‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 96 sur 173 · COMPTE DE DÉPENSES · texte numérisé non relu

COMPTE DE DÉPENSES

dépensé (i) sept millions de nos florins de Vienne ou vingt millions de livres de France, depuis que je suis au monde.

Cela se conçoit. J'avais, sans mes emplois qui me rapportaient 24000 florins (2), deux cent mille florins d'Empire. Voilà déjà six millions depuis la perte de mon père en 1765 jusqu'à celle des Pays-Bas et de ma fortune en 1795.

J'ai vendu quelques terres et quelques maisons et gagné deux procès. Voilà le septième million. Je n'ai pas payé les capitaux que j'ai trouvés sur mes terres, mais je n'en ai pas levé de nouveaux et leurs améliorations, augmentations et plantations immenses ont bien remplacé le peu que j'ai vendu. Je referai et écrirai plus en détail ce compte encore pour voir s'il est juste (3).

(i) Variante B, « six ou. »

{2) Dans S, en marge : « qui... florins ».

(3) Dans S, en marge : a Je referai... juste. »

Le prince a refait effectivement ce compte sur un papier grand in- 4°, non destiné aux Fragments et conservé aux archives de Belœil. Nous le donnons ci-après avec la mention curieuse ajoutée par son petit- fils :

« Mon père m'a laissé l'année 1765, 150000 florins de Hollande de rente et 7 000 000 de dettes. J 'en ai remboursé une partie par deux terres que j'ai vendues et j'ai augmenté mes revenus de 50 000.

(1 Jusqu'à sa mort, n'ayant rien eu de lui ni de la cour, j'ai été entretenu par les chrétiens Menu, Lambert et par les juifs Brandeiss, Schimmel et voici, à vue de pays, ce que j'ai dépensé : pendant trente ans ma maison restante à Bruxelles pour la princesse ou une autre que j'avais à Belœil et la troisième ambulante avec moi, 100 000 florins par an font 3 millions.

« Travaux à l'hôtel de Ligne, Belœil, Baudour et leur entretien, I million.

« Fêtes extraordinaires pour le prince Charles, le duc Albert, le duc d'Orléans, le comte d'Artois, le mariage de Charles, le peuple, la société, I million.

« Camps d'exercice, présents à l'armée pendant la paix et la guerre et à mon régiment à qui j'ai laissé mes appointements, 30 000.

et Treize campagnes, commandement à...

« Le jeu, 300 000.

« Courses dans mes terres, mes revues, mes commandements, les

On ne le croirait pas si je le disais, mais cela m'est égal. On ne croit pas que je veille à mes affaires et sais compter. Cela m'est encore égal. Je ne méprise pas l'opinion, mais j'en ris.

L'empereur Léopold confondait si bien les noms et les affaires qu'il a accordé des grâces à des gens qui

visites et les chasses tant en France autrefois qu'en Autriche, Bohême, Hongrie et Moravie, 200 000.

« Deux fois en Russie, deux fois en Pologne, deux fois en Prusse, deux fois en Suisse, une en Angleterre, une en Italie, une en Crimée, une en Nouvelle Serbie, une en Moldavie, une en Vaiachie, une en Bessarabie, une en Provence, Lyonnais, Languedoc, etc., 500 000.

« Trente fois de Vienne à Bruxelles et de Bruxelles à Vienne, soixante de Belœil à Bruxelles, à Paris, et soixante pour y revenir, 100 000.

« Quinze fois de Tœplitz à Vienne et de Vienne à Tœplitz et Dresde, 30 000.

« Pour tant de choses qui n'ont pas de nom et dont je ne me souviens pas, 70 000.

« Mes dettes à la mort de mon père aux juifs que j'ai nommés, 300 000.

<t Tout cela fait neuf millions cent soixante et dix mille florins : 9 170 000 florins.

« J'ai gagné 500000 florins en procès. Outre mes améliorations en régie, défrichements et plantations, j'ai vendu deux hôtels, j'ai libéré des terres avec les assignats, et j'ai eu pendant plusieurs années 25 000 florins d'appointements, ce qui fait que je crois avoir dépensé autant que j'ai reçu. Ayant tout perdu, j'ai vécu pendant deux ans avec 4 000 florins pour ma famille et pour moi ; et à présent avec ce que j'ai vendu de vaisselles, tableaux, livres, choses précieuses, ma souveraineté et mes 10 000 florins d'appointements, je suis juste au courant.

« Ce qui a dérangé la fortune que j'ai laissée à Louis c'est le séquestre de dix-sept ans qu'on n'a pas pu payer, les intérêts des capitaux qui sont devenus d'autres capitaux et la perte des dîmes et des droits seigneuriaux.

« Certifié non conforme par nous, petit- fils endetté de plus de trois millions de surplus non entrés dans les calculs de la tête antifinancière de son vénérable ayeul.

« Eugène de Ligne. »

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