‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 66 sur 85 · DÉCÉDÉ LE 21 AOÛT · texte numérisé non relu

DÉCÉDÉ LE 21 AOÛT

Dem amas

PE DS STE e n =

J'ai vu les prévaricateurs de votre loi,

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RE ET TR Re

Le Révérend M. James Patrick Sexton naquit

à Saint-Nicolas, le 8 janvier 1845, de feu John

Sexton, marchand de la localité et de feue dame

Bridget Peebles, tous deux nés en Irlande, le pre-

mier dans le comté de Queen et la seconde dans celui de Donegal.

Il fit ses études au Séminaire de Québec, et fut ordonné prêtre le 26 mai 1872. Le premier juillet de la même année, il était nommé vicaire à St-Roch de Québec, position qu'il a occupée jusqu'à sa mort. M. Sexton était en outre chapelain de l'Hôpital de la Marine.

Il racontait que sa vocation à la prétrise se décida d’une manière remarquable. Il assistait à l'ordination de Mgr Benj. Paquet, ordination qui avait lieu à l’église paroissiale de St-Nicolas, lorsqu'il se sentit tout-à-coup appeler d’une manière irrésistible à l’état ecclésiastique, et jamais depuis il n'eut d’hésitation sur la vie qu'il devait embrasser. C’est à la suite de cet évènement qu’il demanda son entrée au Séminaire de Québec; et telle fut son ardeur à apprendre qu’ignorant le français, lors de son admission, il s'exprimait avec pureté en cette langue au bout d'un an.

M. Sexton est mort depuis sept ans, mais son

souvenir vit encore au sein du populeux fau- M. : bourg que, pendant treize ans, il a édifié par le les Âm spectacle de ses qualités et de ses vertus. que fu

La santé de ce digne prêtre était. si délicate pes

pa exercic qu'on peut dire qu'il a été malade tout le temps MS qu'il a passé dans le ministère; mais l'énergie dise dès de son caractère suppléait à la faiblesse de son prosssi

tempérament, et Dieu seul sait la somme d'ou- tous le

vrage qu'il a su dépêcher dans une existence aussi courte. Un trait fera mieux apprécier la force de ce caractère. En 1874, une maladie grave le força à se retirer à l'hôpital où il passa cinq mois. L'opinion générale était qu’il devait mourir. Son état inspirait de telles inquiétudes, qu'une consultation de médecins eut lieu. Tous reconnurent d'une manière indubitable les symptômes de la phthisie pulmonaire; on lui fit part de la gravité de son état. “Eh ! bien, dit-il en se redressant sur son lit, puisqu'il faut mourir, je retourne à St-Roch, je veux mourir le harnais sur le dos. ”

M. Sexton était d’une grande dévotion pour les âmes du Purgatoire. (C'est à sa suggestion que furent institués à St-Roch les services du mois des âmes. Tous les soirs, il préchait à ces exercices, et ses appels à la piété en faveur des morts étaient si entraînants qu'ils produisaient des résultats inespérés. Une foule recueillie se pressait chaque soir autour de la chaire sacrée ; tous les matins, les fidèles encombraient la sain-

ET sneye:

te table et les quêtes du mois de novembre pour messes de reguiem dépassaient une moyenne de vingt piastres par jour.

C'est encore sa dévotion pour les âmes souffrantes qui lui faisait prôner avec un zèle si efficace la pratique des communions hebdomadaires et quotidiennes. C’est enfin cette même dévotion que lui fit établir dans cette paroisse les services publics du chemin de la croix, et Dieu seul connait le trésor d’induigences que son ingénieuse charité a su mettre à la disposition de la miséricorde infinie.

‘ Laissez les enfants s'approcher de moi.”—Marc. 10. 14,

M. Sexton portait également le plus grand intérêt à la jeunesse. Au moyen de ses économies et de ses quêtes, il avait fondé une bibliothèque de livres de classe, et il en prétait les volumes aux écoliers. Lui-même trouvait le moyen d'en faire étudier plusieurs à sa chambre, leur exemptant ainsi deux à trois années de Séminaire. Au moment où la maladie le força à laisser le ministère, il en avait encore un certain nombre sous ses soins. Il n’abandonnaït pas ses élèves. Lors-

qu'il entre des, le contri leur f l'obje que p sait le Roch, fois, un en profér:

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qu'il les jugcait suffisamment préparés pour entrer au Séminaire il s’intéressait à leurs études, les aidait de sa bourse, souvent payait leur contribution mensuelle, et s’occupait même de leur procurer des amusements.

