Brouille avec la reine. — Marie-Antoinette et la duchesse de Polignac. — Visite du comte d'Artois à Eelœil. — Fête de convalescence à Montreuil. — De passage à FagnoUe. — La reine embarrassée. — Taquineries à l'empereur Joseph. — Démission : une lettre de l'empereur Léopold et une lettre de l'archiduc François. — En retraite devant l'armée du prince Henri de Prusse.
J'ai eu le plaisir d'être souvent têtu avec les souverains qui sont quelquefois despotes dans leurs plaisanteries. M. le comte d'Artois à Fontainebleau voulut me faire aller à la chasse du sanglier avec lui. — Demain, à sept heures, me dit-il. — Non, monseigneur, d'abord c'est de trop bonne heure et puis la reine veut que j'aiUe jusqu'à la Croix de Toulouse, à cheval avec elle. — Je ne le veux pas. — Cela ne s'en fera pas moins. — Tu viendras avec moi. — Non, monseigneur. — Je t'en donne ma parole d'honneur. — Et moi la mienne que cela ne sera pas (i).
Le lendemain, à six heures, grand tapage à ma porte. Le jeune prince l'attaque. Je la défends. Il appelle nos amis communs. Je me barricade. Il enfonce, me tire de mon lit, chante victoire, m'habille lui-même et m'emporte presque jusqu'au cheval qui m'était destiné ; et au moment qu'il monte sur le sien et qu'il me voit
(i) Dans S, en marge : « Et moi... pas. »