SON ENSEIGNEMENT ET LES SCIENCES
Pour bien juger M. Demers et le gigantesque travail qu’il s’est imposé afin de donner à l'étude des sciences et des arts cet élan, jusque-là inconnu dans le pays, et dont on profite encore aujourd'hui sans en bien tenir compte à celui auquel on le doit, il faut faire abstraction du présent et se reporter au temps où SORA sa longue carrière de dévouement à l'éducation, c'est-à-dire au commencement de ce siècle,
Les hostilités qui existaient alors entre la Frunce et l'Angleterre ne permettaient guères de communiquer avec l'ancienne mère-patrie et de se procurer les livres et les instruments de physique ou autres dont on avait besoin. Tout était donc en quelque sorte à commencer, L'on peut dire que M. Demers a été ici ne créateur de l'enseignement scientifique, c'est-à-dire de la physique, de la chimie, de l’histoire naturelle, de l'astronomie et de l'architecture ; car les mathé-
matiques et la philosophie avaient été enseignées de tout temps au Séminaire de Québec. La chimie était absolument inconnue; l’histoire du Canada était à faire.
M. Demers, par son génie, suppléa à tout ce qui lui manquait, et sut enseigner toutes les sciences à la fois, y compris la philosophie et la théologie elles-mêmes. Vu la difficulté de se procurer des livres, —ce qui les mettait hors de la portée des étudiants —M. Demers rédigeait tous ses cours, et il les passait d'avance aux élèves qui s'en faisaient des copies À des intervalles variables, suivant les progrès des sciences, il donnait une nouvelle rédaction de ses traités, véritable codification des corrections qu'il faisait d'année en année à ses manuscrits, au fur et à mesure des découvertes scientifiques.
À force d’additions, son traité de physique, qui comprenait aussi d’abord la chimie, était devenu dans les dernières années un énorme volume très compact.
Il composa de la même manière ses deux traités d'astronomie et ‘d'architecture, qui, plus
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tard, furent abrégés par M. E. A. Taschereau, aujourd'hui Son Eminence le Cardinal.
Ainsi perfectionnés d’une époque à l’autre, tous ces traités étaient constamment tenus à la hauteur des progrès scientifiques, de sorte que lorsqu'il fut possible au Séininaire de faire venir d'Europe des livres pour les élèves à des prix raisonnables, le changement et la transition s’effectuèrent aussi naturellement que si le savant professeur eût fait imprimer les cours que luimême rédigeait.
Mais un enseignement de cette nature suppose des collections d'instruments et d'échantillons : à la théorie il faut joindre la pratique si on veut lui donner l'efficacité nécessaire.
Or, au début du siècle présent, bien rares étaient, même en Europe, les institutions collégiales munies d’un simple commencement de musée. Rien donc de surprenant dans le fait de la non-existence de ces collections à Québec.
M. Demers entreprit de combler cette lacune : et l’on doit reconnaître qu'il a été l’initiateur et le fondateur de ces riches musées qui, tout mo-
destes d'abord, mais avec des additions successives, sont devenus l'orgueil et la gloire de l'Université Laval.
Les ressources du Séininaire étant fort limitées, l’on ne procédait que bien lentement lorsqu'il s'agissait d'une dépense un peu élevée. Du reste, tout dévoué qu'il était à l'avancement de cette institution, le futur Supérieur n'était pas homme à poursuivre opiniâtrement auprès du conseil la demande d’une dépense que l’on regardait alors comme une œuvre de surérogation non absolument nécessaire. Cependant le Séninaire lui accorda facilement la permission d'utiliser les ouvriers ordinaires de la maison pour confectionner quelques appareils, bien loin, sans doute, de présenter le luxe des instruments de physique de nos jours, mais qui pouvaient servir à démontrer certains phénomènes. S'ils n'étaient pas élégants, ils étaient faits pour durer, car ils avaient une solidité massive à toute épreuve, sauf celle du feu.
Toutefois, M. Demers avait des visées plus hautes. Depuis longtemps, il désirait faire venir d'Europe certains instruments spéciaux tout-à-
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fait en dehors de la compétence de ses, bons menuisiers. Ne voulant cependant rien demander au Séminaire, il économisa sur ses très minces revenus (il n’en avait probablement pas d’autres que ses messes), puis quand il eut accumulé une somme suffisante, il fit venir les instruments désirés, exhibant avec un bien légitime orgueil, aux yeux de ses confrères et aux regards ébahis de ses élèves, ces trésors si précieux pour lui et pour la science. EE
Quelque temps après, lorsqu'on ne craignit plus de froisser les susceptibilités ombrageuses du généreux professeur, le Séminaire, profitant d’une occasion favorable, remboursa à M. Demers ses frais de musée. Celui-ci aurait refusé, mais une arrière-pensée l’en empêcha. En effet la somme remboursée, augmentée de ce qu'il avait pu y ajouter, passa bientôt les mers, afin d’accroître la collection du musée. Ce jeu, il le renouvela plusieurs fois, jusqu’à ce que le Séminaire, convaincu que ce n’était plus là une dépense de luxe, mais un secours indispensable à l'enseignement, consentit, sur la demande de M. Holmes, et à l’occasion de son voyare en
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Europe, à consacrer, pour l'augmentation des musées, une somme relativement considérable pour l'époque, et qui fit des collections du Séminaire les plus belles qu'il y eut alors dans le
pays !.