‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 86 sur 173 · CAHIER VIII · texte numérisé non relu

CAHIER VIII

Bals masqués dans les jardins. — A la recherche d'un confesseur connaissant le français. — Siège de Valenciennes. — Fin des rêves de victoire. — « J'ai six ou sept patries. » — Roi de la confrérie de Saint-Antoine à Gand, — Triomphes populaires. — Les pieux brigands d'Aix-la-Chapelle. — Mort du maréchal Loudon. — Mort du maréchal Lacy. — Les adieux des grenadiers. — Du temps de Marie-Thérèse. — Plan pour défendre Vienne contre Napoléon.

— Encore une passion. — Charmes de la solitude au Kaltenberg.

— Deux « si " à propos de la révolution brabançonne. — Une c équivoque d'adresse et de maladresse » indispose le prince Albert. — Le roi de Sardaigne offre le commandement de ses troupes.

Lorsque le peuple valait la peine qu'on s'occupât de lui, je m'étais donné celle de m'en faire aimer; entre autres moyens par celui des bals que je donnais dans mon jardin. Il y en avait quelques parties plus ou moins bien éclairées suivant les circonstances où l'on avait besoin de se trouver. Il y avait huit ou dix mille masques, ou point masqués comme on voulait, des foudres d'orgeat et de limonade, des montagnes de pommes et d'oranges et beaucoup de propagation.

Un jour, ou plutôt une nuit, je vis remuer et presque marcher un grand coche qui servait à mener mes officiers de maison de Bruxelles à Belœil ou Baudour. Les douze places étaient presque prises et n'en faisaient plus que six. On avait tiré cette voiture de mes remises I. — 145 10

OÙ l'on dansait et chacun et chacune y étaient entrés sans rien savoir les uns des autres. Tous mes appartements étaient ouverts. Je voulus à une autre fête pareille la finir au moins pour moi, à sept heures du matin. Deux masques me réveillèrent et furent bien effrayés de me trouver dans mon lit qu'ils avaient destiné à être le leur.

J'ai toujours tout fait de tout mon cœur. Obligé à communier avec l'impératrice ]Marie-Thérèse, je n'avais pu trouver à dix heures du soir un confesseur qui sût le français. J'aurais pu dire en allemand, mais trop grossier, le seul genre des péchés que je commets, car excepté celui-là, je n'en avais pas d'autres que de ne jamais aller à l'église.

On me nomme le Père Aubri ou Aubré dans la maison où je soupais. On me nomme la sienne et j'y cours à onze heures. J'éveille tout le monde. Je me trompe d'escalier : je parais dans l'antichambre d'une jolie femme, on me prend pour un amant. On me chasse. J'ouvre une porte. Elle se ferme après moi. Je me trouve dans un grenier. On entend du bruit. On monte, on me prend pour un voleur. Je me sauve ou plutôt je me damne de toutes ces méprises. Enfin, je trouve l'escalier de mon révérend Père et, bien résolu de faire tout de bien bonne foi, je lui dis : « Monsieur, vous avez été jésuite, vous êtes indulgent sans doute. Ne vous levez pas, me voici à vos genoux. Je commence ma prière et puis ma confession. Il me prend pour un mystificateur et effrayé de mon insolence impie ou de la singularité et multipUcité de mes petits crimes, il me met à la porte.

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