Ibid.,v- 458 et
5. Boeth. opp. ibid. « Quod si est quidem genus ac species, sed multiplex , neque unum numéro, non crit ultimum genus, sed babebit aliud super se positum genus , quod illam multiplicitatem unius sui nominis vocabulo concludat. Ut enim plura animalia, quoniam habent quiddam simile, eadem tamen non sunt, et idcirco eorum gênera perquirunt: ita quoque quoniam genus quod in pluribus est , atque ideo multiplex, habet sui similitudinem quod genus est , non est vero unum quoniam in pluribus est : ejus generis quoque genus aliud quxrendum est, cunique fucrit inventum eadem ratione çpise superius dicta est, rursus genus tertium vestigatur ; itaque in infinitum ratio procédât necesse est, cum nullus disciplinai terminus occurrat. »
ABELAHI». 79
homme *. Si l'iiomme est multiple, il lui faut un geure supérieur, un homme universel, lequel ne pouvant être un à cause du premier argument, et condamné a être multiple, suppose de nouveau un autre homme plus universel, et toujours ainsi sans fin. Cet argument, longtemps rapporté à Boëce, comme le premier, a été aussi un des arguments favoris du nominalisme.
La conséquence est donc que l'universel n'étant ni un ni plusieurs n'a pas de réalité et n'existe que dans l'intelligence.
Boëce s'explique ensuite sur la nature et l'origine des universaux considérés comme simples conceptions de l'esprit.
Toute conception a un sujet, subjecta res , nous dirions aujourd'hui un objet, auquel elle se rapporte. Cette conception est telle ou elle n'est pas telle que son objet. Dans le premier cas, c'est-à-dire si la conception générale était telle que l'objet de celte conception, l'universel aurait une véritable réalité et serait ailleurs que dans l'intelligence; hypothèse écartée par la précédente démonstration. Dans le second cas, le seul admissible, si la conception n'est pas telle que sou objet, celle conception est vaine. Mais il faut distinguer : il n'y a erreur et fausseté que dans la réunion de ce qui est séparé dans la nature ; il n'y en a pas dans la division ou abstraction. La conception d'un abstrait, pour n'être pas conforme à la réalité, ut sese rcs habet, n'est pas fausse pour cela ; par exemple, l'idée abstraite de la ligne n'est pas une idée fausse, quoique la ligne n'ait d'existence réelle que dans un corps. I. 'esprit peut donc séparer dans la nature l'ini. Voyez notre écrit déjà cité De la Métaphysique d'Aristote , p. ioî.
corporel du corporel, et en cela il n'y a pas d'erreur. Les universaux se forment de la manière suivante : L'intelligence recueillant dans plusieurs individus une ressemblance, la contemplant et l'examinant dans sa vérité, cette ressemblance devient une espèce, et la ressemblance des espèces devient à son tour un genre *. Les universaux existent donc en tant que pensées ; et il ne faut entendre par espèce qu'une pensée recueillie en vertu d'une ressemblance substantielle en une multitude d'individus dissemblables2. Dans le particulier, cette ressemblance est sensible; dans l'universel, elle est intelligible; et réciproquement, sensible elle demeure dans le particulier; conçue, elle devient universelle 3. Le sujet de l'universalité et de la particularité est donc le même, mais considéré sous deux points de vue. 11 est universel dans la conception, particulier pour les sens 4.
