CHEZ LES AUTRES TRIBUS
Pendant son séjour chez les Kaotchins, les tribus voisines lui avaient envoyé des courriers pour s’assrer s’il visiterait leurs villages et dans quel temps, “afin, disaient-ils, de lui bâtir une cabane pour le recevoir ; ” car ils avaient remarqué qu’il n’avait pas de tente. Selon la promesse qu'il leur fit alors, le départ devaits’effectuer aussitôt sa première visite finie.—Cependant, à la veille de se mettre en route, la nouvelle se répandit rapidement d'un danger imminent de guerre avec une puissante tribu voisine, les Tongkas. Mille rumeurs, mille bruits divers emplissaient l'air, et ces malencontreux rapports, faux pour la plupart, avaient ralenti le zèle des nautonniers. Toutefois, après maints pourparlers avec eux, les jeunes gens se décidèrent ; on prit des fusils et des munitions pour parer à tout évènement ; on se mit sous la protection de la Sainte- Vierge, après la prière faite dans les ca-
nots, et l'on vogua bientôt sur les eaux bleuâtres de la baïe.—Partie dès le matin, la petite flotille arriva vers sept heures du soir chez les Tlintlimilitz, dont les mœurs, les usages et la langue étaient à peu près les:mêmes que ceux des Cowichans. |
Là, même confusion et même agitation, même cérémonie de donner la main, mais précédée, cette fois, du signe de la Croix. Sur le signal du chef, tous lèvent la main droite à la hauteur des yeux, puis, un second signal, et tous achèvent de se signer. Mêmes exercices aussi que dans le premier camp.—Une cérémonie nouvelle pour Monseigneur fut celle des fiançailles du fils de l’un des Jeunes chefs qui l’accompagnaient, âgé de trois ans, avec la fille du chef du village, âgée d’un an. Cette coutume était célébrée par des discours de part et d'autre, et se terminait par des présents mutuels que l’on se faisait au nom des futurs.
La troisième visite fut au camp des Penalahetz où l'on se rendit en quelques heures. Le vieux chef de cette tribu avait un caractère et des dispositions pacifiques. Tenant à honneur que le Grand Prêtre vint le voir dans son
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cours de présents futurs.
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camp, il n'avait rien épargné pour le recevoir de son mieux : jolie cabane, lambrissée en planches de cèdre avec toiture en nattes, la terre tapissée avec des coquilles broyées, etc. Il avait méme envoyé, à une grande distance, des jeunes gens pour pêcher de la morue de roche, digne, par sa gross:ur énorme, de figurer sur la table des princes, tandis que là elle dut se contenter d’une natte étendue sur la terre. “ Quant à moi, ajoute l'évêque avec sa bonne humeur ordinaire, je n'avais pas à me plaindre ; je partageais le sort de tant d’autres évêques auxquels la terre nue sert de table et de couche en même temps. ”
Ici, Monseigneur vit pour la première fois l’un de ces forts que les sauvages de l'éndroit avaient bâti pour se prémunir contre les incursions des terribles Yougletas dont ils étaient rapprochés, et dans l'enceinte duquel toutes les cabanes étaient renfermées. Il nous le décrit “ comme ayant à peu près deux cent pieds en longueur et cinquante en largeur, avec des pieux en cèdre d’une vingtaine de pieds de hauteur; les portes basses et étroites pour raison de sûreté ; de distance en distance, d'énormes colonnes, ou plutôt
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des troncs d'arbres, enfoncés à une grande profondeur dans le sol pour soutenir et affermir plus solidement les autres pieux qui étaient beaucoup plus petits; et ces colonnes terminées à leur partie supérieure par des statues, ou plutôt simplement des figures dans lesquelles on ne saurait dire lequel domine davantage, le ridicule ou le grotesque. Le mieux pour vous, ajoute-t-il, ce sera de réunir les deux ensemble, et alors vous en aurez la meilleure idée que je puisse vous en donner.”
