‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 97 sur 173 · CARRIIÎRE DU PRINCE LOUIS 17I · texte numérisé non relu

CARRIIÎRE DU PRINCE LOUIS 17I

n'en demandaient pas. C'est arrivé, par exemple, à un général qui s'appelait Le Bailly et qu'il crut être Baillet. Ce qui acheva sa surprise, c'est que l'un avait été colonel de Latour, l'autre s'appelait Baillet de la Tour et le troisième qui s'appelait de la Tour seulement, à qui il l'avait promis, ne le fut pas.

Un spectacle bien touchant pour moi fut de voir le Monsieur d'alors arriver à Coblence et se réunir avec tous les Français de M. le prince de Condé à ceux de M. le comte d'Artois, Je leur conseillai de marcher le lendemain en France presque sans armes, et s'ils n'en avaient pas d'essayer des échelles ou des inte'ligences dans une forteresse quelconque des frontières. La France était sauvée.

Je leur proposai Mariembourg, leur permettant de s'armer et de se rassembler dans mon comté immédiat d'Empire qui en était à une demi-lieue.

Quelle singulière cai'rière que celle de mon Louis ! Élevé sous les yeux de la reine, il devient à quinze ans, étant de la plus jolie figure du monde et ayant l'Ordre de Saint-Hubert qui lui allait à merveille (i), lieutenant dans son régiment de di'agons ; après, cap .taine dans Royal Allemand, ce qui me convenait pour qu'il fût traité comme prince étranger, puisqu'il l'était. Après cela major d'Orléans, ce qui ne me convenait pas, et puis lieutenant-colonel de houzards, ce qui me conve-

(i) Dans B, en marge : « à quinze ans... à merveille ».

nait un peu mieux. Pendant tous ces changements de corps il est mon aide de camp dans cette espèce de guerre de l'Escaut où je commandais l'armée. Rappelé par son ministère et ensuite volontaire pour son compte par étourderie plutôt que par séduction (quoique deux ou trois personnes l'y aient engagé) à la prise de Gand par les rebelles de Vandernoot (i).

Son ministère le fait revenir bien vite heureusement. Il se bat trois fois pour ou contre son sentiment sur la révolution, blesse ces messieurs et n'avait été blessé qu'une seule fois avant ces trois affaires.

L'amour le retient deux ou trois mois plus qu'il ne fallait en France. Il en part le pistolet à la main, cherche notre armée, s'engage comme simple houzard pour faire oublier la petite part qu'il avait prise à la sotte révolution flamande, devient ordonnance de son brave frère et après l'avoir vu... devient aide de camp de Clerfajd:, a son cheval tué à une bataille, quitte le service, y rentre comme capitaine de grenadiers dans mon régiment, passe une rivière pour attaquer l'ennemi, rétablit, décide l'affaire, est fait major pour cette action et quelques autres ; emporte des abattis, des retranchements, des canons deux ans après en Tyrol, a tout l'honneur de la journée malgré tous les obstacles de neige et de précipices où il est près de périr, et, quinze jours après, ayant déjà eu à peu près les mêmes succès, est fait prisonnier par le général Ney (2) qui avait été maréchal de logis au régiment de cavalerie, en France, dont Louis avait été le major. Il est connu, reconnu, bien traité. Mais enfin il est pris et cette idée fait trembler.

(i) Henri-Charles-Nicolas Van der Noot, 1731-1827, avocat à Bruxelles, chef du mouvement révolutionnaire contre les édits de Joseph II.

(2) Michel Ney, duc d'Elchingen, prince delaMoskowa, 1 769-1 81 5.

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