La conclusion dernière de Boëce, par rapport aux trois questions renfermées dans la phrase de Porphyre, est que : 1° les genres et les espèces dans un sens existent par
1. Boeth. opp., p. 56. « Cum gênera et species cogitantur, tune ex singulis in quibus sunt eorum similitude- colligilur, ut ex singulis bominibus inter se dissimilibus liumanitatis similitude); quœ similitude) cogitata animo veraciterque perspecta fit species; quarum specierum rursus diversaruni considerata similitude., qua> nisi in ipsis speciebus aut in earum individuis esse non potest, effieit genus. »
2. lbid. « Cogitantur vero universalia nihilque aliud species esse putanda est nisi cogitatio collecta ex indi\ iduorum dissimilium numéro substantiali similitudiue ; genus vero cogitatio collecta ex specierum siniilitudine. »
5. Ibid. « Ha>c similitudo cum in singularibus est, fit sensibilis; cum in universalibus , fit intelligibilis, eodemque modo , cum sensibilis est, in singularibus permanet; cum intelligitur, fit uuiversalis. Subsistunt ergfl circa sensibilia , infclliguntur autem pra'ler corpora. »
A. lbid, « Singulaiitati et universalitati unum quidem subjectum est, sed alio modo universale est cum cogilatur, alio singulaxc cum sentitur. >\
ABÉLABD. 31
eux-mêmes, et dans un autre n'existent que dans l'esprit ; 2" ils sont incorporels, mais ils n'existent que dans les choses corporelles et sensibles; 3° quoiqu'ils n'aient d'existence réelle que dans un objet particulier et sensible, on peut les concevoir à part du sensible et du particulier comme quelque chose d'incorporel et de subsistant par soi-même '. Selon Platon, dit Boëce, les genres et les espèces, les universaux, n'existent pas seulement en tant que conçus, mais en eux-mêmes et hors des corps; selou Aristote, ils n'ont d'existence réelle que dans les objets sensibles, et ils ne sont universels et immatériels que dans l'intelligence 2. Au reste, Boëce ne prétend pas se prononcer entre l'un et l'autre : la décision de ce débat appartient à une branche plus haute de la philosophie. S'il a exposé de préférence l'opinion d'Aristote, ce n'est pas qu'il l'approuve plus que celle de Platon ; c'est que le livre qu'il commente est une introduction a celui des Catégories, dont l'auteur est Aristote 3.
On voit par cet exposé fidèle que si , dans son premier commentaire, Boëce a l'air de favoriser sans mesure et fort peu judicieusement l'opinion platonicienne, dans le second, sans avoir une opinion qui lui soit propre sur la
\. Ibid. « Gênera et species subsistunt quidem alio modo, intelliguntur vero alio modo : et sunt incorporalia, sed sensibilibus juncta subsistunt in sensibilibus ; intelliguntur vero prster eorpora ut persemetipsa subsistentla, ac non in aliis esse suuni babentia. »
2. Ibid. « Plato gênera et speeies cteteraiiue non modo intelligi universalia, verum etiam esse atque prseter eorpora subslsterc putat; Aristoteles vero intelligi ([iiidem incorporalia atfjue universalia, sed subsistere in sensibilibus putat. »
3. Ibid. « Quorum dijudicare sentcntias aptiim non du\i ; altioris cnim est puilosophiae. ldcirco vero studiosius Aristotelis senlcntiam exsecuti sumus, non quod cam maxime prnbaremus , sed quod bic liber ad Pnedicainenta consciiptus est , quorum Aristoteles auctor est. »
82 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.
