‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 63 sur 85 · TERRE RER · texte numérisé non relu

TERRE RER

On comprend la douleur qui suivit la séparation du meilleur des pères et du plus affectueux des fils.

Pendant la traversée, la mer fut agitée par la plus violente tempête. Tout l'équipage était en proie à la plus grande frayeur et s'attendait, d’un moment à l’autre, à faire naufrage.

En face de ce danger imminent, tous les voyageurs se pressèrent, dans un élan spontané, autour du saint Evêque et le supplièrent de les préserver du péril certain qui les menaçait.

Avec cette piété et cette confiance qui s’imposent à l’âme sur le seuil de l'éternité, Mgr Demers pria longtemps avec eux. Puis, se levant soudain, il leur dit d’un air inspiré: “ Ne craignez plus, je viens de faire un vœu à celle qui m'a sauvé mille fois dans ma vie, à la bonne Ste- . Anne, qui est la sauvegarde de ceux qui voyagent sur mer, et soyez certains qu'elle va venir à notre secours.”

Ces paroles firent renaître la confiance; la tempête cessa, et les passagers, parmi lesquels se trouvaient plusieurs zouaves pontificaux, témoignèrent la plus vive recounaissance à Mgr Demers qui, aussitôt débarqué, s’empressa d'aller remplir son vœu.

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Ce devoir accompli, le vénéré prélat se rendit à Saint-Nicolas, sa chère paroisse natale, qui lui donna la réception la plus enthousiaste et la plus cordiale.

C'était le deux octobre, célébration de la fête de Saint-Michel, et sixième anniversaire de prétrise du curé, l’abbé Antoine Gauvrenau, En ce jour trois fois solennel, l’on installait avec grande pompe la magnifique statue de Sainte-Anne qui orne aujourd'hui l’égliseet que, pourla première fois, les fidèles vénéraient avec la plus profonde dévotion. Monseigneur donna le sermon de circonstance. Il parla du Concile, de la dignité, de la sainteté et de l’infaillibilité du Souverain Pontife, des splendeurs de Rome et de ses monuments. Puis, après vépres, la paroisse le reconduisit en procession au presbytère, et là, du haut du petit balcon, il adressa de nouveau la parole, donn« sa suprême bénédiction et fit ses derniers adieux. Cela lui était d'autant plus pénible qu'il sentait lui-même sa santé décliner rapidement : en effet M. Gauvreau ayant témoigné, à ce. moment, l’espoir de le revoir encore : “ Ah ! répondit l’Evêque, si vous connaissiez ce que j’endure de souffrances, vous n’auriez pas ce vain espoir,”

PR CE re an AE PS

La journée avait été splendide, la fête magnifique : mais cette séparation dernière fut déchirante, elle arracha des larmes à bien des yeux, et la foule, remplie d'émotion, s'éparpilla silencieuse, gardant précieusement le souvenir ineffaçable de toutes les vertus du saint prélat.

Les prêtres des paroisses voisines étaient accourus pour lui baiser la main, le vénérer une dernière fois et recevoir sa bénédiction suprême. Aussi, le lendemain, lui fut-il bien difficile de s’arracher à leurs étreintes. Son cousin, le vénérable M. Desrochers, aveugle et retiré chez son frère à Sainte-Croix, était surtout plongé dans une indicible douleur.

Il fallut bien se séparer, et, avant son départ, il leur adressa ces paroles qu'il répétait en quittant définitivement Québec : “ Priez pour moi, mes amis, Car je m'en vais mourir au milieu de mes chers sauvages que j'ai tant aimés. ”

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