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RÉFLEXIONS SUR LA DISSERTATION PRÉCÉDENTE

« Les disciples de Descartes ont si nettement éclairci ré(|uivoque qui paroissoit dans le commencement de cette contestation, que je me rends sans balancer à leur sentiment ; et ils ont traité si à fond la matière qu'il y auroit, ce me semble, de la témérité à prétendre de la pouvoir illustrer par de nouvelles lumières. Je ne fais donc état en ce lieu que de marquer les inconvénients qui me parois* sent être des suites nécessaires de l'opinion de dom Robert, et que je ne doute point que les auteurs de l'écrit précédent n'eussent vu et plus tôt et plus clairement que nioi, si ils ne se fussent beaucoup plus attachés à combattre la substance de la doctrine de dom Robert qu'à pénétrer ce que l'on peut inférer de ses principes.

« Le premier de ces inconvénients est que dom Robert ou prouve que l'âme connoît très-clairement par une notion intuitive qu'elle est un corps, ou qu'il ne prouve rien contre Descartes. Il combat la méthode de Descartes, |)arce que Descartes a supposé qu'il connoît sa pensée sans connoîtrc qu'il eût un corps. Dom Robert dit, au

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contraire, que Descartes n'a pu voir qu'il eût un espril, sans voir tout d'un coup, d'une lumière aussi claire et aussi vive, que cet esprit était uni à son corps.

« Les disciples de Descartes soutiennent que, quand cela seroit vrai, le raisonnement de Descartes ne laisseroil pas d'être bon, à moins que l'esprit de Descartes n'aperçût, non pas qu'il est uni à un corps, mais qu'il soit un corps ; c'est ce qu'il faut justifier.

« Descartes veut prouver l'immortalité de l'âme : pour la prouver, il croit qu'il est nécessaire de montrer la distinction de l'âme d'avec le corps. Il montre celte distinction parce que l'idée de l'âme est distincte de celle du corps; et il fait voir que l'idée de l'âme est distincte de celle du corps, parce qu'un homme qui diroit : Je pense, donc je suis une chose pensante, verroit très-clairement qu'il pense, sans qu'il soit nécessaire qu'il vît que sa pensée soit un corps. Cela est vrai ou non. Si cela est vrai. Descartes a bien raisonné, et il ne suffiroil pas, pour renverser ce raisonnement, que l'esprit vît dans cette proposition je pense cette autre proposition donc ma pensée ^st unie à un corps. Car, quoiqu'elle fust unie à son corps, il ne s'en suivroit nullement qu'elle fust son corps, ni par conséquent qu'elle ne fust pas distincte de son corps. Descartes n'est obligé de prouver sinon que sa pensée est distincte de son corps, d'où le cardinal de Rais infère que, quand il verroit intuitivement dans sa pensée qu'elle a des mouvements, de la succession et des autres modes corporels, (ît qu'il verroit très- clairement qu'ils lui viennent du corps, au(iuel sa pensée est unie, cela ne donneroit aucune atteinte à sa méthode.

« Il faut donc que dom Robert, pour l'attaquer raisonnablement, suppose que i*àme ne peut connoitre qu'elle a des modes corporels, sans connoître intuitivement qu'elle est un corps ; car, s'il ne prouve que ce qu'il entend de prouver, c'est-à-dire que l'âme est un esprit uni à un corps, il prouvera par là même la distinction du corps et de l'âme, au lieu de la ruiner, parce qu'une chose n'est pas unie à soi-même ; et, comme Descartes n'a qu'à prouver cette distinction, il sera vrai de dire qu'il a bien raisonné, quand on avoueroit à dom Robert tout ce qu'il dit contre lui.

« Tout ce que 'dom Robert peut dire est qu'il n'éloit pah besoin d*un si grand tour, etc. Mais on lui répond que Descartes, voyant qu'on pouvoit lui nier la distinction de l'esprit avec le corps, il l'a voulu prouver par la distinction de leurs idées en elles-mêmes, et pour cela il a dû supposer un être qui ne sçiit pas même qu'il fût homme, et qui, en cJierchant ce qu'il étoit, apprît qu'il étoit une pensée avant qu'il connût qu'il étoit autre chose*. Il a prétendu qu'il sufBsoit, pour le prouver, que cet être connût clairement ce que c'est que pensée en soi avant que de sçavoir si pensée particulière étoit autre chose que pensée générale. Il a cru que cet être connoissoit le second avant le premier, et ainsi que l'idée de la pensée n'enfermoit pas celle du corps, et que par conséquent elle en étoit distincte. Dom Robert prouve qu'il n'a pas vu ni connu que ces deux idées fussent distinctes en lui, parce que l'idée d'esprit et de corps sont également conjointes et connoissables en

• ImposHiblo de mieux outrer dans l'osprit des Méditations. Vovo/ la iMito p. 123.

