Abœl. opp. epist. 23, p
thèse, on pourrait dire encore qu'excepté quelques échappées d'amertume et de fierté douloureuse , il règne en général dans cet écrit un ton assez calme sur les hommes et sur les choses. Dans VHistoria calamitatum écrite à Saint-Gildas entre ses deux condamnations, Ahélard s'exprime sur son maître Guillaume de Champeaux avec irritation et dédain. Ici il le critique quelquefois, plus souvent il le défend , toujours il le traite avec une considération marquée. A l'égard de Roscelin, la violence de la lettre a févêque de Paris qui se trouve dans la collection ded'Amboise1 contraste singulièrement avec le langage exempt de passion du manuscrit de Saint-Victor. La doctrine de Roscelin y est censurée sévèrement , mais sans aucun fiel. Il semble même que toutes ces querelles dialectiques sont déjà bien loin d'Abélard , car il en parle comme de souvenirs d'un autre âge.... memini.... dicere solebam.... Ces formules reviennent sans cesse. A ce propos, il faut remarquer que le fragment de Saint- Germain est d'un ton bien différent. C'est une polémique serrée, vigoureuse, incisive, on y sent une âme encore tout engagée dans les luttes de l'école. Il serait donc possible que ce fragment appartînt à une époque de la vie d'Abélard plus voisine de sa jeunesse, tandis que le tranquille, l'orthodoxe, le mélancolique ouvrage que nous a conservé notre manuscrit, semble avoir été composé dans la dernière partie de la vie d'Abélard , après sa seconde condamnation , dans la paisible et laborieuse solitude où cet ardent génie est allé s'éteindre.
Mais une grave difficulté s'oppose à cette conclusion. Si le traité que renferme le manuscrit de Saint-Victor est