‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 32 sur 115 · Melalofjicus , libl>. m etiv · texte numérisé non relu

Melalofjicus , libl>. m etiv

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précédents ouvrages), savoir, le Traité des divisions, le Traité des Topiques (c'est-à-dire de Différent ris topicis), et les deux traités des Syllogismes catégoriques et des Syllogismes hypothétiques. Abélard déclare qu'il n'a connu et employé que ces sept ouvrages. Le passage est formel : « Aristotelis euim duos tantura, Prsedicameutorum « scilicet et Péri ermennis libres usus ad hue lalinorum « cognovit. » On ne peut pas s'expliquer plus nettement. Ce passage authentique, écrit au milieu du douzième siècle, renverse toutes les objections et toutes les apparences contraires; et nous regardons désormais, sur l'autorité irréfragable d'Abélard lui-même, comme un point démontré et acquis a la critique, qu'Abélard ne connaissait de YOrganum q'.:e l'Introduction de Porphyre, les Catégories et l'Interprétation dans la traduction de Boëce; qu'il n'avait aucune traduction ni des Topiques, ni des Analytiques, ni des Arguments sophistiques; qu'aucune traduction latine de ces trois ouvrages n'était répandue de son temps; et qu'outre les trois écrits ci-dessus mentionnés de Porphyre et d'Aristote, il n'avait à sa disposition d'autres ouvrages de l'ancienne dialectique que ceux de Boëce.

Si ces conclusions, déduites des passages précédemment cités du manuscrit de Saint-Victor, sont incontestables, on est frappé et comme effrayé de la pénurie des ressources philosophiques de celte époque. Quatre écrits de Boëce, commentateur clair et méthodique, mais sans profondeur; d'Aristote lui-même, l'Interprétation, c'està-dire un traité de grammaire, et les Catégories, qui, n'étant plus rattachées b la Métaphysique et à la Physique, n'offrent guère qu'une classification dont on n'aperçoit

pas tonte la portée; enfin l'Introduction de Porphyre, évidemment destinée à des commençants, et où l'auteur évite à dessein toutes les grandes questions et s'arrête a la surface des choses : tels sont les seuls matériaux que possédaient Abélard et ses contemporains, .le dis ses contemporains; car il n'est pas vraisemblable qu'Abélard, si curieux de philosophie, si passionné pour Platon et pour Aristote, n'ait pas recherché avec le plus grand soin toutes les traductions connues des écrits de ces deux grands hommes. Ses contemporains n'étaient donc pas plus riches que lui ; évidemment ses deux maîtres de la fin du onzième siècle et du commencement du douzième, Roscelin et Guillaume de Charapeaux, devaient être tout aussi dépourvus que leur disciple. Il n'y a pas non plus de raison pour que le neuvième et le dixième siècle aient connu des traductions qui auraient disparu au onzième. Nous nous sommes engagés dans la lecture des diverses gloses de Raban-Maur que contient le manuscrit de Saint- Germain '. Sur quoi portent ces gloses? sur l'Introduction de Porphyre, dont la fin manque, sur l'Interprétation, et sur les Topiques de Boëce. La traduction de Porphyre et d'Aristote sur laquelle sont établies ces gloses, est celle de Boëce. Il n'y a de gloses ni des Topiques d'Aristote ni des Analytiques ni des Arguments sophistiques. Dans tout le manuscrit, il n'y a pas un seul mol qui puisse faire soupçonner que Raban connût ces ouvrages, et il y a un passage qui prouve formellement qu'il n'avait jamais eu entre les mains les Analytiques. « Volunl enim quemdam libium esse qui vocelur liber

i. Kabanut super Porphyrlum, fol 80 recto, col. i, jusqu'au fol. 100 verso, col. 2.

C2 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

(i demonstrationum, qui apud nos in usa non est'. » Ainsi Boëce, et sa traduction des trois premières parties de YOrganum, voilà le point de départ de l'esprit humain au moyen âge, voilà le cercle dans lequel il se meut en talonnant pendant plusieurs siècles.

Ici on se demande naturellement ce qu'on a pu faire avec de si faibles ressources; et après avoir recueilli les divers documents que contenaient nos manuscrits pour l'histoire extérieure de la philosophie dans le siècle d'Abélard, nous allons instituer, avec leur secours, des recherches d'un ordre différent et entrer, pour ainsi dire, dans les entrailles mômes de la scholastique.

Que la philosophie scholastique est sortie d'une phrase de Porphyre , traduite par Boëce.

Nous l'avons vu : Boëce peut être considéré au moyen âge comme le lien entre le passé et les temps nouveaux. Chrétien et latin, il traduit de la philosophie grecque et païenne ce qui pouvait servir à polir et à façonner un peu la rude enfance du christianisme barbare. Remarquez que la grammaire et la logique péripatéticienne convenaient admirablement à celte éducation ; car YOrganum n'est pas plus païen que chrétien : il formait l'esprit sans compromettre la foi. Aussi l'étude de Boëce devintelle aisément universelle, et elle fut longtemps utile pour aiguiser, assouplir, fortifier la pensée et lui imprimer l'habitude de la rigueur et de la précision ; mais tombant uniquement sur la forme, elle eût fini, trop prolongée, par épuiser l'esprit humain en le retenant dans une dialectique aride. Heureusement dès le début de YOrga-

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