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la pensée de cet être; donc tonte Tidée qu*il a eue de son être lui a représenté qu'il étoit également corps et esprit.

i< De cet inconvénient il s'en ensuit beaucoup d'autres. On pourra inférer de là qu'il n'est pas possible qu'une âme, c'est-à-dire un esprit uni à un corps, connoisse jamais en quel état peut être aucun pur esprit, car elle ne pourra le connoître que par son idée, c'est-à-dire par l'idée qu'elle a de soi. Dans cette idée dom Robert enferme toujours l'idée de corps. Donc, etc....

« Il s'en suit encore qu'on n'a jamais eu aucune démonstration de l'immortalité de l'âme, puisqu'on est assez demeuré d'accord qu'avant Dcscarles on n'en avoit point, et que dom Robert soutient que celle de Descartes est trompeuse. IVlais il s'ensuit, de plus, qu'on ne peut jamais en avoir, si on ne peut en avoir que par la spiritualité de l'âme, qu'on ne peut connoître si on ne peut la connoître sans l'idée du corps.

c< Cela joint à ce que dom Robert soutient que l'on voit clairement tout ce que l'on voit, et que l'on le voit tel ({u'il est, prouve invinciblement que notre âme, voyant clairement en elle les modes corporels comme le mouvement, la succession, etc., se voit pareillement une substance corporelle. »

Dom Robert ne se rend pas à ces solides réflexions. Il répond au cardinal qui lui réplique une dernière fois.

RÉPLIQUE DU CARDINAL DE RAIS A LA DERNIÈRE RÉPONSK DE DOM ROBERT, TOUCHANT LA DÉPENDANCE QUE CE DERNIER PRÉTEND QUE l'aME A DU CORPS.

« Il me paroit que dom Robert tombe dans un second équivoque par la réponse qu'il a faite à mes deniièrcs ré-

flexions, parce qu'il ne répond que très-indirectement ii mes objections.

« Je lui ai objecté que quand même Tâme conuoitroit intuitivement qu'elle est unie au corps, delà n'empêcheroit pas qu'elle ne connût, parcela même qu'elle est unie au corps, qu'elle n'est pas un corps, et par conséquent qu'elle est distincte du corps. Dom Robert répond que Descartes le suppose contre sa méthode. Je soutiens que Descartes le prouve; car ou l'âme voit, par voye de conscience et intuitivement, que les mouvements qui sont dans sa pensée y sont intrinsèquement, et en ce cas elle voit qu'elle est un corps, comme je l'ai prétendu, ou elle voit qu'ils n'y sont que par voye d'union, comme dit dom Robert, et en ce cas elle voit qu'elle n'est pas une substance corporelle, puisqu'elle n*a pas ses modes corporels en elle-même, et cette vue intuitive prouve la distinction de l'âme d'avec le corps.

(( Descartes n'a prétendu que de faire voir qu'encore qu'il lui semblât qu'il avoit un corps, et que ce corps agit, si vous voulez, sur son esprit, cependant il pouvoit douter qu'il y eût des corps et que ce corps agît sur son esprit, sans qu'il pût douter qu'il pensât, d'où il a inféré que l'idée du corps n'étoit pas enfermée dans celle de la pensée, et par conséquent que c'étoient deux idées distinctes. R. Robert ajoute que l'âme voit intuitivement que ce qui ()aroit de corporel dans l'âme n'y est que par union, et cela prouve encore mieux la même distinction de l'âme et (lu c^rps. Il a donc tort de dire que Descartes la suppose dans sa méthode.

