Ibid., p
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écoles contemporaines d'abondants renseignements, mêlés a la polémique dirigée contre ces écoles. Plus tard , nous ferons amplement usage de cette pièce ; ici nous devons nous en servir avec une extrême circonspection, parce que les diverses écoles y sont attaquées sans désignation d'aucun nom propre. La longue discussion d'Àbélard contre le réalisme doit renfermer bien des traits relatifs a Guillaume de Champeaux, qui était le grand réaliste de ce temps, Mais, pour éviter toute erreur et toute confusion, nous ne détacherons de cette vive polémique que ce qu'il est impossible à la critique la plus scrupuleuse de ne pas rapporter a Guillaume de Champeaux, bien qu'il ne soit pas nommé, et ce qui confirme, éclaircit et développe la phrase de YHistoria calamitatum.
Dans les premières pages, et comme à l'entrée du fragment de Saint-Germain, se rencontre une discussion sur le tout et les parties, qui a une relation étroite avec la discussion qui suit, sur les genres et les espèces ; car on peut dire que les espèces sont par rapport au genre ce que sont les parties par rapport au tout. Aussi Roscelin embrassait-il ces deux questions. L'exemple sur lequel opère Guillaume de Champeaux (fol. h\ recto c. \) ' est toujours celui de la maison, exemple emprunté à un passage de l'Interprétation , plusieurs fois reproduit par Boëce, et que nous avons vu employé par Roscelin, aussi usuel, à ce qu'il paraît, dans la question du tout et des parties que l'exemple de l'humanité dans celle des universaux. La discussion sur le tout et les parties conduit bientôt l'auteur aux genres et aux espèces. Ici Abélard distingue nettement dans l'école réaliste deux théories
\. Ouv. inéd., p. b07-555.
qui rappellent de la manière la plus frappante celles que VHisloria calamitatum attribue a Guillaume de Cliampeaux.
Citons d'abord les passages qui se rapportent à la première opinion de Guillaume : « Il est des philosophes, « dit Àbélard, qui font des genres et des espèces des es- « sences universelles, qu'ils croient exister intégralement « et essentiellement dans chacun des individus. » « Alii « vero quasdam essentias universales fingunt quas in sin- « gulis individuis tolas essentialiter esse credunt » (fol. 41 recto c. 2) '. Cette théorie est bien évidemment celle de Guillaume. Les explications qui suivent la mettent dans tout son jour. « L'homme est une espèce, une chose « essentiellement une, à laquelle adviennent accidentel- « lement certaines formes qui font Socrate. Cette chose, « tout en restant la même essentiellement, reçoit de la a même manière d'autres formes qui font Platon et les « autres individus de l'espèce homme ; et à part les foret mes qui s'appliquent à celte matière pour faire Socrate, « il n'y a rien dans Socrate qui ne soit le même en même « temps dans Platon, mais sous les formes de Platon. « C'est ainsi que ces philosophes entendent le rapport des « espèces aux individus, et des genres aux espèces. » « Homo quaedam species est, res una essentialiter, cui « adveniunt formac quaedam et cfliciunt Socratem : illam « eamdem essentialiter eodem modo informant forma' « facientes Platonem et caetera individua hominis ; nec « aliquid est in Socrate, praeter illas formas informantes « illam materiam ad faciendum Socrafcm, quih Lf lue] idem « eodem tempore in Plalone informaturà sit l'ormis Pla-
\. ouv. i7iéd, p. :>(8.
