‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 43 sur 115 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

5. Il n'est pas possible d'admettre à ee sujet les hypothèses de Mabillon ni des autres auteurs. Histoire littéraire, t. ix, p. 365.

pas réaliser des abstractions; 2° la puissance de l'esprit humain et le secret de son développement sont en grande partie dans le langage. Roscelin est le précurseur de l'école empirique. Sans doute cette école est bien faible encore dans Roscelin; mais elle commence avec lui pour ne plus finir. Il paraît qu'indépendamment de la témérité de ses opinions, l'inquiétude et l'opiniâtreté de son caractère ajoutèrent à ses malheurs; mais il ne faut pas oublier d'abord que nous le connaissons seulement par ses adversaires; ensuite que les opinions hardies et les innovations prématurées veulent de pareils caractères, et que ce n'est pas la parfaite sagesse qui entreprend et achève les révolutions même les plus utiles. EnGn, on ne peut pas du moins lui refuser uue constance qui ne s'est jamais démentie. A tous ces titres, Roscelin a sa place dans l'histoire de l'esprit humain. Le nominalisme du quinzième et du seizième siècle le désavoua, par calcul peutêtre; celui du dix-huitième siècle ne s'est pas même souvenu de lui, et c'est un adversaire déclaré de l'école à laquelle il appartient qui le premier en France lui rend ce juste et tardif hommage ".

.Nous avons raconté les orages que souleva le nominalisme de Koscelin. L'anathème qui accabla les conséquences remonta jusqu'au principe. En voyant où conduisait la solution péripatéticienne du problème de Porphyre, on devait être naturellement tenté de se rejeter a l'extrémité opposée et dans la solution platonicienne, plus conforme

I. il y a en Allemagne un écrit assez insigniGant sur Roscelin : Chla- (lciiii dissertatio historien de vila et bœresl Rosceilini ; Erlang. 1 7:i0. Réimprimé dans le Thésaurus Biographies ti lUbliographicus de Wuldau; Cnemnitz, 1792.

et plus favorable à l'esprit du christianisme. La première solution avait jusqu'alors prévalu et régné presque sans partage, dans la parfaite ignorance des résultats qu'elle contenait : le marlyr Boëce et le bienheureux Raban- Maur sont péripatéticiens. C'est dans la résistance au nominalisme naissant que renaît à son tour et commence à se montrer sur la scène la solution platonicienne; car une opinion fortement prononcée a toujours pour effet de susciter une opinion contraire d'une égale énergie. Ainsi s'engage la lutte, et par la lutte marche l'esprit humain.

Le premier adversaire de Roscelin est, ainsi que nous l'avons vu, et devait être un prêtre orthodoxe.

Réalisme théologique de Saint-Anselme.

Anselme, Italien, que l'Église a canonisé pour ses vertus et aussi pour son dévouement a la cause de l'autorité ecclésiastique, était élève de son compatriote Lanfranc, l'adversaire de Bérenger, et sortait de la célèbre école du Bec. Né avec le génie de la méditation, dans un autre siècle il eût été peut-être un grand métaphysicien ; au onzième siècle, il concentra toutes ses forces sur la théologie, et avec un esprit naturellement vigoureux et élevé, il arriva a cette philosophie chrétienne qui lui a dicté le Monologhtm, le Proslogium elle Dialogus de Veri/ate. Sa méthode, car il en a une1, est de partir des dogmes, consacrés, et sans s'écarter jamais de ces dogmes, en les prenant tels que les donne l'autorité, mais en les fécondant par une réflexion profonde, de s'élever, pour ainsi

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