‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 14 sur 47 · PRÉFACE. LXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. LXIX

grande famille des Hamilton qui a donné à la France un de ses écrivains classiques.il commença ses études à l’université écossaise de Glasgow, et les termina à celle d’Oxford. Il obtint tous les grades universitaires avec le plus grand éclat. Cadet de sa branche, il dut se choisir une profession, et il entra dans le barreau. Ces précédents et sa position sociale lui ouvrirent ensuite la carrière de l’enseignement. Il occupa pendant un grand nombre d’années à l’université d’Édimbourg, la chaire de droit écossais , droit civil et histoire generale (Scotland law , civil law , and universal history'). Cet enseignement étant un peu étranger sinon aux études, du moins aux goûts littéraires de M. Hamilton , il chercha une occasion de passer à une chaire plus appropriée à son genre de talentet àses travaux de prédilection; elle seprésenta à la mort de Thomas Brown (1820), qui remplissait depuis dix ans, en qualité de suppléant, la chaire de Dugald-Stewart ( philosophie morale ). Il se porta candidat, mais il échoua malgré le suffrage de Du-

gald-Stewart lui-même qui se plut à rendre hommage en cette occasion à son érudit ion et à ses talents métaphysiques. Des influences étrangères à lasciencefirent nommer son concurrent , M. Jean Wilson , professeur actuel, homme d’esprit et poète agréable, mais

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qui aurait pu enseigner avec plus de fruit toute autre chose que la philosophie. Une nouvelle occasion s’offrit de nouveau en 1 836 par suite de la démission du docteur Ritchie , professeur de logique et de métaphysique. Cette fois M. Hamilton réussit. Cette nomination fut accompagnée de quelques circonstances intéressantes pour nous à plus d’un titre, car la philosophie française y joua un rôle, à ce qu’il a paru , assez efficace. A l’université d’Édimbourg l’élection du plus grand nombre des professeurs appartient au conseil municipal et au lord . prévôt de la ville, en leur qualité de patrons de l’université *. La chaire de logique et de métaphysique était de leur juridiction. Ce corps étant étranger aux sciences et peu competent pour apprécier directement le mérite des candidats, il arrive qu’à

chaque vacance les patrons sont obligés de recourir à

des informations, à une sorte d’enquête indirecte ; et ce sont les concurrents eux-mêmes qui , d’ordinaire,

se chargent de faire valoir leurs droits respectifs ; à

1 Ce droit,* pour quelque» chaires, est dévolu à la couronne, pour d’autres à certaines coi poraiions. Dans les universités britanniques, il n’y a rien d’uniforme à cet égard, car le droit et le mode de nomination des professeurs ont été déterminé», pour la plupart des chaires , par la volonté de leurs fondateur», et on suit régulièrement les règles établies des l'origine. Dans toutes, les professeur» nommés par la couronne portent le titre de professeur |oy.#| (pi‘uk’3*or regiu»).

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peu prés comme font chez nous les candidats à la députation. Cette espèce de concours qui, dans l’ordre scientifique, choque un peu nos idées en France, est tout-à-fait conforme aux habitudes anglaises et n’y a rien que de très naturel. La chaire de logique étant vacante, plusieurs prétendants se présentèrent. M. Hamilton en fit aussi la demande, et joignit à l’énumération de ses titres littéraires une longue liste de Certificats ( testimonials ) motivés et signés par dix-huit savants et hommes de lettres de toutes les nations. Parmi ces pièces se trouvent i° divers extraits de lettres écrites à un de ses amis d’Édimbourg (M. Pillansj 1 par M. Cousin, à l’occasion de l’article de M. Hamilton sur sa doctrine, et où le mérite de cet article et de son auteur est dignement apprécié, a" D'une longue lettre du même professeur adressée au même M. Pillans le ier juin i836, et écrite dans le but spécial d’appuyer la candidature de M. Hamilton *. Ce témoignage,

1 Professeur de littérature à 1* université d'Edimbourg.

’ Cette lettre inspirée par un sentimeut noble et désintéressé fait trop d'honneur à son auteur et aux lettres, et offre en outre trop de détails intéressants pour que je néglige d'en faire usage. La voici textuellement.

« Mon cher Monsieur Pillaus ,

« Une forte iudispo&itiou qui m'a quelque temps retenu au lit, m'a forcé de ue pas vous répondre aussi vite que je l'aurais désiré, surtout dans la circonstance

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auquel la position et la réputation de son auteur,

la justesse et la force des motifs allégués donnaient

dont il s'agit ; mon premier soin est de le faire dès que je me trouve en état de tenir une plume. *

■ Je reconnais parfaitement , dans l'écrit joint à votre lettre, le résumé d’une conver-ation que nous avons eue ensemble il y a deux ans, devant votre jeune ami («). Il a rendu très- fidèlement ma pensée et l’a meme plutôt affaiblie qu’exagérée en ce qui regarde le mérite de M. Hamilton. Tout à l’heure je reviendrai sur le point où il me semble que l’exa< titude de votre ami est un peu en defaut; mais permettez -moi d abord de vous rappeler ^ ma propre situation dans cette affaire. Puisqu'on a la b <nté d'attacher le moindre prix à mon témoignage, il faut savoir dans quelle disposition je suis et ce qui détermine mon opinion.

- Je n'ai aucune liaison personnelle avec M. Hamilton ; vous êtes la seule personne que j’aie vue qui le couuaisse ; c’est en lisant un article du no 99, octobre 1819, de la Revue J’Kdimboui g, que je voulus savoir quel en était l'auteur, et c'est M . Austin , le savant et profond jurisconsulte , qui m’apprit ie nom de M. Hamilton. Au fond, l'article auquel je fais allusion, quoique poli dans la forme, était très-sévère, et il a servi de texte à toutes les objections qui depuis ont été faites contre ce qu'on appelle ma philosophie en Amérique, et même en France. Ctrl article est même ce qui a été écrit de plus grave sur mon coinp e Ko lisant tout ce qu'a fait M. Hamilton . je me suis convaincu que nous u'éüons parfaitement d’accord qu’en matière d’instructioii publique, et quYn philosophie, sous beaucoup de ressemblances, il y a entre nous des différences fondamentales. "Vous voyez donc bien, mon cher mou-icur, que mou estime pour M. Hamilton est bien désiutéressée ; ce n’est point uu partisan que j<- viens soutenir, non, c'est un adversaire île l'ordre le plus élevé auquel je rends loyalement hommage.

« Quel est donc le dissentiment entre M. Hamilton et moi? Saus vous (aire ici de métaplasique, je vous dit ai seulement que, tout en professant la la plus haute estime et la reconnaissance la plus profonde pour la philosophie écossaise, de laquelle b nouvelle philosophie ft<iDçai*e est sortie, sans être infidèle aux principes de cette excellente philosophie, j’ai cru pouvoir lcurdon-

(a) HYagit ici d'une conversation dont M. Hamilton fut l'objet, et dont les principaux irait» furent u;i» par écrit *ar le calepin de voyage d’un jeune Anglais qui voyageait pour son instrmtioD, sous la tutelle du M. l’illanj.Ce dernier voulant rendre ces noies publique» à tVpoqnc d ; la candidature de M. liamiltou , pria M. Cousin d’rn vérifier et d'en •-ertifier lYidctiluile, ce qui fui le prétexté de la présrute lettre.

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