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HOMMES DE LETTRES

seules qui, avec elle, m'ont bien aimé, ont pris précisément le même temps. Je les aimais toutes trois aussi en même temps, de la meilleure foi du monde, mais cela me coûtait bien des embarras et des reproches. Celle qui m'en faisait le moins était peut-être celle qui souffrait le plus, mais je souffrais bien de celle qui m'en faisait. Je ne les trompais pas, mais je me trompais

moi-même.

Angélique était presque mariée. Je crois que je fus père, mais ce ne fut pas pour longtemps. Mon seul petit fruit illégitime périt peu après être né.

Je crois pourtant que je fus père une autre fois, ailleurs,

de cette manière-là, mais le petit comte mourut aussi

en bas âge.

Legros (i), mon secrétaire, est le seul homme de lettres qui n'ait pas d'inconvénient. Il a tous les talents aimables et les qualités utiles.

J'ai vu Diderot, d'Alembert, Thomas, Buffon, La Harpe, Marmontel, Mairan, le président Hénault et tous les académiciens chez lui à dîner.

J'ai beaucoup vécu avec Dorât, Bernard, Pezay, Bertin, les deux de Lille, Pont de.Veyle, Beaumarchais, Fréron, Boufïïers, Ségur, Linguet, Arnaud, La Place. CrébiUon fils, d'Alembert, Voisenon, Robe, Favart, Alfieri, Hume, Métastase, Calzabiggi, Casanova, CasteUini, Meissner, Ancillon, Kotzebue, Hess, et, dans un genre plus essentiel, Meilhan et Griffet (2) .

(i) Sauveur Legros, 1754-1834. Yoir Annales. (2) Dans S, en marge : a Fréron, Arnaud, Dalembert, Alfiéri, Casanova, Ancillon. »

Voir sur les poètes, Annales, t. II, p. 94 et les tables des

l68 FRAGMENTS DE L'hISTOIRE DE MA VIE

J'ai connu Lavater et Gessner. Je parle ailleurs de Voltaire et de Rousseau. Je dis ailleurs ce que j'ai fait et dit avec eux (i).

J'ai vu deux fois la Suisse, une fois l'Angleterre et quelque chose de l'Italie. J'ai fait plus de quarante fois le chemin de Vienne à Paris et de Paris ou Bruxelles ou de l'armée à Vienne. Deux cents fois (2) sûrement de Bruxelles à Paris, deux fois la Russie, deux fois la Pologne, une fois la Moldavie, la Crimée, la Provence. Deux cents fois peut-être de mes commandements pendant la paix aux Pays-Bas à mes campagnes. Je parie que j'ai dépensé en voiture trois ou quatre ans de ma vie et plus de cent cinquante mille florins de poste seule ; et autant au jeu à ce que je crois.

Mes campagnes m'en ont coûté plus de huit cent mUle et j'en ai donné au delà de deux cents tant à mon régiment qu'aux autres troupes que j'ai eues sous mes ordres.

J'ai peut-être dépensé quatre ou cinq cent mille florins en bâtiments et jardins. Ce n'est pas trop. Et autant en fêtes ou choses extraordinaires comme des revues, des camps d'exercice, des entrées, des inaugurations, etc.

Le train ordinaire de ma maison aux Pays-Bas pouvait aller à soixante mille florins pendant trente ans, sans compter ma maison ambulante que je fais monter à trente ou quarante mille. Je compte en tout avoir

tomes I-VIII. Et sur les autres écrivains cités. Mélanges, t. XXVII et XXIX.

(i) Dans S, en marge : « et dit avec eux. »

Sur Voltaire : Mélanges, t. XXIX, i ; sur Rousseau, Ibid., t. X, 257.

(2) Variante B, « autant de fois ».

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