I.XV
préfaces de romans ; il s’allie même très bien en ce moment avec son correctif naturel, le mysticisme. • Au reste , ces deux tendances, si opposées en apparence , se développent d’ordinaire simultanément ;
car la raison humaine semble avoir aussi ses pôles ,
le positif et le négatif, qui se posent mutuellement
l’un l’autre, et qui, étant les limites extrêmes et
nécessaires d’un milieu variable, se fuient sans cesse
sans pouvoir se quitter.
Ainsi que je l’ai dit en commençant , toutes ces écoles et doctrines dont les recherches du critique
et de l’historien découvrent l’existence , subsistent chacune à part ; elles paraissent résignées à se tolérer et à s’admettre réciproquement en vertu du droit de légitime concurrence, comme si dans la région des idées , de même que dans l’espace, il pou-
vait y avoir place pour tout le monde. Chacune de
ces écoles, retranchée dans 'ses domaines privés, consent volontiers à ne pas aller chez les autres pourvu que les autres ne viennent pas chez elle. Dans ce morcellement, qui affecte aussi les autres
branches de la connaissance et de l’art, la philosophie abdique sa plus haute fonction qui est une mission universelle, directrice, organisatrice et législatrice. Réduite par ces fractionnements con-
PRÉFACE
sentis aux proportions restreintes d’une étude subordonnée, elle perd sa position supérieure et indépendante; au lieu d’être le lien, la clef et le rendez-vous commun de toutes les sciences , et de s’en isoler en les dominant , elle se laisse absorber par elles et ne trouve plus un objet, une notion , un fait qu’eHes ne lui disputent. Comme branche d’étude coordonnée à toutes les autres, elle est loin de pouvoir se maintenir dans son poste équi-' voque et de marcher sur le pied de l’égalité; rejetée de tous côtés comme une superfétation qui ne représente rien et qui ne sait même à quoi mettre
son nom, elle disparait peu à peu de la scène; car c’est d’elle qu’on peut dire , en renversant le vers du poète , qu’elle obéit si elle ne commande , paret nisi imperat.
Cette décadence se trahit même matériellement
dans ses moyens extérieurs d’enseignement et de propagation. Les chaires, déjà si peu nombreuses, nominalement destinées à l’enseignement supérieur de la philosophie, sont à peu près muettes, car les maîtres qui s’y faisaient jadis entendre et écouter se sont retirés et les ont laissées vides. Le programme officiel de l’instruction philosophique est d’ailleurs d’une insuffisance caractéristique, soit pour le