SON TRAITÉ D'ARCHITECTURE
C’est à M. Demers que le Séminaire doit ses magnifiques modèles d'architecture classique qui, bien mieux que les plus belles gravures, font voir et comprendre aux élèves la raison d’être de chacune des parties qui entrent dans une décoration architecturale. Ses connaissances et son goût le firent souvent consulter pour l’ornement ‘on intérieure d’un certain nombre d'église fcialement dans le voisinage de Québec. On peut même dire que son avis si éclairé et si sûr fut recherché de presque toutes les parties de la Province. Pour ne citer qu’un cas entre cent, il fut délégué par Mgr Signay pour vérifier les allégations d’une requête des paroissiens de Charlesbourg, demandant à bâtir une nouvelle église,
1 Ces renseignements sont dûs à In«bienveilla te obligeance de M. le Grand Vicaire Hamel.
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Il en fixa la place et en détermina les proportions selon leurs vœux.
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Mais chaque fois qu’il fut appelé à émettre son opinion, il ne souffrit pas la moindre dérogation aux règles. Aussi était-il grand admirateur de M. Baillargé qui a, de son temps, décoré la Basilique de Québec, parce qu'il voyait en lui un partisan inflexible de l'architecture classique. M. Demers ne manque jamais de le citer avec éloges dans son Traité d'Architecture, auquel sont attachés une foule de modèles ou planches préparés de sa main.
Il ne cesse non plus de protester, dans ce livre, contre les défauts et les exagérations de style que l’on devait trop souvent tolérer dans l’npuissance de les empêcher.
Accoutumé à se rendre compte, dans l’architecture grecque, de la raison d’être des moindres détails, il ne voulait pas même admettre le gothique parmi les styles réguliers. N'ayant jamais visité l’Europe, il ne pouvait par conséquent mettre à profit les études faites, depuis le com-
mencement du siècle, sur l'esprit de l'architecture ogivale.
Très sévère à son égard, il la regardait comme le fruit non raisonné d’une imagination s’abandonnant sans frein à ses caprices. Aussi disaitil que c'était la barbarie dans l’art, parce qu'il n'y voyait pas cette régularité qui apparaît, pour ainsi dire, spontanément dans le style classique.
S'il eût possédé les ressources dont on dispose maintenant, surtout s’il eût pu voir de ses yeux et étudier sur place ces magnifiques monuments des Âges de foi, nul doute que M. Demers, avec le riche bon sens qui le distinguait, aurait bientôt compris que tout n’est pas caprice dans le gothique, et que, en étant dégagé des défauts de détail dûs le plus souvent aux siècles employés à terminer un même édifice, il constitue un genre parfaitement défini, symbolique par lui-même, et qui laisse à l'architecte une latitude bien plus grande que l’architecture dite classique.
On comprend, d’apres cela, que ce n’est pas M. Demers ui aurait approuvé le genre rococo, lequel .emble prévaloir, sous prétexte de fai-
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JÉRÔME DEMERS 37 re du nouveau, dans la construction des édifices sacrés et profanes de nos jours. Nos architectes modernes seraient, en effet, souvent bien en peine de donner le motif de telle saillie, de tel ornement, de telle modification faite soit au classique, soit au gothique. M. Demers aurait appliqué, et avec raison cette fois, à ces déviations sans goût des principes de l’art le qualificatif qu'il donnait, consciencieusement mais injustement, au gothique.
Son traité d'architecture offre un vif intérêt, même aujourd’hui, vu les: applications qu'il y fait aux principaux édifices de la ville. Jugeons-en par quelques citations. Condamnant sévèrement les baldaquins dont on prétendait alors orner quelques-unes de nos églises, il dit : “La multitude les admire, parce qu’ils sont tous dorés, mais le vrai connaisseur ne pourrait les voir pour la plupart qu'avec des yeux de compassion. Il ne faut pas confondre dans cette censure le couronnement du maître-autel de la cathédrale de Québec. Ce couronnement est d’un bon goût; son plus granddéfaut est d’être supporté par des termes, au lieu de l'être par des colonnes, comme l'artiste qui l’a éle-
vé en convenait lui-même; mais le périmètre du sanctuaire est trop resserré pour qu’on puisse y introduire des colonnes.”