« Descartes a cru qu'il avoit prouvé parla et parles autres

raisons que l'esprit, mens, est connu avant le corps, et plus clairement que le corps, et qu'il aperçoit ses pensées sans apercevoir qu'elles dépendent du corps et du mouvement. Dom Robert soutient que non : c'est à lui à le prou-;; ver en répondant à toutes les raisons de Descartes et à mon objection, et en établissant son opinion sur des fondements raisonnables. C'est ce qu'il n'a pas fait jusques ici. Les disciples de Descartes lui ont fait voir en ma présence qu'il étoit obligé de justifier 1° que toutes nos pensées sans exception viennent du corps ; 2° qu'il est impossible que le corps ne les lui donne pas et qu'elles lui viennent d'ailleurs ; 3° que le corps les donne comme vraye cause efficiente et non comme cause occasionnelle; 4° qu'il est aussi clair et qu'on voit aussitôt que le corps les donne, et qu'elles ont un commencement, une fin, de la succession et du mouvement, qu'il est vrai qu'en pensant on connoit qu'on pense.

« Dom Robert ne se met nullement en peine de satisfaire à ces obligations. Il fait des discours en l'air qu'il conclud en disant simplement que ce discours ^ ce lui semble, fait cesser l'inconvénient fondamental. Mais je ne suis pas de ce sentiment; car il me semble, au contraire, qu'il l'augmente de beaucoup.

« Cela se voit 1 ° par l'art. 7 de la Réponse où dom Robert convient que chacun a une connoissance claire et intuitive de la distinction de l'âme et du corps; et cela suffît pour justifier la méthode de Descartes comme on a fait voir ci-dessus. Dom Robert a donc tort de l'accuser d'êtro trompeuse.

« 2** Dom Robeit soutient que la pensée étant un com-

posé de deux choses, il y faut reconnoître le corporel et le spirituel ; que ceux qui restreindront la pensée à ce qui est purement spirituel, ne connoîtront jamais Tâme ; qu'oul^e la faculté qu'a Tâme d'avoir des modes corporels par union, on connoît encore intuitivement sa chaleur, sa froideur, sa lumière, ses couleurs, ses sens, ses odeurs, ses saveurs, et comme il dit art. 10. El comme cette connoissance intuitive n'est pas développée, comme dom Robert dit art 7, et que tout ce qu'on connoît existe comme pn le connoît, il est clair que l'âme, en l'état où Descartes et dom Robert même la mettent, art. 5, ne peut se connoître que comme un corps. Il semble que dom Robert l'avoue nettement dans l'article que je viens de citer, en disant qu»^ tout ce qu'on peut faire par des raisonnements exprès et développés est de voir que dans le fameux je pense, l'homme trouve qu'il a part à une perfection de quelque être qui pense autrement que lui, et que dans penser dépendamment du corps, à force de réflexions, on y trouve une pensée qu'on peut considérer indépendamment du corps; d'où s'en suit que par la vue de conscience intuitive et non développée l'homme ne voit pas, en disant ^V pense, que sa pensée n'est pas un corps, ou qu'elle est autre chos(*

qu'un corps.

ff 3" La comparaison de la jaunisse dont se sert dom Robert , art. 2 , justifie qu'il doit être persuadé que le moDvement \ qai les pensées de l'âme sont liées est aussi intrinsèque à sa pensée même, comme la couleur, ciimm<* genre, l'est au jaune et au rouge conome à ses espèces, ^x qu'ainsi le mouvenient Ini appartient par essence et non par union.

« Mais dom Robert dit encore quelque chose de plus fort contre lui-même en l'art. 9, où il restreint la démonstration de l'immortalité de l'âme à prouver que l'âme est une substance et qu'en cette qualité elle est indéfectible^ ce qui fait voir clairement que comme cette prétendue indéfectibilité convient à l'âme, comme substance et non pas comme spirituelle, dom Robert a abandonné les preuves que Descartes a tirées de sa spiritualité en faveur de son immortalité, ou du moins il ne les a pas crues suffisantes pour la prouver. Dom Robert ne peut pas désavouer et personne n'a jamais nié que si notre âme est spirituelle , elle ne soit immortelle. Il faut donc que dom Robert soit persuadé qu'on ne peut pas être assuré de sa spiritualité , et par conséquent il faut qu'il avoue que le commerce qu'elle a avec le corps nous donne sujet de la croire corporelle.