nature des universaux, en sa qualité de traducteur et de commentateur d'Aristote, il adopte l'opinion péripatéticienne, l'expose assez clairement, et la développe avec quelque étendue, tandis qu'il accorde une seule ligne à l'opinion de Platon ; de sorte que des deux grandes écoles qui avaient partagé l'antiquité, une seule, celle d'Aristote, était un peu connue, et présentait sur le problème de Porphyre une doctrine plus ou moins satisfaisante, mais du moins nette et bien arrêtée. Ajoutez à cela que l'Introduction de Porphyre et les deux ouvrages d'Aristole traduits par Boëce sont des ouvrages de logique et de grammaire ; qu'ils étaient seuls étudiés et commentés, toujours d'après Boëce; et que de cette étude exclusive il ne pouvait guère sortir que des tendances et des habitudes intellectuelles entièrement opposées au réalisme. Mais, d'un autre côté, Aristote et Boëce avaient un puissant rival, et ce rival était le christianisme. En effet la religion chrétienne est une religion essentiellement idéaliste, qui porte l'âme et l'esprit au culte et à la foi de l'invisible, commande le sacrilice des sens, et adore le Verbe incréé comme le 01s de Dieu et Dieu même. Le christianisme est né et s'est formé sous le règne de la doctrine platonicienne ; les Pères grecs sont en général platoniciens, et saint Augustin , le représentant et l'oracle de l'église latine, saint Augustin est enthousiaste de Platon, et tous ses écrits respirent et répandent l'idéalisme. L'esprit chrétien était donc pour Platon, et toutes les habitudes d'école, toute l'éducation savante étaient pour Aristote. Aussi dans la scholastique, en apparence, tout est péripatéticien, et la méthode et le langage ; car on n'avait pas d'autres ouvrages philosophiques que ceux d' Aristote;
mais, en réalité, (ont est platonicien ; et on pourrait, avec une parfaite vérité, défiait' la philosophie du moyen âge, la lutte du fond chrétien avec une forme étrangère, que le fond décompose quelquefois et refait a son usage, et qui, à son tour, réagit souvent sur le fond, règle son développement, et quelquefois aussi l'entrave ou l'égaré.
Voila donc au sixième siècle, grâce à Boëce, la solution péripatéticienne du problème de Porphyre. déposée dans le monde chrétien, comme le dernier résultat de la sagesse du monde antique. Voyons ce que va devenir ce germe semé dans toutes les écoles et sans cesse favorisé par la culture assidue de la grammaire et de la logique péripatéticienne.
Nous savons par des témoignages certains que, dans toute l'étendue delà première époque de la scholastique, Boëce, avec les parties de Porphyre et d'Arislote qu'il nous a conservées, partagea d'abord, pour la dialectique, le sceptre de l'école avec Martien Capella et Cassiodore, et finit par les remplacer. VOrganum devait donc présider à l'enseignement de la dialectique dans toutes les grandes écoles. On devait y commenter sans cesse et Porphyre et Aristote, à l'aide de Boëce. Que sont devenues tant de gloses, tant de commentaires, qui retentissaient d'un bout de l'Europe a l'autre? Chose admirable ! pendant six siècles on n'a connu, on n'a expliqué que VOrganum, et de tout ce travail il ne reste rien, ou du moins rien n'a vu le jour. De Boëce jusqu'à Albert, du sixième jusqu'au treizième siècle, on ne possède aucun commentaire de cet Organum tant commenté, pas même la moindre glose. Notre publication interrompt seule ce long silence ; elle met en lumière pour la première fois des
gloses du douzième siècle, sur Boëce, sur Porphyre et sur Aristote. Pourquoi n'existerait-il pas de semblables monuments du même siècle ou des siècles antérieurs? Heureusement dans le môme manuscrit de Saint-Germain où nous avons trouvé plusieurs gloses dialectiques d'Abélard, se rencontrent aussi d'autres gloses sur YOrganum que ce manuscrit attribue à Raban-Maur, le pins célèbre disciple d'Alcuin. Nous avons déjà dit un mot de celte partie du manuscrit de Saint-Germain ; nous croyons devoir en parler ici avec un peu plus d'étendue, puisque c'est le seul monument qui nous fournisse quelques renseignements sur l'état de la question qui nous occupe, au neuvième siècle.
Opinion de Raban-Maur au ix.e siècle.
Rodolphe, élève de Raban, qui a laissé une vie de son maître, y donne un long catalogue de tous ses écrits ', parmi lesquels un assez bon nombre ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Dans celte liste, il n'y en a aucun qui se rapporte directement ou indirectement à la dialectique ; et pourtant nous trouvons dans notre manuscrit une glose sur l'Introduction de Porphyre, intitulée : Rabanus super Porphyrium. Cette glose n'est pas achevée ; elle est suivie d'un fragment de quelques feuilles sur le De differentiis lopicis de Boëce; le commencement manque, ce qui explique le défaut d'inscription ; mais l'identité de la manière et du style, et la place de ce fragment après une glose positivement attribuée à Raban et avant une autre qui lui est également, attribuée, ne permettent guère
\. Opp. Raban., t. i, p. 8.