De cette bourgade, l’'Evêque-missionnaire passa chez la tribu desJahtekas, à une quinzaine de lieues de distance. Leur chef, le grand Jos, était un homme célèbre dans les annales de la guerre et de nobles cicatrices attestaient hautement sa bravoure et son courage. Aussi était-ce un vrai soldat dans la force du terme. Ses qualités et ses relations amicales avec les blancs lui avaient valu de leur part un accoutrement militaire qu'il portait avec beaucoup de fierté, maisil'allait toujours pieds nus sous ce costume assez étrange pour lui. Seul chef de ces contrées qui eût reçu pareil honneur, on lui avait aussi fait présent
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d’un petit canon qui lui servait contre ses ennemis et qui salua l’arrivée du Grand-Prêtre au camp par plusieurs coups FARHenIens et fortement tirés.
Avec cet amour du faste et de la grandeur qui dominait chez lui, il est naturel de croire que ce chef mit tout en œuvre à l’occasion de cet événement, le plus important dont son peuple eût été témoin. Pour cela, jugeant que ce moyen de défense ne lui était plus nécessaire parce que les Yougletas avaient cessé leurs excursions meurtrières, depuis la visite du prêtre au fort Langley, il fit abattre le bastion du fort magmifique qui avait été bâti autrefois pour se défendre contre eux, et, à sa place, il construisit une maison spacieuse et confortable pour servir de résidence aux missionnaires pendant leur séjour en cet endroit.
Rien de remarquable ne se passa ici. Monseigneur y reçut la visite d’un jeune chef Schomish à la tête d’une trentaine des siens. Cette tribu habitait sur le continent, un peu au-dessus de la rivière Fraser, et le guerrier et ses compagnons avaient traversé le détroit de Géorgie pour ven-
dre des pelleteries à l'agent d’une compagnie qui commençait à exploiter une mine de charbon.
Ayant entendu dire que l’homme de la Prière dont ils avaient si souvent oui parler, mais qu'ils n'avaient jamais vu, était arrivé en même temps qu'eux, ils ne voulurent pas partir sans aller lui présenter leurs hommages et lui montrer leur savoir-faire.
Ils allèrent donc à sa rencontre chez les Tsassias, peuple voisin des Iakletas : puis, au signal du chef, tous firent le signe de la croix en leur langue, s’approchèrent, les yeux baissés, pour la cérémonie de äonner la main, firent un second signe de croix, récitèrent ou chantèrent l’oraison dominicale, la salutation angélique, le symbole des Apôtres et quelques cantiques en leur langue et en Tchinouk.
Mcaseigneur fut d'autant plus surpris et Joyeux de cette démonstration que ces sauvages n'avaientjamais vu de prêtres. Ces prières, ils les avaient reçues des tribus voisines déjà visitées par les missionnaires. Ils les avaient traduites, puis apprises par cœur et les chantaient deux fois par jour.
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Tout en espérant beaucoup des bonnes dispositions, de la docilité et de l’empressement de ces sauvages à embrasser les vérités chrétiennes, Monseigneur Demers ne se berçait pas de vaines illusions. Il avait appris par expérience à ne pas trop compter sur ces premières démonstrations. Il savait que, chez ces enfants de la nature, grande est la distance de l'esprit au cœur ; qu'on peut éclairer l’un, tandis que l’autre ne sera ni changé ni converti pour cela, et que, convenant aisément de ce qu’il voit fondé sur la raison le sauvage n’en devient pas plus honnête homme s’il n’a pas envie de l'être, si le dérèglement de ses mœurs ou la médecine s'y opposent.
En effet, c'était là, comme nous l'avons déjà vu, les deux plus grands obstacles que les missionnaires rencontraient sur leur route. Et notre apôtre, se demandant quel est le plus grand de ces deux obstacles, n'hésite pas à répondre : la médecine, le Tamanwas. Voici la raison qu'il en donne, ‘“ L’homme au Tamanwas, dit-il, exerce une immense nfluence sur les masses qui le croient revêtu qui pouvoir su rna-
turel et magique d’où dépend la vie ou la mort, Ce devin, pour rejeter son sac de médecine, doit se décider à faire un double sacrifice, celui de son caractère et de sa réputation, et celui du gain qu'il tire de sa profession, gain qui consiste principalement en couvertures. Or, il est fortement attaché à ces objets, et l’on sait l'usage qu’il en fait. J'aime beaucoup l’idée d’un prêtre qui, pour leur reprocher cet attachement immodéré, a représenté le cœur d'un sauvage traversé par la pointe d’une couverture.”
