PREMIÈRES MISSIONS ÉLOIGNÉES
Le cadre de cette esquisse biographique ne nous permet guère d'entrer dans les détails des
(1) La question fut plus tard décidée en faveur de ce dernier pays qui ajouta par là à son territoire tous les forts ci-dessus désignés, L’est aujourd'hui le Haut-Oregon,
travaux de Mgr Demers. Nous nous contenterons donc de suivre rapidement le récit de ses lettres dans ce qu’elles présentent de plus important afin d'éviter, autant que possible, la monotonie d'une narration qui ne présente de variété que celle des lieux et du caractère des peuples ; car les travaux et les opérations du missionnaire of. frent presque partout la même uniformité de charité et de zèle dans l’enseignement des vérités évangéliques.
Comme nous l'avons vu plus haut, bien que, tout d’abord, la résidence de nos deux missionnaires eût été fixée au fort Cowlitz, Vancouver n’en fut pas moiñs leur séjour principal jus-
? \ > , .,e qu’au neuf octobre où Wallamette fut définitivement choisi comme point d'appui et base de leurs opérations.
Ils avaient promis de retourner voir les sauvages qu'ils avaient visités l’année précédente: c'était une promesse sacrée, et il fallait l’accomplir, sous peine des conséquences les plus funestes.
On devait aussi pousser plus loin.—Le voyage
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fut donc décidé, et M. Demers entreprit cette pénible excursion dans le Nord de la Colombie, sur une des berges du chef des porteurs du Nord.
On appelait de ce nom les employés de la Compagnie qui transportaient dans l’intérieur du pays les marchandises destinées aux sauvages, en échange des pelleteries et autres objets d'exportation. Ils se divisaient en deux classes, les porteurs du Nord et les porteurs du Sud. Ceux du Nord remontaient de ce côté par la rivière Fraser, affluent de la Thompson ; le champ des porteurs du Sud s’étendait du fleuve Colombie aux frontières de la Californie.
M. Demers partit du fort Vancouver le 22 juin (1839) sur la berge de P. Ogden, chef des porteurs, dont la conduite généreuse et les bons procédés méritèrent toute la reconnaissance de notre missionnaire, Un double objet nécessitait cette mission : des Canadiens à marier et des sauvages à mstruire, outre un bon nombre à baptiser. Rendu à Wallawalla en huit jours de marche, il bénit la Providence del’avoir préservé detoutaccident dans cette dangereuse partie de la rivière Colombie, malgré un trajet de cent trente lieues depuis Vancou-
ver, à travers mille obstacles. Après avoir fait les Nispositions nécessaires pour la célébration de quelques mariages, à son retour, il se mit en marche pour Colville. M. Pambrun, commandant du poste, lui avait procuré quatre chevaux et un homme de la Compagnie, et il lui avait promis un guide qui disparut, sans mot dire, après trois jours de marche, malgré ses cris et ses supplications. Resté seul, au milieu de l’immensité et de l’uniformité morne de ces prairies humides et de ces forêts, avec son autre homme qui ne connaissait pas mieux le pays que lui, force lui fut de se résigner et de continuer sa route au risque de s’égarer tout à fait.
D'un sentier à l’autre, il marcha dans toutes les directions, caracola de droite et de gauche, jusqu’à ce qu’il se trouvât le soir, près d’un marais, à trois lieues de son campement de la veille où il dut passer la nuit,
La position devenant plus inquiétante, M. Demers renvoya son homme à WallaWalla, et, après une attente des plus poignantes et remplie de perplexités, seul au milieu de cette solitude n'ayant pour se défendre des animaux sauvages
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MGR DEMERS 139 qu'un couteau et une petite hache, il eut, au bout de huit jours passés dans cette qüasi-agonie, l'inénarrable plaisir de le voir revenir avec un bon guide cette fois.
“ Pourtant, s’écrie-t-il, au milieu des inquiétudes par lesquelles je passaiï, je ne croyais pas que Dieu voulût m’ensevelir dans ces déserts, maïs je
, 448 Ye / Q Q m'y serais résigné volontiers, si le salut de tant d'âmes n’eût dû procurer au Seigneur plus de gloire que le sacrifice de ma pauvre existence... J'avoue que la solitude me parut affreuse....
“ Oh! que n'’étais-je un François-Xavier, pour souffrir en saint cette peine, que Dieu m’envoyait sans doute dans sa miséricorde, pour me mettre sous les yeux ma faiblesse et mon incapacité !, Je fis mon sacrifice de bon cœur et je fus soula-