« Quant au second inconvénient , dom Robert répond que c'est une grande erreur de croire que nos idées ne |)euvent avoir que des objets corporels , parce qu'elles ne nous viennent que par les sens. Je n'ai aucune honte, toutefois, d'avouer que je suis dans cette erreur, en supposant, comme l'a soutenu dom Robert, que nos idées sont imprimées à l'âme par les sens comme causes vraiment efficientes, et qu'elles ont toutes du mouvement, de la succession et autres modes du corps; d'où s'en suit que, comme employant notre imagination à nous représenter Dieu, les anges et nos âmes, nous ne les voyons que comme des corps , parce qu'il est impossible que l'idée étant la cause efficiente de la représentation , l'effet soit plus parfait (|ue la cause. Ainsi l'idée que nos sens pro-

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dnîront comme véritables causes efficientes ne pourra être que corporelle, ni produire aucune représentation en nous que corporelle. C'est une chose assez extraordinaire qoe dom Robert ne puisse souffrir une pensée en Thomme qui ne soit un mouvement, et qu'il assure art. '6 , qu'une intellection étant prise dans un sujet , est un corps qui donne une pensée à l'âme, et cependant qu'il soutienne en l*art. 8 que l'idée imprimée par les sens doive passer pour ime intellection très- pure.... »

Après cet examen détaillé et approfondi des douze pi*emicrs articles de Descartes à i' alambic , on passe, et il en est temps, aux articles 13, iU, 15, 16, 17, 18, relatifs à la démonstration cartésienne de l'existence réelle de Dieu par l'idée même de Dieu. Dom Robert compromettait cette démonstration en la rattachant à ce principe, que non pas l'idée seule de Dieu, mais toute idée suppose nécessairement une existence réelle à laquelle elle corresponde. Il soutenait que tout objet de la pensée est réel. Or ce principe, pris ainsi absolument, choque le sens commun, et a grand besoin d'explications. Le cardinal en demande à dom Robert. Il distingue entre l'existence, objective d'une chose, c'est-à-dire son existence comme objet de l'esprit, d'avec son existence en soi, dans sa nature intrinsèque, et telle qu'elle est, selon les décrets de Dieu. L'être objectif nous fait connaître l'être en soi, mais grâce à l'intervention de Dieu qui seul peut nous assurer que l'être en soi est vraiment tel que l'exprime l'être objectif. Otez cette intervention de Dieu, l'être objectif n'exprime pas nécessairement l'être en soi, et le principe de dom Robert que tout ce qui est

objet de Fesprit existe réellement par cela seul, est inadmissible. Ce petit morceau se ressent un peu de Tobscurite de la matière ; et il ne faut pas oublier que le langage ici employé est celui de tous les écrivains philosophiques (lu temps, qui Pavaient emprunté à la scholastique. L'être objectif signifiait alors juste le contraire de ce qu'il si gnifie aujourd'hui au delà du Rhin, à savoir une représentation subjective et phénoménale.

RÉFLEXIONS îiV CARDINAL DE RAIS SUR LA 13*-18* PRO- POSITION DE DESCARTES A l' ALAMBIC DISTILLÉ PAR DOM ROBERT.

(( Devant que d'entrer dans le détail des propositions ireisième et suivantes jusques à la dixbuitième inclusivement de dom Robert contre Descartes, je crois qu'il est nécessaire que je lui explique ma pensée touchant l'être objectif, de l'éclaircissement duquel celui de toutes ses propositions dépend purement, afm qu'il me donne lieu par sa réponse de mieux entendre moi-même ce qu'il entend proprement par ces propositions, qui sont assez claires pour n)e faire connoître qu'il n'est pas de l'avis de M. Descartes louchant cet être objectif , mais qui ne le sont pas assez (au moins à ce qui m'en paroît) pour me faire parfaitement concevoir de quelle manière il les entend lui-même.

« Je dis donc qu'une chose peut être considérée de deux manières: l"en tant qu'elle est ce qu'elle est; 2° en tant qu'elle est l'objet de notre pensée. Ces deux manières de considérer une chose nous donnent lieu de reconnof tre deux sortes de véritez, l'une qu'on peut appeler vérité intrinsèque, l'autre qu'on peut appeler vérité extrinsèque.

La vérité intrinsèque est définie par saini Anselme, Dialog, de Vêtit. , c. 8 et 22 , qui dit qu'elle est une certaine droitui'e qui consiste en ce que chaque chose est ce que Dieu a voulu qu'elle soit en la produisant '. Ce qui apparemment est tiré de ces belles paroles de saint Augustin : La nature de chaque chose est la volonté de Dieu, c'està-dire que la vérité en ce sens est ce qu'on appelle la nature propre de chaque chose, et c'est ce qui a donné lieu aux philosophes d'avouer d'un commun consentement, que^ quand une chose a une nature, elle est toujours vraie, parce que sa vérité est sa conformité avec l'idée de Dieu, et sa nature est d'être ce que Dieu a voulu qu'elle soit. Ainsi, quand elle est, il ne se peut pas qu'elle ne soit pas vraye , parce que nature et vérité est la même chose réellement.