C> n’est pas seulement les élèves qui étaient l'objet de sa sollicitude. Quelqu’extraordinaire que puisse paraître le fait, M. Sexton connaissait la plupart des enfants de la paroisse de St- Roch, causait au besoin avec tous, ne leur ménageait n° les conseils ni les réprimandes. Que de fois, pa: xemple, n’a-t-il pas conduit à su mère un enfant surpris en mauvaise compagnie, ou proférant quelques paroles malhonnêtes ! Cependant il savait se faire aimer de tous, à ce point que tous les enfants couraient après lui. L'on rapporte que, lors de la première communion, presque- tous voulaient l'avoir pour cor.-

fesseur.

Ses sermons ne brillaient pas par les grands 1ouvements oratoires, mais étaient toujours intéressants et touchaient aux sujets les pius pra-

tiques. Ce n’est pas de lui qu’on eût pu dire qu’il hésitait à stigmatiser les abus par crainte de l'opinfon. Quand son devoir l’exigeait, il les dénonçait avec une franchise, une virulence qui étonnait et qui aurait dû lui faire bien des ennemis, si son zèle infatigable ne les eût désarmés. {Il n'avait pas cette éloquence qui porte un auditoire À admirer, à applaudir, en retour il avait l’art de rendre sa prédication efficace. Il savait émailler ses discours d’une foule d’anecdotes bien choisies et qui gravaient dans l'esprit du peuple les enseignements qu’il donnait.

Jamais il ne refusait de parler en faveur d’une bonne œuvre, et le concours de sa parole était toujours assuré à ceux qui le réclamaient. Il nous semble que c'est surtout dans les réunions limitées que sa parole avait un champ propice.

Devant un auditoire restreint, il devait moins souffrir de la faiblesse de sa poitrine et son cœur s'épanchait avec plus de facilité.

Et quel cœur de prêtre et de père il avait, quelle

âme 8 tance mort, té par semen à com vit to la sa qu'il

‘ti me se le dém poitrir prédis mêmes dans |’ à son

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âme aimante et sensible !-—Témoin, cette circonstance où, dans la suite chapelle du cloître où il est mort, il célébrait la messe patronale d’une société particulière. Au sermon, il invitait chaleureusement, suivant son habitude, tous les assistants à communier. Et quand, à l'issue de la messe, il vit tout son auditoire se lever et s'approcher de la sainte table, l'émotion le gagna à ce point qu’il termina l’offce, pleurant comme un enfant.

Quelle preuve citerons-nous encore de l’extréme sensibilité de son cœur ? Quand, la nuit, on le démandait auprès d’un malade souffrant de la poitrine,’il était tellement impressionné que, sa prédisposition aidant, il ressentait lui-même les mêmes douleurs et passait le reste de la nuit dans l’insomnie. Que de fois alors n’a-t-il avoué à son directeur de conscience avoir tellement souffert qu’il avait pensé mourir ! Cependant il était toujours prêt à répondre au premier appel, déjouant bien souvent les ruses que ses confrères employaient pu : lui alléger les charges excessives de son ministère.

‘“‘Heureux celui qui comprend les besoins du pauvre et de l'indigent.''— Ps. 40.

Son infatigable dévouement pour les malades, son zèle pour secourir les misères physiques et morales de notre pauvre humanité—-que de chapitres il y aurait à écrire sous cet entête ! C’est au chevet du mourant, au grabat du pauvre qu'il eût fallu le voir pour l’apprécier. Comme il savait faire valoir les consolantes vérités de notre foi ! Comme il savait alléger les souffrances du mourant par l'espérance du bonheur futur !

Puis, que de ménages troublés où il a su faire descendre la paix et rétablir l'harmonie ! Quel charme adoucissant il savait &ppliquer sur les blessures les plus cuisantes! Que de situations équivoques il a su régulariser ! Car c'est à lui surtout qu'on avait recours en ces circonstances. Pourtant, là non plus, il ne ménageaiït pas les avis, les reproches et les réprimandes ; mais il était si zélé, d’un abord si facile, et ses remarques étaient dictées par un si grand amour du prochain !

M. Sexton joignait à toutes ces vertus une incomparable humilité. Tout en son extérieur

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respirait cette vertu si rare et il semblait igno-. rer qu’il pût être de quelque utilité. Les témoimages de gratitude que ses services provoquaient le mettaient dans la confusion et il était ingénicux pour reporter sur d'autres épaules le mérite de ses œuvres. Soumis à son curé qui avait été pourtant son ami de classe, il connaissait les égards qu'il lui devait. Il prenait ses conseils comme ceux d’un supérieur et mettait ses désirs à exécution avec un tel entrain qu'on était porté, trop peut-être, à croire qu'il suivait ses propres inspirations. M. Sexton savait obéir à son chef de file plutôt que de suivre ses propres volontés. Cette humilité dont M. Sexton avait donné tant de preuves de son vivant l’a suivi jusqu’à la mort, lui qui a voulu que son service fut chanté dans l’humble chapelle de l’hôpital de l Marine(1), loin de toute cette pompe, de toutes s manifestations, dont la reconnaissance publique eût entouré ses funérailles au sein de sa paroisse.

