‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 36 sur 85 · TRAVAUX PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

TRAVAUX PRÉLIMINAIRES

M. Blanchet s’appliqua plus particulièrement au soin des Canadiens,et M. Demers, qui avait reçuen apanage le don c'es langues, s'occupa spécialement des Sauvages. Mais pour parvenir au succès, il lui fallait travailler d'abord à se rendre maître

de quelques-uns des dialectes de ces nombreuses tribus. C’est ce qu'il fit en restant au fort Vancouver, pendant que M. Blanchet s’éloignait. En moins de trois mois, il put apprendre le Tchinouks, jargon parlé ou compris par plusieurs nations, entr’autres les Tchinouks eux-mêmes, les habitants des environs du fort Vancouver, ceux des Cascades, les Tlikatats, etc, assez bien pour expliquer le cathéchisme et donner des instructions sans être obligé d'écrire ce qu’il avait à leur dire. Dans ce court espace de temps, il traduisit, pour leurusage, plusieurs prières, en particulier le symbole des Apôtres qu'il avait adapté à un air de cantique et qu’ils chantaïent pendant le Saint-Sacrifice. Il s'appliqua ensuite à l'étude de la langue des Tlikatats, qui pouvait servir à deux ou trois autres tribus, mais qui, dans la pratique, présentaitune difficulté de prononciation telle que souvent l'on ne trouvait pas de combinaisons de caractères pour la représenter.

Avec le jargon Tchinouk, M. Demers pouvait encore se faire comprendre des Kaous, des Nezpercés, ou Wallawalla, des gens des Chutes, des Dalles et des Cascades. En même temps, il pou-

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vait se pénétrer un peu du langage de ces derniers, et apprendre par là-même à connaître quelques mots sa idiômes de ceux avec lesquels ils étaient en -acact. Quant aux autres, il fallait en attendant, se servir d’interprètes.

Mgr de Juliapolis (Mgr Prov Simpson, gouverneur Fe nn ne Le d'Hudson, avaient fixé la première station des missionnaires à Cowlitz, sur la rivière du bi nom. Quoique moins important que Wallamette ce poste ne se trouvait pas, comme ce Héroles situé sur la lisière de terrain que se disputai t alors l'Ang) vre et les Etats-Unis, et ait trente lieuc. : Vancouver. sis

Ce fut donc vers cet endroit que nos mission naires dirigèrent leurs premiers efforts pr M. Blanchet s’y rendit le quatorze décembre ie de leur séparation, vingt Jours après leur RATER : fort Vancouver. se

Dans cette première mission, il trouva quelque Canadiens, autrefois employés au service à le compagnie, et dont il fallait réhabiliter les ie riages, baptiser les enfants et entendre les con-

fessions. Ces exercices terminés, il visita quelques campements sauvages et leur annonça, par interprètes, les vérités élémentaires du salut.

Tous montrèrent un grand désir d’être éclai- , rés,

M. Blanchet prit, en même temps, possession d’une ferme de six cents arpents pour l'usage de la mission, et on y construisit une chapelle-presbytère de quarante-cinq pieds sur trente.

Désireux de voir les missionnaires s'établir chez eux, les Canadiens de Wallamette, situé à vingt-deux lieues de Vancouver, avaient, dans cet espoir, érigé eux aussi une chapelle-presbytère de soixante-dix pieds sur trente. Le mois de janvier mil huit cent trente-neuf fut employé à donner une mission pour ces braves gens, et la première messe y fut célébrée . six janvier, en présence de toute la petite population.

Quel beau jour pour eux et pour leurs femmes ; pour eux qui n'avaient pas vu de prêtres depuis vingt, trente, et quarante ar pour les femmes, d’origine sauvage, qui cont mplaient enfin

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ceux que leurs maris leur avaient annoncés depuis longtemps !

Quels doux sentiments n'éprouvaient-ils pas en se voyant aux pieds d’un autel, d’une croix, en face d’un ministre du Seigneur !

Ces pauvres canadiens, pour bien faire instruire leurs enfants et leurs femmes, les conduisirent près de la chapelle, où ils demeurèrent pendant tout le temps de la mission. “ Les tentes étaient pour les femmes, les filles et les enfants : les hommes allaient à leurs maisons de temps à autre. Les plus éloignés restaient plusieurs jours à la chapelle, couchant dans une vrande salle.” (Annales des missions.)

Les commandements de Dieu et de l'Eglise furent publiés, ainsi que les décrets du Concile de Trente sur le mariage, et les lettres de l’Evêque qui, connaïssant les besoins de ces populations, leur envoyait les secours nécessaires pour les réconcilier avec Dieu.

[a récitation des prières commençait après la messe et se continuait jusqu’à midi; puis, de une heure à quatre heures de l'après-midi, une partie

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du temps était employée à expliquer le Symbole et les grandes vérités de la religion, et cela au moyen de deux interprètes, vu que les femmes et les enfants ne comprenaiant pas le français. Ces instructions durèrent trois semaines, et grand nombre de femmes et d'enfants apprirent le signe de la croix, l’offrande du cœur à Dieu, le Pater, l’Ave et le Credo. Le soir avait lieu la prière, on faisait des lectures de piété, on racontait des traits édifiants, on chantait des cantiques et on récitait les réponses de la messe.

Pendant ce mois de janvier, tous les adultes se confessérent, et 1l y eut soixante-quatorze baptémes et vingt-cinq mariages nouveaux ou réhabilités.

M. Blanchet rencontra alors M. Demers au fort Vancouver, où il s'était livré, comme on l’a vu, à l'étude des idiômes sauvages, étude interrompue seulement par un petit voyage à Cowlitz.

