‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 22 sur 85 · SON ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

SON ÉLOQUENCE

Dirai-je maintenant un mot de l’éloquence de M. Demers ?—La tradition nous assure qu’elle était grande, persuasive et convaincante. M. Demers était un orateur véhément : il enchaïnait les esprits et les entrainait, il subjuguait les consciences par la persuasion, les dominait par la terreur. Ilexcellaitsurtout à annoncerles vérités terrifiantes de notre religion, telles que le jugement dernier et l'enfer : sur ce dernier sujet, son discours répandait l'effroi dans les âmes.

D'unetaille imposante comme nous l’avonsdéjà remarqué, la physionomie énergique et fine, doué à doses égales et prodigieuses de sang-froid et

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d'impétuosité, il était le type de la force et de la vigueur oratoire. A le voir et à l’entendre, on eût dit un de ces apôtres-tribuns nés pour défendre les grandes vérités, pour frapper, pour châtier, mais capable néanmoins de se contenir en temps opportun et sachant unir à des élans d'inflexible colère les accents de la bonté la plus paternelle.

“Je n'ai entendu, nous dit une des rares personnes qui l'ont connu, prêcher M. Demers qu’une seule fois, à la chapelle de la Congrégation du Séminaire lorsque j'étais écolier. Il avait vieilli et n'était plus le même que dans la vigueur de son âge où il étonnait par la force de ses raisonnements, la puissance de sa voix et la dignité de son maintien; cependant, aucun des sermons auxquels j'ai assisté depuis ce jour, c’est. à-dire depuis plus de cinquante ans, ne m'a fait une plus forte et plus durable impression. Il parlait, sicut potest:‘em habens, et il me semble que le père Bridaine devait prêcher comme cela.”

‘Il nous reste très peu de chose de ses sermons et de ses discours.

Dans ses dernières années, il écrivait beaucoup ; cet homme savait tant de choses ! Aussi espérait-on trouver à sa mort des mémoires importants ; mais, par humilité, sans doute, il les fit tous brûler.

C'est lui qui prononça l’oraison funèbre de Mgr Plessis, et nous en trouvons un très pâle extrait dans la Gazette de Québec du huit décem- L > 1825.

‘“ Le service, dit ce journal, fut célébré par Mgr Panet, dans la cathédrale de Québec, en

présence de Son Excellence le comte de Dalhouhie, gouverneur en chef, et de son état-major, des conseillers Législatifs, des principaux officiers du gouvernement, du barreau en corpset des

. marguillers de Québec aussi en corps et d’une foule immense de citoyens.

“« M. Demers, Grand-Vicaire de ce diocèse, est monté en chair, où avec une vive émotion il a rappelé à sa nombreuse assistance les vertus sublimes et les bienfaits signalés du digne pasteur dont nous déplorons la perte ; son zèle pour le salut des àmes, ses prédications et ses instruc-

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tions fréquentes, son voyage en Europe pour l'avantage de son église, ses visites pastorales multipliées dans toutes les parties.de ce vaste diocése, malgré le poids des ans et des infirmités, sa charité et son désintéressement, manifestés par la fondation de l’église de Saint-Roch, où les habitants de ce faubourg populeux reçoivent avec plus de facilité les sacrements de l'église et les instructions religieuses, et trouvent pour leurs enfants l’avantage signalé d'une bonne éducation ; par l’établissement du collége de Nicolet, séminaire précieux aux yeux de la religion et sous le rapport des sciences ; par plusieurs écoles qu’il a établies et soutenues, enfin par des bonnes œuvres infinies dont ce pays a été le théâtre et dont nous sommes les témoins.

Le simple récit des actions de cet illustre prélat fait son plus bel éloge, et justifie pleinement les paroles du texte adopté par Mons. Demers : “ IL était chéri de Dieu et des hommes. ”

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