‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 26 sur 47 · CX IV PREFACE · texte numérisé non relu

CX IV PREFACE

peuvent justifier leurs assertions sur la nature et la valeur des notions ontologiques, que cçs notions ne peuvent se réaliser que sous la loi du relatif, seule forme possible de la pensée; qu’en conséquence, elles ne sont pas absolues, ap sens des rationalistes, et que l’ontologie, entendue au même sens , est une science impossible.

Voici maintenant ledernier des passagesdeM. Cousin. Nous y soulignons quelques mots.

« 3. Je pourrais aller plus loin ; je pourrais démon- « trer qu’en n’osant pas s’avancer dans le monde des «existences, en s’arrêtant à la surface de la cpn- « science , on s’est trompé si on croit s’être ménagé « un terrain borné, mais du moins ferme et solide. « Non , une saine logique ne laisse point cet asile « aux partisans exclusifs de la psychologie. En effet , «si, comme ils le prétendent, la raison n’a pas le « pouvoir de nous faire connailre les êtres avec ccrr « titude , comment retrouve-t-elle la certitude et « cette valeur absolue dont on la suppose dépour- « vue, lorsqu’elle s’applique aux phénomènes et par «exemple à ceux de conscience? il s’agit toujours « de connaître , et c’est la même faculté qui connaît ; « d’où viendrait donc aux phénomènes ce privilège « de fonder une connaissance certaine ? à quel titre

« croirait-on légitimement que ces phénomènes ont « une existence réelle et que tout cela n’est poînt «un rêve? A parler à la rigueur, il nous faudrait « douter aussi de la réalité des phénomènes de con- « science, c’est-à-dire de la réalité de notre propre

«pensée, de la réalité même de notre doute.»

« Ainsi , pour me résumer, je renouvelle ce défi à a mes différents adversaires, à ceux-ci, qui dogma- « lisent en métaphysique sans avoir traversé la « psychologie , d’éviter l’hypothèse , alors même « qu’ils rencontreraient la vérité ; à ceux-là qui par- « tent de la psychologie , mais qui s’y arrêtent , « d’éviter le scepticisme et le scepticisme le plus «absolu. L’hypothèse et le scepticisme, voilà les ‘«deux conséquences que le raisonnement impose « tour à tour à mes différents adversaires et dont je a leur laisse le choix. » (P. xvi-xvin).

Dans ce passage on passe de la défense à l’attaque, et on nous présente le fantôme du scepticisme comme la conséquence de la doctrine qui combat les prétentions de l’ontologie. On introduit ici une seconde question , celle de la certitude de la connaissance, tandis qu’il ne s’agissait d’abord que de sa forme et de son contenu. F.n admettant cette nouvelle question , bien qu’elle ne dépende pas ri-

PRÉFACE

goureusement de la première , on peut répondre qu’on ne dénie pas à la raison le pouvoir de nous faire connaître avec certitude les êtres, mais on prétend seulement qu’elle n’atteint dans ces êtres que leurs manifestations phénoménales , qui seules donnent prise à nos facultés. Les êtres sont donnés en même temps que les phénomènes , et leur existence affirmée par la raison a la même certitude que l’existence des phénomènes affirmée par les sens et la conscience ; car l’autorité de nos facultés est égale , et qui admet la véracité des unes doit admettre la véracité des autres. Mais si les êtres nous sont donnés en même temps que les phénomènes , ils nous sont donnés uniquemeut par et à travers

ces phénomènes , et il est impossible de les connaître hors de ce rapport. La raison prend les êtres

comme ils lui sont présentés ; or, ils lui sont inévitablement présentés sous des déterminations phé-

noménales et relatives. Elle conçoit en effet la substance, mais sous l’accident, le sujet, mais sous la qualité, la cause, mais sous l’effet; c’est-à-dire la

matière sous l’étendue et la figure , l’esprit sous les sensations et les pensées , Dieu sous la collection d’effets qu’on appelle l’univers. Mais elle ne peut

affirmer sur la substance, sur le sujet , sur la cause,

PRÉFACE

que ce qui en est représenté et donné par l’accident, la qualité, l’effet. L’ontologie qui après avoir éliminé les accidents, les qualités et les effets, prétend pouvoir contempler immédiatement leur substratum substantiel, tente évidemment l’impossible. Elle veut mettre d’un côté le sujet, de l’autre le prédicat , et puis considérer le premier absolument et en lui-même, hors du rapport déterminé par le second. Mais cet illégitime divorce une fois consommé, le sujet entièrement privé de toute détermination disparaît; il n’est plus sujet, il n’est plus pensable, et pour le faire rentrer dans la connaissance et dans la pensée il faut nécessairement lui rendre ce qu’on lui a ôté , c’est-à-dire ses prédicats, et avec les prédicats la relation qu’on voulait exclure.

Si donc on ne suit pas la raison dans le monde des existences , c’est que la raison n’y va pas , et les rationalistes qui cherchent, mais en vain, de s’y établir et d’y faire des découvertes, vont plus loin qu’elle et se perdent.

On croit à la réalité des phénomènes parce qu’ils sont donnés et donnés comme tels; de même on croit à la réalité des êtres parce qu’ils sont donnés aussi, mais tels qu’ils sont donnés, c’est-à-dire comme sujet, substance ou théâtre de phénomènes.

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