I.XXXII
PRÉFACE
der par narration plutôt que par raisonnement. Ayant moins pour but d’établir des principes et d’en déduire logiquement les conséquences, que d’exposer et classer des faits empiriques, sa méthode est
. plus descriptive que rationnelle. De là cette absence de lien systématique qui est le caractère et le point faible de l’école écossaise; de là ce défaut qu'on lui reproche de ne pas écouter les questions au lieu d’y répondre, et de supprimer les difficultés au lieu de les résoudre; de s’arrêter à la superficie des phénomènes de peur de les perdre en les creusant, de ne rien expliquer ni démontrer de peur de faire partager aux choses les hasards de l’interprétation et des preuves ; en un mot , non seulement de négliger la dialectique comme moyen, mais encore de la
proscrire presque en principe ( surtout Dugald- Steward ). M. llamilton disciple des Écossais, mais avant tout disciple d’Aristote et de Kant, a réha-
bilité cet instrument indispensable de toute recherche et de toute science, et il le manie lui-même avec une habileté supérieure. Un des premiers il a repoussé l’anathème lancé contre l’étude de la logique par presque toutes les écoles modernes en France, en Angleterre et en Italie, depuis Bacon, et replacé la dialectique au rang élevé qu’elle occupa
niTKCt.
jadis comme la clef et le lien de toutes les sciences.
Quant à l’érudition , c’était aussi un des côtés faibles des maîtres écossais, comme en général de tous les réformateurs. L’originalité des idées, l’invention et surtout l’esprit novateur ont d’ordinaire
pour condition un certain degré d’ignorance. L’érudition et l’histoire ne paraissent guère dans unfe école que vers la fin de sa carrière. Rien n’est plus loin de ma pensée que de vouloir donner à cette remarque le sens d’une critique. Je ne veux que signaler un fait assez général. Du reste, l’érudition de M. Hamilton n’est pas cette érudition morte qui s’occupe plus des livres que des idées , et qui étouffe l’esprit philosophique au lieu de le nourrir ; c’est tme érudition active qui laisse à la pensée toute son indépendance ; elle n’est pas à elle-même sa propre fin, mais seulement un instrument pour la recherche de la vérité. Quoique infiniment variée, car elle embrasse presque tout le champ des sciences morales et rationnelles et de la littérature générale, elle est en même temps complète et profonde, principalement en philosophie ancienne et moderne et en matière d’instruction publique. Peu d’hommes en Europe sont aussi familiers avec la philosophie grecque et en particulier avec Aristote. M. Brarklis ,
PREFACE
si bon juge en cette matière, appelle quelque part M. Hamilton le grand maître du péripatétisme J. Personne aujourd'hui , en Angleterre et en France, ne possède mieux l’histoire littéraire du moyen-âge, et surtout sa philosophie, la scholastique.
Tout ce qu’il faut regretter, c’est que M. Hamilton ait fait jusqu’ici un usage si borné de ses rares talents et de son savoir; et on doit souhaiter, dans l’intérêt des études philosophiques , qu’il expose un jour ses idées sous une forme plus régulière et plus développée dans un livre. Le cours dont il est chargé depuis quatre ans sera pour lui, nous l’espérons, l’occasion d’un travail de ce genre.
Il me reste maintenant, au risque d’allonger outre mesure cette introduction déjà bien longue , à faire quelques observations sur chacun des articles traduits dans ce volume.
Le premier est une exposition critique et une réfutation de la doctrine de M. Cousin. Nous n’avons pas à nous expliquer sur la valeur de cette critique. Nous nous contenterons de dire que nous en avons reproduit nous-méme quelques traits ailleurs. ( Voir X Appendice. ) Mais l’illustre philosophe français
• Testimonial s , p. 36.
PRÉFACE