Cependant, il y avait lieu d’être satisfait des résultats obtenus, quoi qu’il n’y eût pas encore de mission ou chrétienté permanente fondée au milieu de ces tribus. Le bien ne s’était pas manifesté d’une manière éclatante; tout de même il s'était fait, et, si l'on comparait l’état actuel des sauvages avec celui où ils étaient vingt ans auparavant, l’on concluait facilement que les missionnaires avaient opéré un véritable changement dans les mœurs de ces indiens pendant leur séjour et leurs travaux sur les bords du Pacifique.
Le camp des Nanaïmooks, situé auprès des
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nouvelles mines de houille que l’on commençait à exploiter, était la septième et dernière station 1 de cette première visite pastorale. L'ordre du départ ne fut pas plutôt donné que les conducteurs, anxieux cette fois de mettre à la voile, car ils devaient rencontrer là des connaissances et des amis, firent à la hâte les préparatifs de voyuge, et bientôt une jolie flotte, composée d’une douzaine de canots et favorisée par une excellente brise, cingla vers Nanaïmook.
Cette tribu assez considérable avait à peu près les mêmes mœurs et le même langage que celles déjà visitées. Aucun prêtre n’y était encore allé; maïs plusieurs membres s'étaient rendus au Fort Langley, à la grande réunion de milhuit cent-quarante et un, et plus tard, chez les Kaotchins où ils avaient reçu quelques notions d'instruction religieuse. Néanmoins, il était bien difficile à ces pauvres sauvages de chanter leurs cantiques ou de réciter leur chapelet, exposés qu'ils étaient continuellement, dans l’exercice de ces pratiques religieuses, au ridicule et auxsarcasmes de la part des mineurs, presque tous inf-
dèles et impies, et dont la déplorable ignorance (1)—- Aujourd'hui Nanaïmo.
et l’'épouvantable immoralité ne pouvaient être dépassées que par leurs congénères habitant les mines de l'Angleterre d’où ils étaient eux-mêmes sortis.
Pour ce motif, il fallait frapper un grand coup, organiser, comme à Langley, une démonstration et des cérémonies imposantes, afin de parler un langage plus sensible à ces intelligences et à ces cœurs.
Monseigneur Demers, pour la seconde fois dans le cours de son œuvre apostolique, se vit entouré de plusieurs milliers de personnes, de quinze tribus, et d'autant de races différentes. Les braves et terribles Yougletas, que l’on redoutait tant, y étaient représentés par près de neuf cents hommes, femmes et enfants.
Tout s’y passa avec la plus grande solennité et le plus pompeux éclat.
Comme les Schomishs, dont nous avons parlé plus haut, ces tribus ne possèdaient qu’une connaïssance très-faible des vérités de la religion ; elles avaient aussi, plus ou moins, appris quelques prières et quelques cantiques, mais n'avaient
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jamais vu de prêtre auparavant. Quoique se.chant faire le signe de la croix, elles étaient loin d'en connaître l'origine et la nature et encore moins étaient-elles capables d'en apprécier la valeur.
Aussitôt que la procession qui se déroula devant lui fut terminée, .et que le silence, d’après l'ordre des chefs, se fut rétabli, l’un d’eux, au milieu d'un silence grave et majestueux, d’une voix forte et sonore dit aux siens : “ Il convient que nous fassions voir au Grand-Prêtre des français que nous savons quelque chose de sa prière, etavant que nos mains touchent la sienne, levonsls pour faire le signe de la croix”
Et cette foule immense prononça lentement, à haute voix et comme en cadence, cet acte sublime de notre sainte religion.
