CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Mgr Demers était une nature ardente, un caractère de feu ; il avait un cœur d’or et une sensibilité d'enfant.
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Bon, généreux, affable, sa franchise ne pouvait souffrir la dissimulation. R
Dans son humilité, il ne voyait pas le bien qu'il faisait et répétait souvent : “Que fais-je pour vous, Ô mon Dieu : ” Sa vertu caractéristique était la simplicité. Les protestants comme les catholiques qui l’ont connu vénérent encore sa mémoire, en rappelant les qualités qui le distinguaient. Il s’occupa, jusqu'à ses derniers moments, de ses travaux et de ses œuvres, et pour cela il choisit pour son successeur le Révérend Père Seghers, sur qui il avait fondé de grandes espérances qui ne furent point déçues, comme l'avenir l'a prouvé, malgré sa mort tragique et sa brillante carrière hélas ! trop vite interrompue.
Il prêchait admirablement bien en sauvage, et quoiqu'il n’eût pus brillé dans ses classes au Séminaire, il avait une facilité qui tenait du merveilleux pour apprendre les différentes langues sauvages des pays qu'il a évangélisés.
Il en parlait sept ou huit avec une pureté extraordinaire.
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Mgr Demers a laissé un recueil de cantiques et un vocabulaire en langue Chinook : il avait composé ces ouvrages dans les premières années de ses missions.—Au cours de l’un de ses voyages en Europe, il avait assisté au troisième congrès de Malines, où il prononça un remarquable discours.
Sa: pénétration d'esprit était très-vive, sa mémoire des plus heureuses et servie par la sûreté du jugement: ces deux facultés s'équilibraient. Imaginez un tel tempérament, un tel caractère, et un tel cœur au service du Bon Dieu chez les sauvages de là-bas, et vous aurez une faible idée des prodiges que ses vertus opéraient.
L'une des trois premières Sœurs venues de Lachine, qui a survécu à Mgr Demers, affirme qu’elle a obtenu un miracle par son intercession.
Il s'était fait charpentier, menuisier, maçon, forgeron, etc : c’est ainsi que, dans les premières années de son ministère, tout en apprenant les différents dialectes, il construisait de ses propres mains, églises, maison, en un mot tout ce dont il avait besoin.
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Au physique, taille moyenne; teint animé, œil vif, cheveux légèrement frisés; très-fort et d’une santé robuste, malgré les fatigues et les infirmités. Le tableau à l'huile de Mgr Demers, qui se trouve dans la sacristie de la paroisse de St Nicolas, paraît être un portrait bien fidèle de sa personne.
Partout et toujours, dans les moments même les plus difficiles, il se montrait de bonne et aimable compagnie (1), jovial, cordialement attaché à ses amis. (2)
Sous le rapport religieux, il portait à sa fa-
(1)—Dans ses visites à St-Nicolas, pour égayer ses parents et les principaux de la paroisse qui se réunissaient autour de lui, il ne croyait pas déroger à sa dignité épiscopale, en s’asseyant par terre, mangeant comme ses sauvages, chantant leurs cantiques, imitant leurs singeries etc.
(2)—Parmi ses amis brillait au premier raug M. Faucher, ancien curé de Lotbinière.
Tous ceux qui l'ont connu savent que M. Faucher joignait à un zèle sans bornes, servi par une piété tendre et sulide, un fond de gaîté qui lui faisait trouver moyen de s’égayer dans les circonstances souvent les plns sérieuses. Quelqu'un lui faisant un jour la remarque que presque tous les sujets lui ournlssaient ainsi l’accasion de rire: ‘‘Eh ! quoi, reprit-il, ne faut-il pas porter gaîment son fardeau ? N'est-ce pas un moyen de trouver la charge moins lourde que de rire en la portant ? D'ailleurs, la gaîté sert souvent à nous tirer de pas difficiles.”
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mille un intérêt tout particulier, et il avait l'âme toute embrasée de l’amour de Dieu et du salut de ses frères. En voici une preuve frappante
consignée dans une lettre que nous reproduisons : (1)
Bien cher cousin,
“ Je suis heureux qu'il y ait tant de vocations religieuses dans la famille. Je félicite vétre frère d’avoir déjà deux de ses filles à l'ombre du cloître, et éloignées d’un monde corrompu et corrupteur. Ah ! comme notre bonne vieille grand”mère, si quelque chose peut ajouter au bonheur dont elle jouit dans le ciel, doit se réjouir de voir un si grand nombre de ses descendants embrasser la vie sacerdotale et religiense !
‘“ Oh oui ! sans doute, elle voit ses prières exaucées, au delà de ses espérances ; car vous savez qu'elle priait constamment pour qu'il y eût des prêtres dans sa famille. Vous savez, de plus, qu'elle avait l'extrémité des doigts durcis, à force dt dire des chapelets à cette intention. Cependant, quoiqu'elle ait dû être conduite au ciel
(1)--Lettre adressée, en 1865, au Rév. M. Desrochers.
