‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 3 sur 47 · XX^II · texte numérisé non relu

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d’observation philosophique, qui, appliquée avec , rigueur et conséquence, nous ferait retrancher de la psychologie ( si non même de la philoso-

phie ) bon nombre des plus admirables et des

plus profondes recherches qui aient été faites sur .la nature de l’esprit de l’homme et notamment la critique de la raison pure toute entière. %

Cette manière de concevoir la philosophie en • général et la psychologie en particulier nous semblerait si non radicalement fausse , du moins extrêmement incomplète, si d’ailleurs elle n’était pas impossible et impraticable. Mais je m’aperçois un peu tard qu’üne pareille question ne saurait être décidée en passant; je me borne donc, pour le moment, » à constater le fait* ■

La doctrine écossaise, après avoir servi un mo- ’taent d’instrument polémique contre l’école sensualiste, n’a pas tardé, conformément à sa nature essentielle et à l’esprit de sa méthode, à se retirer du champ de la spéculation et à se déclarer tacitement incompétente pour résoudre les grands problèmes philosophiques. Elle est restée exclusivement psychologique, et psychologique à sa manière. Con-

fmée sur ce terrain très solide, mais sans aboutissant, de l’observation phénoménale, elle y a rencontré

XXV fil . PRÉFACE. .

l’école physiologique, qui, en fidèle héritière de l’ancienne idéologie, prétend aussi faire la science . de l’esprit humain par la même méthode , quoique

avec d’autres instruments et d’autres matériaux.

Pour s’entendre et s’allier, elles n’ont eu à faire que quelques rapprochements fort simples. « Locke, dit « M. Destutt de Tracy, est, je crois, le premier dés « hommes qui ait tenté d’observer et de décrire l’in»

« telligence humaine, comme l’on observe et l’on * « décrit une propriété d’un animal ou d’un végétal ,

« ou une circonstance remarquable de la vie d’un

« animal ( Idéologie . Préf., p. ao). » Reid et Stewart (passim) font aussi honneur à Locke de cette innovation. « Je me suis proposé, continue Destutt, de « faire une description exacte et circonstanciée de > « nos facultés intellectuelles, de leurs principaux « phénomènes et de leurs circonstances les plu$ re- « marquables, c’est-à-dire de véritables éléments « d’idéologie (c’est-à-dire de philosophie). » Ibid. , p. aa. Tel est aussi le but des recherches des philosophes écossais, et Reid n’aurait pas désavoué cette définition de la philosophie qui semble empruntée à ses livres, a On n’a, dit encore Destutt,

« qu’une connaissance imparfaite d’un animal , si on « ne connaît pas ses facultés intellectuelles. L’idéo-

« logio est une partie de la zoologie » (tbid. , p. 18). C’est sur l’autorité de cette déclaration que Cabanis adjugea définitivement à la physiologie la science de l’esprit humain. Les Écossais n’ont pas dit explicitement la même chose; mais leur dessein avoué d’assimiler l’étude de l’esprit à celle de tous les autres phénomènes de l’univers, et de traiter exclusivement cette étude par la méthode suivie dans les sciences naturelles, conduit facilement au même résultat. On peut suivre les conséquences de leur principe dans les travaux postérieurs (de Darwin, de Th. Brown, 1 le successeur de Dugald Stewart) et dans la marche générale de la philosophie anglaise, qui est également tombée, en grande partie, entre les mains des physiologistes. •

Ainsi donc, malgré la différence de ses t^gmes positifs, l’école Écossaise se rattache sans le vouloir par sa méthode et par sa notion de la philosophie et de la science de l’esprit humain, à l’école sensualiste. C’est probablement à cause de cette affinité cachée qu’elle a été si rapidement acclimatée en France. Nous voyons en effet aujourd’hui les disciples de cette école et les physiologistes s’avancer les uns

■ Tli. Brown était médecin.

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