« La vérité extrinsèque est une certaine droiture de notre pensée qui la rend conforme à l'objet qu'elle considère, et qui fait qu'elle le voit tel qu'il est en soi. C'està-dire que comme la vérité intrinsèque consiste en ce que la nature des choses est conforme à l'idée que Dieu eu a , ainsi la vérité extrinsèque consiste en ce que nos idées 2iont conformes à la nature des choses, c'est-à-dire à l'idée (le Dieu.

u D'où s'ensuit que , quand nous avons une connoissauce claire de la nature des choses, nos connoissances sont vrayes , et que nous avons cette connoissance claire

' n ne faut pas s'étonnerdcvoir le cardinal de Retz citer saint Anschue et Niiint Augustin, et faire preuve d'un certain savoir en théologie. Outre cpi'il lisait beaucoup dans sa solitude, il avait fait du premières études fort solides sous suint Vincent de Paul, |)assé des llièses brilla!ilesenSorln»nfie. ••1 loiiu tète àMestrezat, thez M* d'Haranibure. Voyez les Ménioireç.

de leur nature quand nous sçavons ce que Dieu a voulu qu'elles soient. Or, quoique la nature d'une chose et l'idée ou la volonté de Dieu soient le même (comme on vient de le dire) , on peut néanmoins les considérer en deux façons : 1° comme venant de Dieu ; 2'' comme étant la chose même.

« De là, il s'ensuit clairement que si Dieu a uneconnoissance claire des choses en formant le décret de les pn»duire, parce qu'elles ont une nature réelle et véritable par la vertu de ce décret , comme il a fait Tahge et l'homme raisonnables en leur communiquant son intelligence, il peut aussi leur faire connoitre la nature des choses qu'il a résolu de produire, en leur communiquant l'idée qu'il en a, c'est-à-dire son intelligence terminée aux natures auxquelles il fi donné l'être au moins objectif par son décret.

« De tout ce que dessus, j'infère que l'être objectif seul est incapable de faire connoitre aux hommes la nature des choses que Dieu a résolu de produire, en leur communiquant l'idée qu'il en a. Si c'est ce que dom Robert a prétendu de combattre de la doctrine de Descartes, comme il me le semble par les propositions dont il s'agit, c'est à lui à les prouver. »

Dom Robert adresse au cardinal une réponse ingénieuse, mais un peu longue. Elle commence ainsi : « La doctrine de dom Robert touchant ces articles ne contient rien de mystérieux , et se réduit uniquement à cette vérité première et fondamentale qu'on ne sauroit i)enser à rien, et que nos conceptions simples, c'est-à-dire la première opé* ration de l'esprit, sont toujours vraies et conformes à leur objet.... On peut apporter pour première preuve de cette

vérilé que, pour conuoître une chose, il faut supposer qu'elle est connoissable, et, pour être connoissable, il faut qu'elle ait l'être. On supplie donc son Eminence d'apporter l'exemple d'un seul être objeclif qui ne soit pas déjà existant réellement et tout tel qu'il est connu, et de permettre que l'on rejette ce que l'on dit , qu'une chose peut être connue lors même qu'elle n'existe pas en soi. » Sur quoi dom Robert se jette dans des considérations qui, au lieu de prouver sa thèse, soulèvent des difficultés plus graudes encore. Puis, descendant des hauteurs de ses théories générales et revenant à la question, il s'appuie sur le principe alors incontestablement admis de la valeur représentative des idées, et il dit : « Peindre rien et ne point peindre, c'est la même chose. Être tableau et n'avoir point d'objet réel et existant enferme une contradiction. Voir matière avant qu'il y ait matière est si étrange, que ceux qui en sont capables mettent dom Robert à bout. » Et il traite de préjugé la disposition d'esprit qui s'arrête à l'être existant seulement à titre d'objet de la pensée, sans admettre que cet objet de la peusée,cet être objectif, corresponde à quelque objet réel existant dans la nature.

Dans toute cette réponse , le ton de dom Robert , fort respectueux envers son Eminence, est pourtant très-assuré, et il traite un peu légèrement l'opinion contraire à la sienne.