Bien que ce dernier endroit eût été enoisi par le Gouverneur, et qu’il formât un point central avec Wallamette, Vancouver fut fixé comme lieu de ralliement de nos missionnaires.

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Ce fort, situé au nord de la Colombie, à trentetrois lieues de l’océan Pacifique, dans une plaine de quelques cents arpents environnée d’une épaisse forêt, était surtout habité par les Tchinouks, qui, avant 1830, formaient la nation la plus riche comme la plus nombreuse de cette section du co, .nent comprise entre le fort et l'océan.

Aussi étaient-ils fiers et hautains vis-à-vis des autres peuplades. Mais, à cette époque, survint une maladie, espèce de fièvres tremblantes, qui décima les neuf dixièmes de la population, Brûlés et dévorés par la fièvre, ces malheureux se jetaient à l’eau pour se rafraîchir, mais n’y trouvaient qu'une mort plus certaine. Et, depuis lors, le fléau les avait visités presque tous les ans. À la date qui nous occupe, il pouvait y avoir encore trois cents de ces sauvages aux environs du fort, et quatre-vingt-seize Canadiens étaient engagés au service de l’établissement. Lors de cette première tournée d’inspection, les missionnaires y firent quarante-un baptèmes,.

Mentionnons, maintenant, quelques autres peuplades sauvages, qui furent visitées pendant cette première partie de l’année 1838,

À la Maison des lacs, c'étaient les Gens des Lacs ; au fort Colville, les Chaudières, les Cinq: poils, les Spôkon, les Pis-coous ; les Okanagans au fort de ce nom ; les Nez-percés, les Têtes plates et ceux mentionnés il y à un instant au fort Wallawalla : puis, les sauvages de l'établissement de Cowlitz, et ceux de Wallamette appelés Kàlâpoñyà ; enfin les Kooatanis, d'où est venu le nom de Kootenay, et qui habitaient les bords d’une rivière de ce‘nom qui se jette dans le fleuve Colombie. Tous ces sauvages demeuraient; plus ou moins, près de ce dernier fleuve, ou sur quelques-uns de ses tributaires en allant vers l'océan : quant aux Nez-Percés, ils étaient répandus dans de vastes prairies non loin des Montagnes Rocheuses, dans la direction du Sud.

Les nations, établies sur le littoral de l’océan en gagnant les possessions russes, étaient les plus barbares, et, dans le temps, les blancs n'avaient pu encore pénétrer chez elles pour y faire la traite. Celles de l’intérieur, au nord de la Colombie, étaient plus civilisées.

Cette première visite consista principalement en des entrevues avec les différents chefs et les prin-

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cipaux des tribus qui s'empressèrent de faire baptiser leurs enfants, en attendant que la même srâce pût leur être conférée. Leur plus grand'désir était de voir une robe noire résider au milieu d'eux, et d'entrer ainsi de tout leur cœur et de toute leur âme dans le sein de la religion qui leur était apportée comme par miracle. Déjà donc, M. Demers et son compagnon pouvaient se dire avec satisfaction que la première semence était jetée en bonne terre et qu’elle ne manquerait pas de fructifier.

D'ailleurs, les Canadiens avaient annoncé la grande nouvelle partout où ils étaient allés, et ce sont eux qui préparèrent si bien ces enfants des bois. Un nom mérite ici une mention spéciale : cest celui du Dr McLaughlin, gouverneur du fort Vancouver. Le dimanche, il faisait lui-méme la prière à ses employés. Il soutenait à ses frais une école où s’enseignaient les prières et le catéchisme en français, et où l’on cultivait le chant des cantiques ; il était aidé de sa femme et de sa fille. L'on peut dire, que cet homme de bien fut l’âme des bonnes dispositions qui existaient alors en cet endroit, ainsi qu’à Wallamette

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et à Cowlitz. Il faisait lui-même tous les huit jours l’examen de son école, laquelle forina plusieurs élèves capables.

Le premier soin du missionnaire devait être de préparer les Canadiens à la réhabilitation de leurs mariages. Après trois semaines, à peu près, d’instruction, dans chacun de ces endroits, les baptémes et les mariages des adultes avaient lieu. Ces trois semaines étaient non-seulement une mission, mais une véritable neuvaine suivie avec la dévotion la plus vive et la plus profonde, la plus stricte régularité. Le soir, on faisait à prière en

commun; elle était suivie de la lecture et du chant :

des cantiques, à deux chœurs, l’un d'hommes, l’autre de femmes et d'enfants; l'harmonie en était superbe.

M. Demers faisait deux cathéchismes par jour à ses néophytes, un le matin, l’autre le soir ; il les avait mis sous la protection spéciale de la Ste- Vierge. Aux instructions succédaient les confessions. |

Pas un instant n’était donc perdu.

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bien conquis et subjugués par la grâce que nos deux missionnaires réclamaient déjà del’aide pour pouvoir suffire à cette besogne, laquelle eût exigé cinq à six collaborateurs. Comme la chose était momentanément impossible, MM. Blanchet et Demers durent limiter le champ de leurs opérations à cette partie de territoire qui était alors contestée entre l'Angleterre et les Etats-Unis (1) et à ses environs immédiats.

A cette première période de leurs missions, le groupe des fidèles se composait d'à peu près trois cents catholiques employés dans les vingt-huit établissements de la compagnie de la baie d'Hudson. En y joignant les cotons de Cowlitz et de Wallamette, les gens libres des prairies du Sud et les sauvages, on pouvait former une population catholique d'environ mille cinquante âmes. C'était déjà beaucoup.

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