« tonis. Et hoc intelligunt de singulis speciebus ad indi- « vidua et de generibus ad species. » Un peu plus bas : « Suivant cette école, lors même que la rationalité ne serait pas en quelque individu, elle n'en subsisterait pas moins réellement. » « Secundum eos, etsi rationalitas « non esset in aliquo, tamen in natura renia neret. »
Voici maintenant des passages qui se rapportent a la seconde opinion de Guillaume de Champeaux. La preuve manifeste que dans l' Hisloria calamitatum il faut lire indifferenier et non pas individualité)', c'est que nous retrouvons dans le fragment de Saint-Germain cette expression, élevée à l'importance d'une théorie, la théorie de la non-différence ; et il paraît que c'était un nom reçu, qui avait cours dans la classification des opinions et des écoles du temps : « Nunc illam quœ de indifferen- « lia est sentenliam ; » et plus bas : « Ipsi tamen ad in- « differentiam currentes, » pour dire les partisans de la non-différence. Les mots d'indifferens et d'indifferentia sont prodigués dans tout ce morceau. Nous tenons donc la variante de d'Amboise pour incontestable, et nous regardons comme définitivement résolu par nos manuscrits ce point de critique si souvent controversé. Il y a plus: on pouvait supposer, d'après la seule phrase que l'on possédât, que l'opinion a laquelle Guillaume avait été réduit était celle d'Abélard, et comme nous n'avions pas jusqu'ici un seul mot d'Abélard sur sa propre doctrine, cette conjecture était fort spécieuse. Mais nos manuscrits la renversent entièrement; car, au lieu de s'arrêter à la théorie de la non-indifférence comme fondement de l'identité des individus d'un même genre, Abélard l'attaque avec tout autant de vivacité que celle qui fait des
universaux l'essence des êtres. Il l'attaque et avec l'autorité et avec la raison ; ce qui a bien l'air de prouver que cette seconde opinion de Guillaume n'avait pas été aussi mal accueillie du public que le prétend VHistoria calamitatum. Àbélard l'expose avant de la combattre, comme il a t'ait pour la première opinion. Le principe de la nouvelle théorie est que l'essence de chaque chose est leur individualité, que les individus seuls existent, et qu'il n'y a point en dehors des individus d'essences appelées les universaux, les espèces et les genres ; mais que l'individu lui-môme contient tout cela, selon les divers point de vue sous lesquels on le considère. Ainsi Socrate, pris en ce qui le fait être Socrate, est un individu, parce qu'il est ce dont la propriété ne se retrouverait jamais tout entière en un autre ; car il y a d'autres hommes, mais il n'y en a pas d'autres que Socrate où soit la soeratité. Mais on peut négliger la soeratité pour ne considérer dans Socrate que l'homme, c'est-à-dire l'animal raisonnable et mortel ; et voila l'espèce. Si on néglige encore la rationalité et la mortalité, pour ne considérer que l'animal, voilà le genre. Si enfin, négligeant toutes les formes, on ne considère dans Socrate que ce qu'exprime le mot substance, c'est ce qu'il y a de plus général. On peut en dire autant de Platon sous tous ces rapports. Socrate, en tant que Socrate, n'a que des éléments de différence. Il n'a rien de non-différent qui puisse ainsi se retrouver en un autre; mais, en tant qu'homme, il a des éléments non-différents qui se retrouvent en Platon et en d'autres individus; car Platon est un homme comme Socrate est un homme, quoiqu'il ne soit pas essentiellement le même homme que Socrate. Et il en est de môme de l'animal et de la sub-
slance. (Fol. 43 recto c. 2) ' : « Nilnl omnino est prseter « individuum, sed et illnd aliter et aliter attentum , spe- « cies et genus et gênera lissimum est. Itaque Socrates in « ea natura in qua subjectus est seusibus, secundum « illam naturam quam signiûcat adesse Socrati, indivi- « duum est ideo quia laie est, proprietas cujus nunquam « tota reperitur in alio. Est enim alter homo, sed socrati- « tate nullus liomo prteter Socratem. De eodeni Socrate « quandoque habetur intellectus non concipiens quidquid « notât hœc xox Socrates; sed socratitatis oblitus, id tan- « tum perspicit de Socrate quod notât idem homo, id est « animal rationale mortale, et secundum hoc species est; « est enim prœdicabilis de pluribus in quid de eodem « statu. Si intellectus postponat ralionalitatem et morta- « litatem, et id tantum sibi subjiciat quod notât hœc vox « animât, in hoc statu genus est. Quod si, relictis oinui- « bus formis, in hoc tantum consideremus Socratem quod « notât substantia, generalissimum est. Idem de Plalone « dicas per omnia. Quod si quis dicat proprietatem Soft cratis in eo quod est homo non magis esse in pluribus « quam ejusdem Socratis in quantum est Socrates ; œque « enim homo qui est socralicus in nullo alio est nisi in « Socrate, sicut ipse Socrates; verum, quod concedunt; « iia tamen determinandum pu tant : Socrates in quanti tum est Socrates nullum prorsus indifferens habet quod « in alio inveniatur; sed in quantum est homo, plura « habet indifferentia quœ in Platone et in aliis inveniun- « tur. Nam et Plato similiter homo est, ut Socrates, o quamvis non silidem homo essentialiter qui est Socra- « tes. Idem de animali et substantia. »