‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 87 sur 173 · AU SIÈGE DE VALENCIENNES · texte numérisé non relu

AU SIÈGE DE VALENCIENNES

J'ai parlé déjà du siège de Valenciennes (i) où j'allai une fois comme seigneur de paroisse et où, l'autre fois, je restai vingt-quatre heures comme colonel. Toutes les femmes qui étaient à Belœil y allaient aussi, et quand elles ne voulaient pas tant en approcher, je les menais à deux hauteurs dans ma forêt, le Happa (2), et le mont Crapaud, où l'on me menait quand j'étais sage [à sept ou huit ans], voir les mêmes sièges du temps des Français de meilleure compagnie que ceux-ci.

Je riais en moi-même de voir finir ma carrière comme je l'avais commencée et je haussais les épaules de ce que les événements me mettaient dans le cas de voir la gloire des autres, au lieu de les rendre témoins ou coopérateurs de la mienne [ce] à quoi il y avait eu plus d'apparence.

Deux fois j'ai été choisi, et presque commandé, pour commander l'armée d'Italie. C'était dans mon lit qu'on m'avait pris pour cela et où ma paresse me tient très éloigné des bassesses qu'il faut faire pour réussir. *•

Deux fois j'ai appris de même dans mon lit qu'on m'avait préféré les quatre invalides (3) qui ont perdu

(i) Au Cahier VII.

(2) Le Happart, dans la forêt de Belœil sur le territoire de Sirault, le mont Crapaud sur Blaton. Voir Mélanges, VIII, 62, 65.

(3) Pierre-Vitus de Quosdaxovitch, i 738-1 S02, feld-maréchal battu à Castiglione, le 5 juillet 1796.

Jean-Pierre, baron de Beaulieu, 1725-1819, feldzeugmeister battu à Lodi, le 10 mai 1 796.

Joseph Alvinczi, i 735-1 810, feld-maréchal, défait à Arcole le 15 novembre 1796 et à Rivoli les 14 et 16 janvier 1797.

Dagobert-Sigismond Wurmser, i 724-1 797, feld-maréchal, capitule à Mantoue, le 2 février 1797.

ce beau pays-là. Et enchanté qu'on eût pensé à moi pour le sauver, après avoir juré, sacré, haussé les épaules et secoué les oreilles, j'ai vu un moment avec peine la fin de tous les romans de victoire auxquels je m'étais livré. Mais j'ai le bon esprit de saisir avidement et de me dessaisir tranquillement de tout ce que la jouissance me promet d'heureux, mais dont la privation ne me fait pas la plus petite chose.

Il a toujours été à la mode de bien me traiter partout et j'ai éprouvé des choses agréables de plusieurs pays. J'ai six ou sept patries : Empire, Flandre, France, Espagne, Autriche, Pologne, Russie et presque Hongrie, car on est obligé d'y donner l'indigénat aux généraux qui ont fait la guerre aux Turcs, et je l'aurai à la première Diète.

J'en ai déjà perdu quatre de ces patries.

A la vérité je pourrais presque aussi compter l'Ecosse car on m'y a naturalisé par un ordre un peu polisson, à la vérité, les Beggers, dont on m'a envoyé une belle patente et tous les attributs, parce que de jeunes Écossais que j'avais bien traités, bons garçons, bien étourdis, m'ont autrefois jugé digne d'eux (i).

Il me convenait autrefois pour mon agrément et le bien des affaires du Pays-Bas d'être de toutes les confréries. Je réussissais à merveille à tous ces soupers de

(i) Club de jeunes gens qui, dans un but de divertissement, se déguisaient en mendiants pour tromper le public et se réunissaient ensuite dans une taverne pour passer la nuit dans la joie et les folies.

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