Monseigneur Demers était ému jusqu'aux larmes, et, à son retour, il décrivait ainsi l’impression qu’il en avait ressentie: “Je ne saurais vous rendre compte de l'impression que l’on éprouve en voyant et en entendant ces signes de croix; c'est quelque chose d’indéfinissable, mais de grand et de sublime en même temps, et
l'harmonie de ces milliers de voix se mariant sur trois octaves différentes, par sa beauté mêlée
d'une certaine mélancolie, vous fait une impres- À
sion dont vous ne pouvez pas vous défendre, ”
Sans négliger les autres, il s’appliqua spécialement à instruire les Yougletas et leurs voisins les Satloltooks, ces deux tribus si féroces, si redoutées et devenues subitement si douces devant
l’homme de Dieu, bien heureux de les avoir vues
venir à lui.
Il consacra ainsi six jours à les instraire, à leur faire exécuter les exercices habituels de la prière, et à étudier leurs mœurs. Cependant malgréleurs bonnes dispositions, il ne voulut baptiser aucun des enfants, se proposant de le faire à une seconde visite, s'ils avaient alors bien profité de l’enseignement donné. Il leur promit toutefois de leur envoyer des prêtres, lorsqu'il en aurait un nombre suffisant, pour leur annoncer la bonne parole, et demeurer avec eux afin de leur apprendre la prière, s’ils se montraient obéissants et disposés à rejeter le mal.
Avant son départ, il les réunit encore une
fois, leur donna ses dernières exhortations et
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Telle fut sa première visite épiscopale, courte, mais très fructueuse.—Il avait, en effet, connu et étudié par lui-même, sur les lieux de leur habitation, au-delà de vingt tribus, et parcouru, quoique avec rapidité, plus de la moitié de l’île de Vancouver. |
Il connaissait les mœurs et les habitudes de ces peuplades, et cela lui était d’un avantage ncalculable pour l’organisation qu'il avait en vuejafin d'avancer l’œuvre de leur conversion: car c'était là, maintenant, le but suprême de ses efforts. Trop heureux si, seulement, il pouvait aplanir le champ et y jeter les premières semenses, laissant volontiers à d’autres la consolation d'en cueillir les fruits !
Mais que d'obstacles semés sur la route pour arriver même à ce premier résultat ! Car, comme il a déjà été dit, malgré certaines bonnes dispositions et ce caractère d'enfants dont ils étaient empreints, les sauvages de ce pays, et, surtout,
eux qui habitaient les bords du Pacifique étaient la race la plus abrutie et la plus dégradée de l'Amérique du Nord :à vrai dire, ils n'avaient d'inférieurs à eux que les Esquimaux.—En vain aurait-on cherché, chez ces hommes, des cœurs nobles et généreux, des esprits élévés, des penseurs profonds, tels que l’on en trouvait, autrefois, dans les commencements de la colonie, chez les Iroquois et les Hurons, capables de hauts faits et de vertus héroïques. “Jamais dans nos missions, ajoutait Mgr Demers, on n'aura à dire les grands sentiments et les vertus d’un Daniel Garakontié et d’une Catherine Teghakvwita.
Pour les convertir, il faudrait pouvoir les réduire a” moyen de deux armes, l’une d’or et l’autre d'acier ; c’est-à-dire, les gagner par des présents et les intimider par la force des armes, ou bien matérialiser la religion et en faire une religion de couvertes et de festins. Mais alors que serait la religion chez eux, sinon un manteau pour couvrir leur hypocrisie.”
Mais malgré l’espèce de découragement que sembleraient comporter ces paroles, il y avait une puissance en laquelle l’Apôtre de la Colom-
le étaient radée de n'avaient -En vain:
es CŒUrs des pent, autrenie, chez de hauts dans nos ra à dire an Daniel takvwita.
es réduiet l’autre présents ou bien ne relialors que manteau
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bie,eomme les Apôtres de tous les siècles et de toutes les nations, avait mis toute sa confiance et ses espérances.