de douter que ce court morceau n'appartienne au même auteur. Vient ensuite un autre écrit intitulé : Rabanus super Terencivaa : ce dernier mot n'a pas de sens, et c'est probablement une corruption de Rabanus super Péri ermenias, car cet écrit est un commentaire sur le traité de l'Interprétation. Ces gloses du neuvième siècle prouvent qu'alors on possédait et on commentait dans les écoles et l'Introduction de Porphyre et l'Interprétation d'Aristote, ainsi que les Catégories, auxquelles se rattache l'Introduction, et les Topiques de Boëce, et Boëce tout entier. En effet, une étude attentive de ces gloses nous permet d'aflirmer 1° que la traduction de l'Introduction et de l'Interprétation qui y est employée, est la traduction même de Boëce; 2° que, pour l'Introduction, l'écrit de Baban est une pure glose extraite des deux commentaires de Boëce, et que, pour l'Interprétation, ce n'est plus une glose, mais un commentaire, avec d'assez longs développements, mais toujours d'après Boëce; 3° que non-seulement on se servait alors des commentaires de Boëce pour commenter Àristote, mais que Boëce lui-même était une grande autorité; et qu'on le commentait à défaut d'Aristote, ainsi que le prouve la glose sur le traité De differentiis topicis; 4° que les formes de cette glose et de ce commentaire du neuvième siècle sont à peu près les formes des gloses et du commentaire d'Abélard au douzième siècle, ce qui établit une tradition non interrompue dans la forme de l'enseignement dialectique ; 5° qu'on possédait au neuvième siècle ni plus ni moins les mêmes ressources qu'au douzième, c'est-à-dire tout Boëce et rien que Boëce.
Nous avons déjà donné le commencement du commenii. 8
Inire de Rabau sur Porphyre : « Intcntio Porpliyrii est in « hoc opère facilem inlelleclum ad Prœdicamenla prapa- « rare, tractando de quinque rébus vel vocibus, génère « seilicet, specie, differentia, proprio et accidente, quo- « rum cognitio valet ad Prœdicamentorum cognitio- « nera. » On voit par ces mots, « tractando de quinque « rebus vel vocibus, » que Raban avait eu la sagesse de mettre en doute si dans celte Introduction Porphyre veut parler de choses réellement existantes ou simplement de noms. En avançant dans ce commentaire, on s'aperçoit que ce doute n'est pas particulier à l'auteur ; on apprend qu'il y avait déjà deux partis sur celte question et comme deux écoles constituées, et que l'une de ces écoles prétendait que Porphyre ne considère dans cette Introduction le genre, l'espèce, la différence, le propre, l'accident, qu'abstraclivement el comme des noms. Rabau nous fait connaître les arguments de cette école; il en énumère deux qui depuis ont été souvent employés par l'école nominaliste, et que nous trouvons ici dès le neuvième siècle : -1° Le genre dont parle Porphyre ne peut pas être le genre en soi, mais la notion, le mot de genre, puisqu'il le définit : le genre est ce qui se dit de, etc. : or, Cire dit s'entend des noms et non des choses, car une chose n'est pas dite, énoncée, proférée, 2° L'introduction de Porphyre aux Catégories d'Àristole doit être de même nature que l'ouvrage auquel elle conduit : or, dans les Catégories, Aristote ne traite pas de choses, mais de mots ; et c'est la l'opinion de Boëce, qui dans son premier commentaire sur les Catégories appelle ces catégories des noms 1.
1. Manuscrit de Saint-Germain, 1510, fol. 86 recto, col. I. « Quorumdam tamen sententia est Porpliyrii intentionem fuisse iu hoc opère non
ABÉLAKD. 87
Raban ne fait pas connaître les arguments de l'école opposée; il dit seulement qu'elle peut aussi invoquer l'autorité de Boëce, qui, dans le traité de la Division, déclare que la division du genre est relative a la nature et par conséquent aux choses '.
