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HUO-’ACE.
nouveaux ; a* que la science de l’esprit humain était
à la fin du dix-huitième siècle aussi négligée et aussi
peu avancée que les sciences naturelles au quinzième. Quant au premier point , la discussion en serait trop longue : je me bornerai à dire que si rien n’a été plus répété, rien n’a été jamais moins prouvé, et quant au second, on peut très légitimement douter de son exactitude. Les écossais le croyaient de bonne foi ; M. Royer-Collard également. M. Jouffroy , qui d’ordinaire n’est pas volontiers affirmatif, n’hésite pas à répéter avec eux que la science de l’esprit , telle que les Écossais la trouvèrent, était dans l’état le plus déplorable ( préf \ p. liv ), comme la chimie par exemple avant Stalh. Rien de moins vrai. La science de l’esprit humain est, de toutes sciences , celle dont l’avancement a été le plus rapide , celle dont tous les faits importants ont été le plus tôt connus, décrits, analysés et systématisés. Sous le rapport du contenu il n’y a pas de science plus circonscrite et plus bornée. On ne peut s’attendre ici à de véritables découvertes analogues à celles qui enrichissent d’âge en âge les autres sciences. L’erreurfondamentale de l’école écossaise est d’avoir cru à la possibilité de ces découvertes , et surtout d’imaginer qu’on y parviendrait par une accumulation
PKitACE.
successive d’observations. Ces philosophes ont été séduits en ceci par leur maître Bacon qui , coupant en deux l’intelligence humaine, assignait à l’une des moitiés la tâche d’observer, et à Fautre celle de conclure. La psychologie n’était certainement pas aussi arriérée que les Écossais le croyaient. A qui persuadera-t-on que les étonnants et indestructibles travaux d’Aristote sur la logique , où sont
établies les lois des plus hautes fonctions de la pen-
sée, lejugementetle raisonnement, ses recherches sur les phénomènes de la sensibilité et les principales facultés, ne Sont pas de la psychologie ? J’en demanderai autant à l’égard des admirables analyses de Platon et de son école , et même des grands docteurs scholastiques, et de Descartes et de Leibnitz? En quoi donc a consisté tout cet immense travail des siècles philosophiques, si non à résoudre l’énigme de l’esprit humain? Et ces hypothèses mêmes , ces systèmes subtils, ces combinaisons dialectiques dont on fait un reproche à l’ancienne psychologie, n’impliquent-ils pas la connaissance des faits et des phénomènes ? Y a-t-il un seul fait authentique d’observation psychologique qui ait échappé aux métaphysiciens? Et quant à cette psychologie entendue au sens écossais, qui consiste dans l’énumé-
PREFACE
ration et distinction minutieuse de toutes les modi-
fications et manifestations phénoménales de l’âme ,
quant a cette espece d anatomie empirique qui s ar-
rète aux formes extérieures, qui compte, décrit et n’explique point, elle a été , il est vrai, plus négligée par les métaphysiciens, et il est possible que quelques particularités de détail aient été mieux vues et mieux racontées. Mais indépendamment des moralistes, des poètes et des historiens qui sont pleins de ces analyses des passions, des caractères, et des sentiments que les Écossais font entrer dans leur psychologie , les livres de pneumatologie et dé psychologie (car le mot est aussi ancien que la chose) , et les nombreux traités intitulés de Animd contiennent tous des détails aussi exacts, et souyent plus profonds , sur la mémoire, la perception, la sensation , l’imagination, la volonté, le j ugement, etc., que ceux des philosophes modernes. La psychologia empirica de Wolf, dont Reid se moque, est, malgré sa composition scholastique et pédantesque, un livre où l’on peut apprendre autant de psychologie expérimentale qu’il est peut-être nécessaire d’en savoir. Il serait excessif, sans doute, de nier les services de l’école écossaise, mais il faut les voir où ils sont, et surtout ne pas trop admirer une méthode
PRÉFACE