(1).—-Uet hopital était alors celui des marins et on y recevait quelques malades particuliers.

‘ La charité de Jésus-Christ me presse, ”’2. Cor. 5. 14. Parlerons-nous maintenant de sa charité ?

M. Sexton, comme on le sait, appartenait à une famille comparativement aisée et jouissait comme chapelain de l'hôpital de la Marine d’un revenu supérieur à celui des autres vicaires, et cependant il semblait plus pauvre que tous, Nous avons vu l’aide qu'il donnait à un certain nombre d’écoliers pauvres, mais là ne se borpaient pas ses charités. Le ministère du prêtre le mettait en rapport avec bien des misères.

C'est dans ces occasions que se fondaient les épargnes de M. Sexton. Mais si ces ressources qui, somme toute, étaient encore modestes ne lui permettaient guère de donner autant que son cœur l’eût désiré, en retour, comme il ximait les pauvres, et comme il se sentait à l’aise au milieu d'eux! Aussi, il n'a pas voulu les abandonner même après sa mort, et c'est au milieu d'eux, au cimetière des pauvres de l'hôpital de la Marine qu’il a voulu dormir son dernier sommeil.

Malgré la faiblesse de sa santé et les soucis &

dun ministère accablant, ce prêtre courageux savait encore trouver des loisirs pour s'occuper

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des œuvres utiles à St-Roch. L'Union St-Joseph, pour ne citer que cette association, se plaisait à reconnaître qu'elle devait beaucoup de sa prospérité à l’activité et aux lumières de son zèlé chapelain.

* * Le

Ce prêtre si zèlé, si rigide même quand il s'agissait du salut des âmes ou de la’gloire de Dieu, redevenait dans la vie privée l’homme de l’abord le plus facile, le compagnon le plus aimable. Ses amis se rappelleront longtemps cette figuretoujours souriante, cetesprit prime-sautier, ces reparties promptes, vives et ruilleuses, même aiguisées et mordantes parfois, tout en conservant une allure doucereuse.

Il avait le coup d'œil sûr et une mémoire surprenante des physionomies. S'adonnait-il à passer devant un groupe, il avait vu et reconnu tout le monde. Si parfois une figure nouvelle frappait ses regards, il savait le lendemain à qui l'attribuer. Cette connaissance remarquable qu’il avait de la paroisse s’étendait à la manière de voir, de penser et d'agir presque de chacun et

rendait singulièrement efficace l'exercice de son ministère. Il savait ainsi les abus contre lesquels il fallait tonner, les coins où le besoin du prêtre ou d’un balai plus vigoureux se faisait sentir, et il pouvait agir en conséquence. Il connaissait aussi quelles étaient les âmes charitables, quels étaient ceux sur lesquels il pouvait compter pour le soutien des œuvres, et quel service il en pouvait tirer.

Sans gêne, sans cérémonie dans ses manières, il avait bien vite trouvé un prétexte pour s'insinuer dans une famille, pour porter un conseil à une mère trop faible, pour faire une remontran-

ce à un jeune homme qui s’oubliait. Franc et libre dans son parler, ne déguisant jamais sa pensée, qu’il exprimait parfois même avec un peu de rudesse, il avait l’art de conserver l'estime des gens à qui il adressait les reproches les plus amers. “ Il ne ménage pas son monde, disait-on mais il est si zèlé .” |

M. Sexton se distinguait encore par une re-

marquable ponctualité, par une surveillance ex-

trême dans les détails, et par cet esprit d'ordre qui est l'indispensable qualité de tous ceux qui

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d'enfar plaisir mort a août 1£ surpris d'un ar

veulent bien remplir leur existence. Préposé au chœur de St-Roch, il se trouvait là au milieu de cette jeunesse qu'il chérissait. Il veillait avec une sollicitude paternelle sur la conduite des enfants de chœur, sur leur assistance aux offices, leur bonne tenue dans l'église, et son œil vigilant ne laissait rien d’inaperçu.

M. Sexton était aimé comme le sont bien peu de pasteurs. On en a la preuve dans le nombre considérable de prières qui furent faites pour son rétablissement, dans les présents qu'on lui offrit jusque sur son lit de mort, dans ces députations qui insistèrent pour pouvoir faire quelque démonstration à ses funérailles, dans ce nombre extraordinaire de pénitents qui encombraient son tribunal. Hélas ! il mourut jeune, ce prêtre devoué et plein de zèle, cet ami d'enfance et de collège que nous avons tant de plaisir à louer! Attendue depuis longtemps, cette mort arriva dans la soirée du vendredi, le 21 août 1885. Toutefois, ses amis en furent encore surpris, tant on se résigne difficilement à la mort d'un ami.

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