Dans un long chapitre sur les statues, leurs proportions, leurs couleurs, la manière de les placer, il ajoute: “Quand il n'y # oint de niches pour recevoir les statues, on peut placer ces figures au bas des pilastres qui règnent dans l’ordonnance, en les supportant par un piédestal ou par un socle, selon que les pilastres sont élevés sur l’un de ces deux corps : c’estce que l’on a pratiqué
avec assez de succès dans l'Eglise paroissiale de Québec.”
L'auteur traite longuement la question des voûtes : “Tous les architectes modernes conviennent que l’on ne peut faire usage des croiséesd'ogives que dans les seules voûtes gothiques. C’est donc par une grande inadvertance, pour ne rien dire de plus, que l’on s’est permis d'en mettre dans l’ancienne église paroissiale de Montréal. ” Il donne ensuite la manière de faire les voûtes en plâtre, chose presqu’inconnue alors au Canada, puis, ayant indiqué comme exemple la cathédrale de Québec et l’église de St-Joachim, il conti-
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nue : “ Le savant artiste (M. Baillargé), qui a éte chargé de la décoration de cette dernière, a su y éviter le défaut de la corniche circulaire. Nous invitons les élèves à visiter l’intérieur de cette charmante église. Un examen attentif et réfléchi des vraies richesses qui sont répandues dans ce petit monument leur apprendra mieux que toutes les leçons que nous pourrions leur donner en quoi consiste la vraie décoration intérieure de nos monuments sacrés.” Revenant à la cathédrale de Québec à propos des culs-de-lampe qui reçoivent les retombées des arcs doubleaux : “Le savant architecte, dit-il, qui a donné les plans et le dessin de la voûte n’ignorait pas que ces culs-delampe étaient autant de porte-à-faux ; les messieurs de la fabrique ne l’ignoraient pas d’avantage ; malgré tout cela il a fallu en faire usage, parcequ'on ne pouvait les éviter qu’en détruisant le rétable du chœur et du sanctuaire et en changeant toute l’ancienne décoration intérieure de l’église: ce qui aurait entraîné des dépenses considérables. Du reste, cette voûte est d’un très bon goût, et elle fait d'autant plus d’honneur à Mons. Baillargé, père, qu'elle est la première qu'on ait construite en ce genre en Canada, et
qu'il y avait un très grand nombre d'obstacles à surmonter pour pouvoir réussir à faire quelque chose de beau.”
Le dernier chapitre de cet ouvrage est consacré à la critique des abus en architecture. Les "architectes ignorants, médiocres, y sont exécutés de main de maître ; le mauvais goût, comme dans tout le livre du reste, y est condamné avec toute l'horreur qu'il doit inspirer.
Mais nos citations sont déjà trop longues.
Si nous nous sommes permis cette digression, c'était pour mieux mettre en relief la méthode du professeur, qui consistait toujours à accompagner la théorie d'exemples frappants et en quelque sorte palpables.
Tout ce que nous venons de dire pour l’architecture, nous pourrions le répéter ici pour l’astronomie : même méthode, même manière de procéder en enseignant. M. Demers était, de son temps, l’homme le plus versé en cette science. “ I] lisait dans les astres,” selon le qualificatif si plein d'expression du peuple.
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ture et la peinture étaient à l’unisson de celles qu'il avait en architecture, et témoignaient d’un goût à la fois très juste et très pur.
Quant à la chimie, il en possédait certaines notions qui lui permirent d’inaugurer l'étude de cette science dans le pays. Mais ces rudiments devaient être bien limités et très primitifs, car l'hydrogène n'avait été isolé par Cavendish qu’en 1766 et Priestly ne découvrit l'oxygène qu’en
Inutile, donc, de nous attarder sur ce point d’ailleurs assez rempli d'obscurité et offrant peu d’intérét pour le lecteur. Passons de suite à l’enseignement philosophique de M. Demers eë tâchons d’en donner quelque idée.