Ibid., p. -i
-$. Ibid.,, p. 308.
« quidemquaeulroque termino participant in secundo Poi- « clierii nostri satis dictum esse arbitror. » Le manuscrit donne bien poicherii comme il donnait/an tasiarum. Mais Poicherii n'a pas de sens ; c'est évidemment une leçon corrompue. Ce mot caclie-t-il un opuscule inconnu d'Abélard, ou faut-il y voir seulement la citation altérée d'un ouvrage déjà connu? Eu tout cas, il s'agit toujours du même sujet; de sorte que nous serions tenté de retrouver encore ici les Introductiones, et, par exemple, au lieu de poicherii , de lire enchiridii, ou tout autre mot qui désignerait le manuel déjà mentionné. Sans doute il ne faut pas tourmenter les textes pour les ramener a une hypothèse; mais il ne faut pas non plus être esclave des fautes d'un copiste, et, sur de trompeuses apparences, multiplier sans nécessité les écrits d'un auteur. Nous nous garderons donc de conclure des deux phrases que nous venons deciterqu'Àbélard, outre les Introductiones parvulorum, avait composé deux autres écrits de dialectique, l'un nommé Poicherium , l'autre Fantasias ; nous nous contenterons de tirer avec certitude, des nombreuses citations que nous avons mises sous les yeux du lecteur, l'existence incontestable de ces Introductiones parvulorum >,, Introduction à la dialectique à l'usage des commençants; puis ramenant l'inconnu au connu, l'absurde au raisonnable, nous pourrions proposer de réduire les deux autres écrits que désignent les deux phrases en question, à des altérations diverses du titre du même ouvrage authentique , tant de fois cité par notre manuscrit.
Ainsi l'existence d'un traité élémentaire de dialectique, que n'indiquait aucun catalogue, que rien ne permettait de soupçonner, pas même la plus légère allusion ou d'Abé-
lard ou de quelqu'un de ses contemporains , tel est le premier renseignement que fournit cette nouvelle publication à l'histoire de la philosophie du douzième siècle. Ce renseignement n'est point à dédaigner; en voici un autre plus important.
Que Roscelin a été le maître d'Abélard.
II. C'est un problème longtemps agité et non encore résolu parmi les historiens de la philosophie, si Ahélard a eu Roscelin pour maître : Abélard lui-môme , dans YHistoria calamitatum , raconte en détail ses études sous Guillaume de Champeaux, leurs querelles et sa victoire; et nos manuscrits disent sans cesse : magister noster V. et W. Mais Roscelin a-t-il été aussi le maître d'Abélard? Àventinus, Annal. Boior., lib. VI, dit positivement : « Ilisce quoque temporibus fuisse reperio Rucelinum , « magistrum Pétri Abaelardi. » Aventinus a évidemment emprunté cette opinion a Othon de Freisingen , contemporain d'Abélard, De Gestis Friderici, lib. I, cap. xlii : « Habuit tamen primum prœceptorem Rocelinum quem- « dam, qui primus nostris jtemporibus in logica senten- « tiam vocum instituit. » L'autorité de ce deruier témoignage est telle qu'elle semble devoir emporter tout le reste ; cependant on y a résisté , et par des raisons qui ont leur poids. La première est que , dans celte hypothèse, il est impossible de comprendre comment Abélard, qui, dans YHistoria calamitatum, nous raconte toute sa vie et nous entretient de ses rapports avec Guillaume de Champeaux, aurait oublié un maître aussi célèbre que Roscelin ; la seconde est que , s'il avait eu Roscelin pour maître , il l'aurait un peu plus ménagé dans sa lettre à
l'évoque de Paris. Mais la raison la plus solide est l'extréme difficulté de trouver l'époque de la vie d'Abélard où il aurait pu étudier sous Roscelin. Abélard est mort en 1442, à l'âge de soixante-trois ans, quelque temps après sa condamnation au concile de Sens, en 1 MO. D'un autre côté , il semble bien que Roscelin n'a pu enseigner, soit à Compiègne , soit a Paris, soit ailleurs, qu'avant sa condamnation au concile deSoissons, en \ 092 ; car, depuis, il vécut dans l'exil en Angleterre; et quand, exilé aussi d'Angleterre , il revint en France , il dut y être trop en disgrâce pour qu'il lui fût permis d'enseigner. Or, en 4 092, Abélard n'avait pas plus de treize ans. Ces raisons sont si fortes, qu'elles ont entraîné presque tout le monde, et les auteurs de V Histoire littéraire ', et Meiners 2, et en dernier lieu Tennemann 3. Cependant voici un passage qui met au néant toutes ces raisons. Fol. 194 verso ', Abélard dit lui-même : « Fuit autem, me- <( mini, magistri nostri Ros. (évidemment Roscelini) tam a insana sentenlia, ut nullam rem partibus constare vel- « let, sed sicut solis vocibus species, ita et partes adscri- « bebat. » Ainsi nous n'avons plus seulement le témoignage d'Olbon de Freisingen, nous avons celui d' Abélard, qui n'a pas pu se tromper sur un pareil point. Si donc il est certain que Roscelin a été le maître d' Abélard , il faut bien que la ebose ait été possible. Aventinus dit que Roscelin était de Bretagne comme Abélard ; Otbon, qu'il fut le premier maître d' Abélard ; et celui-ci nous apprend
\. Tome ix, art. Iioscelin.
2. Comm. Goit., tome xi. De Nominaliutn ac Realium iniliis, etc., p. 29.