Nous ignorons le nom de celui des disciples de Descartes qui se chargea de répondre à dom Robert ; mais il faut que c'ait été un homme jeune encore ; car nous verlous bientôt dom Robert relever la jeunesse de son adversaire. Quel qu'il soit, cet adversaire fait à la réponse de

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doiu Robert une réponse très-solide el très-modérée, oiais où il se montre médiocrement satisfait du ton que dooi Robert a pris.

« L'avertissement, dit -il , que me donne dom Robert de ne point agir par préjugé me donne lieu de craindre qu'il n'y agisse lui-même, quand il dit en un sens tout nouveau que tout ce qui est connu existe, qu'on ne sauroit penser à rien qui n'existe en soi , que nos conceptions simples sont toujours vraies , que toute pensée contient une preuve démonstrative de l'existence de son objet en soi. Car il me paroît que toutes ces propositions, au sens que dom Robert leur donne , sont des préjugés dont il n'a donné aucune preuve. » Puis il examine les diverses raisons alléguées par dom Robert , surtout la théorie de la représentation de l'idée, et au défi de dom Robert d'apporter un exemple d'un seul objet de la pensée qui n'existe pas, il répond par des citations accablantes. Ce petit écrit mérite une sérieuse attention.

Dom Robert réplique à son tour dans un écrit plus étendu encore que le premier, et qui n'est pas plus concluant. Selon sa coutume , il y remue toute espèce de sujets. Son adversaire le ramène vertement à la question dans un Mémoire encore supérieur au précédent, et qui serait digne d'être imprimé. La méthode de l'auteur est de réduire les longs discours de dom Robert en syllogisuies , et d'en faire voir sous celte forme la vanité. « Si l'on vouloit, dit-il, suivre les lois que le bon sens prescrit à ceux qui s'appliquent à la recherche de la vérité par des disputes réglées, il faudroit prescrire des limites aux discours que l'on fait et aux écrits dont on se sert pour s'ex-

piiquer; autrement, la moindre difficulté pourroit occuper toute la vie d*nn homme, puisqu'il n'y a rien qu'un esprit remuant et fécond ne puisse combattre par des sophismes. Le R. P. dom Robert , qui d'ailleurs est un homme très-raisonnable , a de la peine à se soumettre à des lois si équitables, et il semble qu'il se fasse une espèce d'honneur de ne pas écrire le dernier, de répondre et de faire des répliques à tout ce qu'on lui a dit de plus convaincant , sans se mettre beaucoup en peine si ce qu'il répond contient quelque nouvelle difficulté. Mais il faudroit se souvenir que nous parlons devant un des premiers prélats de l'Église , et que c'est abuser de la facilité avec laquelle il nous écoute que de l'entretenir de redites et de lui proposer des raisonnements qui ne pourroient pas même éblouir les moins intelligents. Il n'est pas juste qu'on nous en croye sur notre parole , si nous accusons dom Robert d'être tombé en ce défaut dans l'écrit qu'on veut examiner ; mais on prétend d'en donner par la suite des preuves si claires que peut-être il perdra dorénavant l'envie de nous occuper de ses écritures, ou que, s'il s'applique de nouveau à nous répondre, il pensera plus d'une fois aux raisons qu'il voudra nous proposer. I^a voie qu'on a jugée la plus courte et la plus facile est de réduire les grands discours de dom Robert en simples syllogismes, afm de voir précisément ce qu'il prouve , ou plutôt afin de voir précisément qu'il ne prouve rien, et que partoul il suppose ce qui est à prouver. »

Dom Robert fait une nouvelle réplique fort courte dans un Examen de la réponse à la réplique de dom Robert sur les réflexions du cardinal de Rais sur les 13-1 H ar-

tides, ( Il sent qu*il vent «''vilor le reproche de longueurs inutiles qui lui a été fait ; mais son ton est celui d'un homme très -piqué et qui ne ménage plus ses termes. « Dom Robert est ravi de voir qu'il peut épargner ici à son Eminence la peine de lire une réponse à un fort long écrit; car Tauteur des syllogismes qui y sont contenus l'a

composé sans savoir de quoi il est question Dom

Robert , qui loue le grand zèle et les bonnes intentions de cet auteur, le conjure de considérer que cette opinion n'a jamais été soutenue par qui que ce soit, ni connue que par un seul qui se peut vanter d'en avoir fait la découverte. ...» Cette courte réplique se termine ainsi : « Dom Robert attendra donc patiemment des preuves qui renversent ce qu'il vient de proposer, et cependant il persistera à dire que toute idée a un objet réel et existant en lui-même. » La réponse ne se fit pas attendre.

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