Quoique llaban se contente de rapporter les opinions des deux écoles opposées, a la complaisance avec laquelle il fait valoir les arguments de la première, il est aisé de voir qu'il appartient a cette école.
Quand il arrive au problème de la réalité ou de la nonréalité des genres et des espèces, il suit Boëce pas à pas , ou plutôt il le transcrit mot pour mot; il adopte en tiè-
de quinque rébus sed de quinque vocilius tractarc, id est Porphyrium intcndere naturam generis ostendere, generis dico in vocuni designationem accepti. Dicunt eliam quod si Porphyrius in designatione rerum tractât de génère et de cœteris, non liene diffinit : genus est quod prœdicatur, etc.; res enim non prœdicatur; quod hoc modo probant : si res prœdicatur, res dicitur; si res dicitur, res enuntiatur; si res enuntiatur, res profcrlur. Sed res proferri non potest. Nibil enim profertur nisi vox neque enim aliud est prolatio quam aeris plectro linguœ percussio ; aeris autem plectro linguae percussio nibil aliud est quam vos. Si igitur Porphyrius de génère in rerum assignatione tractaret, maie generis difûnitionem dedisset dicendo : si genus est quod prœdicatur, etc., cum genus in rerum designatioue acceptum nullatenus prœdicatur. Ejus igitur intentioncm dicunt esse de génère, non in rerum sed in vocuni designatioue tractarc. Adhuc alia ratio cur Porphyrius tractet de génère accepto non in rerum sed in vocuni designatione. Cum enim tractatus istc introductorius sit ad Aristotelis Categorias, et Aristoteles in Categoi iis de vocibus principaliter agere intendat, convenions non eum esset de rébus agcre (|iii ad liluuin dejvOCibOS principaliter tractarc intendebat... Prœterca i\ lioi'lliii autoritatc in primo super Categorias comiuento confiiniatiir gênera et species voces significare. Oicit enim i I la nomina novein esse ; quod si voces non signilicarent, nullo modo nomina novem esse possent. » \. Ibitl., fol. 86 verso, c. i. « Non tamen genus in rerum designatione aceipi posse oeganf (je lirais volontiers negandum ou potest ne tari ); dicit enim Boethius in libro Dlvislonum generis divisionem esse ad notarain , id est ad les ( le manuscrit : ajiml o)li)ies ) ; per quod demonetratur Boethius non in vocuni sed iu rerum designatione genus aceepisse. »
00 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.
rement son opinion , et celte opinion est la non-réalité des espèces et des genres, la réalité renfermée dans les objets particuliers, dans l'individu, les universaux conçus seulement comme des points de vue des choses individuelles, et les genres et les espèces comme de simples ressemblances, abstractivement considérées '.
11 termine en citant d'après Boëce l'opinion d'Aristole et celle de Platon 2.
L'ouvrage dont nous venons de rendre compte, peut nous représenter l'enseignement dialectique de l'école de Tours que dirigeait Alcuin et où Raban fut élevé, et celui de l'école de Fulde qu'il dirigea lui-même avant de passer au siège archiépiscopal de Mayence. Le commentaire de Raban reproduit a peu près celui de Boëce; il est pour la solution péripatéticienne du problème de Porphyre : et il n'en pouvait guère être autrement. Boëce restait seul debout sur les ruines de l'antiquité, et dans la nuit profonde où dormait alors l'esprit humain , son opinion, quelle qu'elle fut, devait être la lumière du temps et l'autorité souveraine en matière de philosophie.
