‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 42 sur 85 · OBSTACLES A VAINCRE · texte numérisé non relu

OBSTACLES A VAINCRE

L'on peut juger par tout ce qui précède de la besogne immense qui absorbait tous les instants de M. Demers.

N'étant que deux prêtres contre treize ou quatorze prédicants dont plusieurs étaient des hommes sans savoir, sans éducation, des anciens matelots, des conducteurs de cage, ils ne pouvaient observer avec eux ces rapports sociaux que se doivent les esprits cultivés, même s’ils sont de principes opposés. C'était la lutte. On conçoit aisément les moyens qu'employaient de pareils hommes pour attacher à leurs doctrines ces pauvres sauvages que leur légèreté naturelle, jointe à l'intérêt sordide, entraînait vers ces sé-

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MGR DÉMERS 165 ducteurs. “Nous avons, disait M. Demers, la truelle d’une main, et l'épée de l'autre, comme les juifs pour rebâtir leur temple, et, quelquefois, nous avons la douleur de voir arracher de l'édifice sacré des pierres posées avec des peines infinies. Non, vous ne connaissez pas notre situation.”

Ajoutons encore certaines autres causes de difficultés et d'embarras.—Ne voilà-t-il pas, un jour, que l’un des chefs du fort Langley se met à confesser les autres sauvages pour s'attirer dela considération. “ Puisque les prêtres le font, disait-il, ce doit être une bonne chose.” Et notre homme d’absoudre à droite et à gauche.

Momerie grotesque, sans doute, mais qui démontre bien l'esprit de docilité naïve et religieuse de ces pauvres enfants des bois.

Une coutume, féconde en désordres et en immoralité, et, par conséquent, bien difficile à déraciner, était celle-ci.

On perçait les oreilles des enfants à l’âge de deux ou trois ans. Cette cérémonie, qui se faisait avec beaucoup de pompe et de solennité,

commençait par un festin somptueux, où le père cès appelait tout ce qu'il pouvait trouver de désœu- cin vrés et de gourmands : après quoi, ce n’était, pendant plusieurs jours, que danses, jeux et autres h, divertissements. Alors, le père perçait lui-même . | les oreilles de ses enfants, et, de ses mains en- e. sanglantées, y suspendait certains ornements ; 7 puis, les convives se partageaient et emportaient F tout ce qui pouvait rester dans la maison, ména- tou ge et comestible: de sorte que notre homme se il ] trouvait réduit à la plus grande pénurie possible. sa f Qu'on joigne à cela la sorcellerie et la jongle- ue rie, communes à presque tous les sauvages ; la . « crédulité aux esprits malfaisants; puis cette pra- ss

tique, plus atroce que toute autre, que l’on appellait Tamanwas et que nous avons déjà décrite, et l’on aura une idée des obstacles que la superstition aveugle de ces peuplades opposait à l'établissement du Christianisme.

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Les sauvages étaient, de plus, sujets à une terrible et contagieuse maladie qui offrait beaucoup de ressemblance avec la4 lèpre. Les malheureux qui en étaient atteints tombaiïent dans un état de putréfaction complète : et leur ac-

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cès devenait presqu'impossible même aux médecins du lieu dont les remèdes étaient inefficaces.

Enfin, ils étaient adonnés aux jeux de mains et de roulette, et perdaient souvent ainsi tout ce qu'ils possédaient. De là des querelles funestes et des haïnes invétérées.

En dépit detant de maux et de tant d'obstacles, toujours rempli du courage et de l’ardeur dont il brûlait, Mgr Demers, dans le transport de sa foi et de son espérance, écrivait : “Dieu aura pitié d'eux sans doute, et les prières ferventes des bonnes âmes du Canada obtiendront pour la Colombie ces prodiges de miséricorde qui furent si fréquents au berceau du Christianisme.”

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