Cette puissance, qui a conquis le monde, c’était la croix, l'arme par excellence du missionnaire, le signe de la croix, son symbole extérieur le plus sublime, l’Alpha et l’'Oméga de notre sainte religion.
Ecoutons le récit d’un fait qui en démontre la force prodigieuse visiblement divine, et d'autant plus merveilleux qu’il se passait chez la terrible nation des Yougletas qui n'avaient pas encore eu le bonheur de rencontrer Mgr Demers.
“Un mois avant mon arrivée chez les Nanaïmooks, dit-il, les Yougletas apprirent, par un faux rapport, que j'y étais déjà rendu, et, brûlant du désir de voir enfin un homme dont la renommée leur avait dit tant de choses, ils se mirent aussitôt en route, au nombre de trente canots, pour arriver à force de voiles et d'avirons le plus vite possible chez les Nanaïmooks. Une grande épreuve leur était réservée, et ils ne s’étaient pas attendus à être reçus au bout du fusil par leurs voisins, dans le temps qu'ils croyaient
l’homme de la prière au milieu d’eux ; et comme leur mission était toute pacifique, ils avaient cru inutile, et avec raison, de se pourvoir de leurs armes, qui les accompagnent toujours dans tous les autres voyages. Mais leur renommée était si bien établie, qu'au seul nom de Yougleta, on fut effrayé et l’épouvante s'empara de tous.
Aussi, lorsqu’encore à une grande distance du village ils furent reconnus par la coupe de leurs voiles et la grandeur de leurs canots, le cri: trente canots Yougletas ! passa de bouche en bouche et se répandit avec la rapidité de l'éclair en jetant la terreur dans le camp des Nanaimooks.
“ La flotille Yougleta s’avançait lentement, tandis que dans le village tout était désordre et confusion, et que chacun s’empressait de prendre les armes; on s'attendait à une attaque vigoureuse, qu'il s'agissait de repousser avec non
moins de force et de vigueur. Les Yougletas con- :
fiants, parfaitement ignorants des préparatifs qui se faisaient contre eux, étaient les uns déjà descendus sur la plage, et les autres encore dans leurs canots, lorsqu'ils virent les Nanaïmooks
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sortir de leur camp les armes à la main, et manifester leur intention par les gestes et les cris communs à tous les sauvages en pareille circonstance. Jugez de leur étonnement: le désir de voir l’homme de la prière, l’homme de la paix, l’homme qui, avec la parole du Grand Chef là-haut, fait bons et droits les ‘skwalowon (cœurs) des sauvages, les a conduits sur ce rivage où, à la vérité, ils laissèreut plus d’une fois des traces de leur cruauté, mais sur lequel, depuis quelques années, ils avaient fumé le calumet de paix, pour preuve qu'ils avaient rejeté le mal de leurs cœurs, et voilà que des armes sont dirigées contre eux et qu'on les attaque dans un moment où ils ne sont nullement en état de se défendre. La main et la parole sont également impuissantes à témoigner de leurs intentions amicales et pacifiques : à quel autre expédient vont-ils donc avoir recours dans cette circonstance si critique ? Une pensée, prompte comme l'éclair, se présente à laur esprit; la croix est leur dernière ressource, et la croix va les sauver, comme elle a sauvé le monde. Le chef, faisant signe de la main, dit alors aux siens : “ Faisons tous, hommes, femmes et en-
fants, faisons le signe de la croix, c'est le seul moyen qui nous reste pour convaincre les Naraimooks de nos intentions. ” À peine ces paroles sont-elles terminées que tous se lèvent au nombre d'au moins six cents, et font ensemble le signe de la eroix! Le signe est compris, les armes tombent des mains des Nanaïmooks qui se pressent vers le rivage, et les poignées de mains qui s’'échangent font bientôt oublier aux pauvres Yougletas les moments d’anxiété et de trouble auxquels ils ont été si cruellement en proie. ”
In hoc signo vinces : telle est la devise du Jésuite, telle est l'arme du missionnaire; ce fut aussi le glaive triomphateur de Mgr Demers.