4. Mari, de Saint. -Germ. 1510, fol. 87 verso, c. i. « Nihil aliud est genus quani substantialis similitudo ex diversis speeiebus in cogitatione collecta. » Plus bas : « Alio naruque modo universalis est ( substantia eadem ) cum cogitatur, alio singularis cum sentitur. Hic innuit nobis Boethius quod eadem rcsindividuum et species et genus est, et non esse universalia individuis quasi quiddam diversum , ut quidam dicunt, scilicet specieni nihil esse quani genus informatum, et individuum nihil aliud esse quain speciem informatam. Aliter autem non diceretur universalitas et singularitas eideru subjecto accidere. lis ita determinatis, ut dicit Boelbius, supradicta quœstio soluta est. »
2. Ibid. u Haec enim, ut dicit Boethius, sententia est Aristotelis ; Plato vero gênera et species non tantummodo intelligi universalia sed etiani prêter individua subsistere putavit. Quorum , ut ipse dicit , Boethius in corn" niento sententias dijudicare noluit, etc. »
Opinion d'un anonyme du xe siècle.
Si au neuvième siècle, comme il vient d'être démontré, on connaissait et on commentait les trois premières parties de YOrganum avec les commentaires de Boëce, il n'y a aucune raison de supposer qu'il n'en ait pas été de même au dixième siècle, et que le travail des écoles carlovingiennes se soit arrêté ou ralenti. Malheureusement ou ne possède aucun monument dialectique de cette époque, excepté la petite dissertation de Gerbert, depuis le pape Sylvestre II, adressée a l'empereur Othon III sur une difficulté que cet empereur avait rencontrée dans 1'Inlroduclion de Porphyre. L'explication de Gerbert est aussi vaine que la difficulté de l'empereur Othon; mais ce petit écrit * nous apprend au moins qu'au dixième siècle on continuait à s'occuper avec zèle de YOrganum, puisqu'un jeune empereur , au milieu des soucis d'une guerre périlleuse, proposait à Gerbert et aux savants de sa cour des difficultés sur Porphyre. Il est donc plus que vraisemblable qu'il doit exister des commentaires du dixième siècle sur YOrganum. Mabillon 2 et, d'après lui, Y Histoire littéraire de la France nous signalent l'existence d'un commentaire inédit de ce temps sur la dialectique et les Prédicaments dans le manuscrit de Saint- Germain n° 613. Nous nous sommes empressé de rechercher ce manuscrit dans le fonds de Saint-Germain de la Bibliothèque royale. Mais le catalogue particulier des manuscrits de ce fonds indique comme perdu le manu-
\. Thcsaur. Anecd. noviss., tom. u, part, n , pag. 131. 2. Jfouveau traite de diplomatique , tom. m, pag. 3o'J; Wst.litt., toni. xn, pag -ici.
scrit coté autrefois sous le u° 613 : 613 deest ; et nous désespérions de le retrouver, lorsqu'en examinant divers livres du même fonds et a peu près du même siècle, nous avons rencontré l'ouvrage que déjà nous ne cherchions plus , dans un manuscrit de Saint-Germain coté aujourd'hui \ 108 et autrefois 442. La démonstration sans réplique que ce manuscrit est bien celui de Mabillon , c'est qu'il renferme la note célèbre sur l'existence des antipodes que le savant bénédictin a tirée du manuscrit 613 et que rapporte l'Histoire littéraire. C'est une note marginale au feuillet 30 verso. Elle fait partie d'une glose sur le traité des Catégories attribué a saint Augustin, et qui est précédé dans le manuscrit par la Dialectique également attribuée au même Père ' . Les éditeurs des œuvres de saint Augustin avaient sous les yeux ce même manuscrit en imprimant le traité des Catégories dont nous venons de parler, et sans indication de numéro ni de siècle ils l'appellent « Codex sangermanensis pervetustus. » Ils en ont tiré un prologue envers d'Alcuin. Cet ancien manuscrit, qui est important à plus d'un égard, contient, parmi beaucoup d'autres opuscules, l'Introduction de Porphyre, l'extrait des Catégories attribué à saint Augustin , et l'Interprétation d'Aristote, avec des gloses interlinéaires et marginales sans nom d'auteur. La traduction latine de l'Introduction et de l'Interprétation est toujours celle de Boëce, et c'est encore à Boëce que ces gloses sont empruntées. Nous en extrairons seulement ce qui se rapporte au problème de Porphyre.
L'opinion de ce dialecticien anonyme du dixième siècle