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par toutes les âmes qu'elle a délivrées du purgatoire, par tant de messes qu'elle faisait dire pour elles (c'était, comme vous le savez, sa dévotion par excellence,) elle a, comme mes autres ancétres, tous les jours, une place dans mon memento. Et quoi de plus juste d’ailleurs ?
“ Oh! comme ils étaient bons, les gens du bon vieux temps! Quelle foi simple, mais robuste, ils avaient !
“ Mais, hélas ! il faut bien l'avouer, il n’en est plus ainsi pour un grand nombre, dans ce siècle de lumière et de progrès (matériel) !
“ Malgré les préjugés de nos frères séparés, et les obstacles que je rencontre sur ma route, je puis dire, à la gloire de notre sainte religion, que l’Evêque catholique de Vancouver est plus respecté par tou3 les hommes des différentes croyances que l’Evêque et les ministres protestants de toute dénomination, etc.
Oremus pro invicem.
Votre ami,
t Mopesre, Evêq. de Vancouver.
avenir dans c lu lui 1 fices qt l'amou:
vallée venir E allaien!
Dès 1857, dans une autre lettre adressée au même M. Desrochers, l’évêque de Vancouver prédisait un fait qui, alors, pouvait passer pour un rêve de visionnaire, maïs dont la réalisation anticipée a jeté la surprise même chez les esprits les plus clairvoyants. “ Attendons un peu, disaitil, bientôt nous aurons le plaisir de voir une voie ferrée traverser les Montagnes Rocheuses, et alors non seulement nous pourrons correspondre plus souvent, mais encore nous aurons la douce satisfaction de nous revoir dans ce bas
monde. ”
Qu'il se serait réjoui, ajoute un biographe, ce grand patriote, ce véritable ami de son pays, s'il avait pu être témoin de l'annexion de la Colombie Anglaise à la Puissance du Canada ! Quel avenir de progrès il aurait vu pour la religion dans ce fait tout matériel ! Mais Dieu, qui a voulu lui laisser tout le mérite des immenses sacrifices qu'ii s'était volontairement imposés pour l'amour de lui, s'est hâté de le retirer de cette vallée de larmes, au moment où le ciel allait devenir plus serein, et où les commodités de la vie allaient devenir d’un accès plus facile,
Non, non, les joies de ce monde, le bonheur temporel ne sont pas pour les élus, les amis de Dieu. Pour eux, les croix, les contrariétés, les humiliations, etc.
Monseigneur Demers fit preuve d’un tact si parfait en traitant avec les différentes tribus sauvages, et avec les membres des autres dénominations religieuses qui s'étaient implantées dans le.pays, que non-seulement il vécut toujours en bonne intelligence avec elles, maïs encore fut toujours estimé et honoré d'elles. De là cette habileté dans le gouvernement de son diocèse, qu'il administrait avec une égale réussite en temps de difficultés comme en temps de paix, maniant si sagement tous les esprits, disposant si bien toutes choses que le succès couronna presque toujours ses sages prévisions et qu'il sut asseoir sur une base vraiment solide cette Eglise dont il fut lui-même la pierre fondamentale.
On ne saurait trop louer sa haute intelligence danslaconduite desaffaires. S’ils’agissait d’un mal à empêcher, iln'écoutait point l’ardeur d'un zèle irréfléchi qui, en se précipitant, recule le succès plu-
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tôt qu'il ne l'avance : il prenait le temps de peser mûrement devant Dieu les meilleurs moyens à employer, et était attentif à ne rien compromettre par une parole ou une démarche imprudente. Aussi choisissait-il avec grand soin le moment et la manière d'agir ou de parler, “ afin de ne pas faire de fautes en s'opposant aux fautes.” Et c'est ainsi que son zèle, infatigable dans son activité, parceque la charité l’animait, n’était pas moins modéré dans ses effets, parceque la prudence le réglait.—Si c'était une difficulté pratique à résoudre, il l’étudiait avec la patience de la réflexion et lui donnait toujours une solution aussi judicieuse que solide. De toutes parts l'on avait recours à lui; on voulait avoir son avis dans les affaires importantes ; on l’établissait juge des différends. Et la preuve en ressort clairement dans son travail de réhabilitation des mariages, dans le règlement des différends sans nombre que les sauvages se suscit:.. nt, soit entre tribus, soit entre eux-mêmes, ou bien dans ces querelles presque journalières qui s’élevaient au sein des familles. Il se faisait amener ces pauvres misérables, leur inculquait l’horreur de la laideur du vice, et, avec une prudence merveilleuse, il les
décidait de rompre les liens qui les retenaient loin du devoir et de la vertu.
