‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 64 sur 85 · SA MALADIE ET SA MORT · texte numérisé non relu

SA MALADIE ET SA MORT

En vérité, Mgr. Demers était bien peu capable de continuer le voyage dont il n'avait fait que la moitié.

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Mais, accoutumé à écouter la voix du devoir plutôt que celle de la nature, il entreprit le fatiguant trajet en chemin de fer de Montréal à San- Francisco. Il ne s'arrêta qu’une nuit dans cette dernière ville, et arriva deux semainés après à Victoria, le deux novembre, faible et malade, avec la certitude, comme il le disait lui-même, “ qu’il n'était revenu chez lui que pour mourir. ” Les prêtres partageaient les appréhensions de leur évêque.

Le jour de l’an, il eut une attaque d’apoplexie qui lui paralysa une partie du côté gauche ; il perdit la parole sans perdre connaissance, et resta plusieurs jours entre la vie et la mort. Cependant, grâce peut-être aux prières qu'on offrit pour sa guérison, il recouvra suffisamment ses forces pour se promener et célébrer la messe ; il exprima même le désir de visiter une mission de sauvages Cowichans, pour laquelle il avait toujours montré un amour de prédilection.

A son arrivée en cet endroit, l’on comptait sur une guérison certaine ; mais, au bout de quelques jours, il fut surpris par une autre attaque presque aussi violente que la première.—Le prêtre

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de cette mission et dix sauvages, jeunes et vigoureux, transportèrent Mgr Demers dans le meilleur canot qu’il purent trouver, et, à force de rames, arrivèrent en un jour et une nuit à Victotoria. Dès ce moment, il n’y avait plus d'espoir, et son entourage dut se préparer à la douloureuse séparation. Le patience et la résignation, avec lesquelles Mgr Demers supporta les souffrances de sa longue maladie de cinq mois, furent un su- Jet profond d’édification suprême pour tous. Le caractère bouillant et impétueux du missionnaire avait disparu, la nature faisait place à la grâce, et pas une plainte, pas un murmure ne s'é-

chappa des lèvres d’un malade dont la vie pouvait être appelée un véritable martyre.

Enfin, le vingt-un juillet 1871, à trois heures du matin, après de fréquentes invocations aux saints noms de Jésus et de Marie, à la bonne Ste-Anne et à son Ange gardien, le premier évéque de Vancouver rendit son âme à son Créateur.—Le premier août, les dépouilles mortelles du défunt furent solennellement enterrées dans la cathédrale par Mgr d’Herbomez, Vicaire Apostolique de la Colombie Anglaise, qui chanta le service.

Toutes les personnes les plus considérées de la ville (de plusieurs dénominations religieuses) voulurent, par leur présence, honorer ses obsèques. Son corps, placé dans un caveau, sous le sanctuaire de l’église, y resta jusqu'en 1885. Puis on le transporta dans le caveau de la cathédrale provisoire qui avait été bâtie au centre de la ville. De là on le transféra, en 1894, dans celui de la cathédrale actuelle, laquelle rivalise en beauté avec les églises de l'Est et est considérée comme la plus belle de toute la côte du Pacifique et coûte environ $80.000.

Monseigneur Blanchet perdait en lui son compagnon de voyage de 1837, l’île de Vancouver un Zzélé et vaillant missionnaire, l'Eglise un pieux et saint évêque, la paroisse de Saint-Nicolas une de ses gloires les plus brillantes et celui de ses enfants qui, jusqu'ici, s’est élevé au plus haut dégré de l’échelle sacerdotale, l’épiscopat.

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