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MA FEMME ET MES ENFANTS I4I

ce trait de présence d'esprit de ma part. Cela était revenu à Mme de Pulli. Elle me rencontra le carnaval d'après et me dit que j'étais bien mauvais sujet et mauvais plaisant, mais qu'elle me le pardonnait en faveur de mon effronterie.

Ma femme est une excellente femme, pleine de délicatesse, de sensibilité, de noblesse. Elle n'est point du tout personnelle. Sa mauvaise humeur se passe vite en se distillant dans ses yeux mouillés de larmes pour une bagatelle. Elle n'a aucun inconvénient, car elle a un fort bon cœur. Elle est quelquefois un peu contrariante et, après en avoir eu l'air, qui lui fait peut-être plaisir un petit moment, elle accorde à ses enfants ce qu'ils demandent et est même complaisante pour

moi.

Pour Christine que tout le monde aime au premier coup d'œil, c'est un chef-d'œuvre de perfection, de bonté, de charme en naïveté, gaieté, égalité et amitié pour moi.

Ce n'est pas de l'amitié que j'ai pour elle, je crois, c'est moi que j'aime en elle, et c'est elle qui est en moi. Elle a une superbe tête et quel cœur !

Euphémie (i) a toutes les grâces possibles [et de l'originalité dans le caractère], extrêmement jolie,

(i) Euphémie-Christine-Philippine-Thérèse, née en 1773, épousa le II septembre 1798 le comte Jean Palfy.

fraîche, complaisante, attentive, sensible, adorable et adorée des gens même qui ne s'y connaissent pas. Flore (i), excellente, est extrêmement aimable aussi, fait beaucoup d'effet. Elle a un charme inexprimable dans son peu d'empressement, sa sorte de négligence, son espèce d'indifférence, qui n'en a que le piquant et tout cela réunit pour elle les sentiments de tous ceux qui la voient. On ne sait point de laquelle des deux on dira le plus de bien. Sans se ressembler, elles plaisent également. Leur figure est extrêmement agréable. Leur taille, leur âme et leur esprit sont faits à merveille.

L'une et l'autre ne se doutent pas de cela. Euphémie qu'on appelle Féfé est un modèle en tous genres. Flore plaît plus qu'une grande beauté. Elle a un rire qui va à la gaieté et un sourire qui va au cœur.

Féfé a une drôle de gaieté, aussi bien aimable. Ses remords, ses regrets de je ne sais quoi sont amusants. Elle ne croit jamais avoir assez bien dit ni assez bien fait.

Flore n'y pense pas et elle est moquable par le peu de ce qu'elle fait d'elle-même et de tous les jolis talents qu'elle possède.

Ce sont trois perfections dans des genres tout différents.

Louis, qui n'est pas démonstratif, est cent fois meilleur qu'il ne paraît. Il lui faut de la présence réelle, parce qu'il tient beaucoup à l'habitude. Il est beau, plein d'honneur, brillant à la guerre. Il le serait dans le monde s'il le voulait. Il a tant peur de l'exagération

(i) Flore, i 775-1849, épousa le baron de Spiegel.

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