“J'ai toujours admiré, nous disait un témoin d’une partie de sa vie, la grandeur et l'excellence de sa prudence qui faisait converger toutes ses œuvres vers la plus grande gloire de Dieu, la conversion de ces pauvres âmes, l’exaltation de la foi, et le bon gouvernement de son
diocèse. C'était u e prudence qui prenait sa ” source dans l'esprit de Dieu et usait de moyens pleins de charité et de bénignité avec une si grande paix intérieure et extérieure que, malgré ses continuelles occupations, jamais il ne s'empressait ni ne se troublait”.— En un mot, on aurait dit qu’il lisait dans l’âme de ces barbares, comme dans un livre et à ciel ouvert, et il faudrait reproduire toutes seslettres pour montrer toute sa prudence dans la direction des âmes, pour faire voir avec quelle adresse il savait approprier ses conseils et son langage à toutes les situations et à tous les caractères. —A joutons à cet esprit de prudence son humilité, sa foi, son espérance, sa confiance en Dieu, sa conformité à sa volonté, sa charité, sa douceur, son zèle, son humilité, sa patience et son égalité d'âme.
Il avait pris pour modèle le grand Apôtre des Indes, Saint-François Xavier, et, tout sa vie, il sut fidèlement marcher sur ses traces.
Comme le ciel a dû se réjouir au moment où l'âme de ce saint missionnaire, chargée de tant de mérites et de sacrifices, est arrivée au séjour des bienheureux !
Comme ils ont dû accourir à sa rencontre, les milliers d'enfants et d'adultes qu'il avait sanctifiés, en les purifiant dans les eaux sacrées du bap-
tême, en les nourrissant des autres sacrements de l'Église !
Vénérons une tombe qui renferme des restes si précieux, et sachons nous édifier au souvenir de toute une existence écoulée dans la pratique de toutes les vertus, et la privation de toutes les jouissances que la nature peut réclamer à juste droit. Et si, plus tard, nous avons la faveur de diriger nos pas vers les rivages de Vancouver, faveur déjà partagée par quelquesuns des nôtres (1), nous y apprendrons à tout
(2).—Eugène et Jos. G. Oroteau, ésablis là depuis quelques années, et suslques autres de St-Nicolas,
sacrifier pour Dieu auprès de la dépouille mortelle de celui qui a fait le sacrifice de ses parents, de ses amis, de son pays, pour arracher aux ténèbres de l’idolâtrie ces peuples qui lui étaient complètement étrangers.
‘ Il semble, écrivait un jour Ozanam, il semble que le vent impétueux qui se fit dans le cénacle, au jour de la Pentecôte, recommence à souffler sur le monde chrétien. Les vocations se manifestent plus nombreuses. Le sacerdoce et les ordres religieux ressentent un entraînement irrésistible vers ces combats héroïques qui étonnent la mollesse et la lâcheté de nos jours. Jusqu'à quand trouvera-t-on plus facilement des hommes disposés à aller chercher des âmes jusqu'aux extrémités du monde, que les deniers nécessaires pour payer leur passage sur le pont d’un navire, ou leur pain sous la tente ? Au milieu des mouvements qui agitent les esprits et les empires, qui rapprochent les distances, et rétablissent pour ainsi dire toutes les communications de la famille humaine, on croit voir se dérouler un dessein miséricordieux de la Providence pour la conversion de l’univers, Le salut des
infidè chrét la ca que | n’est tièren ni des Foi e plus g Puis encore nomb infidèl divers.
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N.-B.de €
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(1).—Pa ln propags
infidèles serait-il retardé par l'indifférence des chrétiens ? I! faudrait pourtant se souvenir que la cause dont il s’agit est toujours la nôtre, et que la lutte de l’idolâtrie et du christianisme n'est pas achevée. Le paganisme n'a jamais entièrement disparu parmi nous, ni des opinions, ni des mœurs ; et qui sait si les victoires de la Foi en Orient ne lui ramèneraient pas un règne plus glorieux dans notre vieille Europe. ” ®
Puisse la paroisse de Saint-Nicolas fournir encore, à l'exemple du grand évêque Demers, de nombreux missionnaires pour la conversion des infidèles en proie à l’erreur et au vice dans les diverses parties du monde où la civilisation chrétienne n’a pu pénétrer jusqu'à ce jour !
C’est le vœu que nous formons en terminant cette trop courte étude.
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N.-B.-—Pour ce travail, nous avons consulté les lettres de Mgr Demers, une petite biographie anonyme, la ‘ Catholic Sentinel ” de Portland, Orégon, et nous avons surtout recueilli ce que la tradition et les té-
(1). —Par 6es écrits, Frédéric Ozanam contribua beaucoup à l'œuvre la propagation de la Foi,
m ns oculaires de St-Nicolas ont su précieusement conserver. Nous avions espéré nous procurer copie des lettres pastorales et mandements du saint évêque et de les analysor ; malheureusement, ces documents ne nous ont pas été remis.