‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 27 sur 47 · CX VI · texte numérisé non relu

CX VI

PRÉFACE

On croit et on doit croire tout ce qu’affirme la raison, tout ce qu’affirment nos facultés sensibles et intellectuelles ; car leur autorité est aussi indivisible que leur action ; seulement il ne faut croire que cé qu’elles affirment. Si on ne veut pas faire att Scepticisme sa part, sous prétexte qu’il est trop exigeant, il faut au moins la faire au dogmatisme ; ce qui revient à peu près au même. La philosophie est à ce prix.

Je me hâte de terminer ici une digression beaucoup trop longue pour cette préface, et beaucoup trop courte eu égard à l’importance du sujet.

Passons au second des articles de M. Hamilton.

‘Les développements dans lesquels je viens d’entrer à l’occasion de ce premier article, me dispensent heureusement de m’arrêter beaucoup sur celui-ci, car il n’est en quelque sorte que la suite et le Complément de l’autre. Quoique écrit dans un but polémique, il est en substance essentiellement dogmatique. Il offre une solution directe de la question de la certitude et de la légitimité de la connaissance, et c’est par là que se trouve mieux éclaircie et démontrée la doctrine qui avait servi de base à 1.1 crh tique du rationalisme allemand et du rationalisme français. M. Hamilton , tout en Combattant Bho\Vn

rRéi'ACE. CXIX

dans ce fragment y développe là théorie du. fait de conscience dans la perception ; fait qui, donnant immédiatement et primitivement dans l’unité de là ’connaissahcc une dualité d’exiàtences, celle du sujet èt celle de l’objet, est le point de départ nécessaire èt cert^Rn de toute philosophie, et qui, ne pouvant être ni nié, ni arbitrairement divisé, contient implicitement la réfutation de l’idéalisme, du matéridlisme et du scepticisme.

De tous les morceaux traduits dans cé volüme , celui-ci est historiquement et philosophiqileineht le plus important. Il donné, en effet, à la philosophie écossaise ce qui lui manquait; un principe , et à là métaphysique en général une base plus ferme et; dans tous les cas , possible.

Le troisième article exige que nous nous y arrêtions un peu plus longtemps. Il y est question de la logique, et quoique écrit, comme le précédent, à l’occasion de quelques ouvrages récents sur cette science et directement consacré à l’examen de cès ouvrages, il offre sur le sujet en géhéral les vues les plus exactes et les plus profondes. Mais nous laisserons ici de côté la logique elle-même pour jeter im coup d’œil sur les destinées de cette branche dè la philosophie en France.

PHÉFACE.

Les diverses parties de la philosophie ne sont jamais menées de front. Elles ne se développent pas parallèlement , mais successivement ; pendant que l’une domine et absorbe tous les efforts de la spéculation , les autres végètent dans un état plus ou moins complet de décadence, et même s&nblent quelquefois avoir tout à fait disparu. Tel a été surtout le cas de la logique depuis près d’un siècle , particulièrement en Angleterre et en France. Dans ce dernier pays surtout l’abandon a été tel que le nom même a été presque oublié. Dans la plupart des traités , cours , manuels de philosophie publiés de notre temps, la logique n’occupe que quelques pages, et n’y semble admise qu’à regret, comme un hôte importun et inutile, toléré par un reste d’habitude. Cette décadence date de loin; elle n’est que le dernier retentissement de la réforme cartésienne et baconienne, qui détruisit la scholastique: or , la scholastique s'identifiait presque avec la logique.

Je n’insisterai pas sur les preuves du fait, qui n’est que trop évident. Il serait facile de montrer les phases successives de cette extinction graduelle de la logique à partir de Descartes jusqu’à Condillac , et de Condillac jusqu’à Destutt de Tracy. Mais je ne

PRÉFACE

veux pas refaire ce qui a été si bien fait par M. Barthélemy Saint-Hilaire ; je renvoie donc pour ces détails historiques à son excellent ouvrage *.

Nous retrouvons par malheur dans l’enseignement la confirmation de ce fait. La logique a disparu des écoles , plus complètement encore que des livres. Retranchée depuis longtemps, si non en droit, du moins en fait, du haut enseignement philosophique des facultés, elle subsiste encore officiellement dans les collèges , mais elle y est réduite à des proportions trop restreintes , ainsi qu’on peut le voir par le programme des questions de philosophie pour le Baccalauréat- ès-Lettres. Il suit naturellement de laque les élèves n’apprenant que ce qui est immédiatement et rigoureusement demandé , et les maîtres n’étudiant guères ce qu’ils ne sont pas chargés d’enseigner, la logique n’étant ni exigée des uns ni prescrite aux autres, est la moins favorisée de toutes les branches de l’enseignement philosophique. La dernière réforme philosophique, malgré son impartialité et son goût pour les restaurations, n’a pas été jusqu’ici beaucoup plus favorable à cette

' De la logique d’ Aristoic. Vid. sect. ui , cbap. xn , loin, n , p. »<>9 «t «uiv.

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PhÉFâtfc;

éttide que celle Brême tle Comllliac, ttôri par dédain mais par oubli *.

Je ne veux pas rechercher ici la cause de cet abandon d’une science qtii $ {rendant tant dé sièfcles, avait tenu le premier rahg parmi les autres études philosophiques : j’en indiquerai seulement les conséquences.

Ces conséquences sont assez fâcheuses à notre avis, pour qu’il convienne de les signaler à l’attention publique; Elles nous paraissent d’autant plus graves que leurs effets sont permanents et universels. La logique, quelque idée qu’on se fasse théoriquement de sa nature propre, comme science j et de l’étendue de son domaine, a toujours invariablement, sous l’empire des systèmes de philosophie les plu9 opposés , compris au nombre de ses objets : i° l’analyse de la connaissance étudiée en ellfe-même, dans ses éléments généraux et primitifs, abstraitement considérés, c’est-à-dire, pour me ser-

1 Ceci, nous l'espérons, ne sera plus aussi exact dans quelques années. Déjà quelques symptômes heureux se manifestent dans l'enseigneinérit ét U littérature. On a en effet introduit depuis peu, dans le programme des examens pour l'agrégation , des questions de logique qui n’y étaient pas auparavant , et il a paru dans ees derniers temps quelque; livres qui , iudépendammentdu talent des auteurs, sont dignes de remarque par le sujet, tels que la traduction française ietOrganon de M- B. Saint-Hilaire, la Logique de M. Damiron, etc.

i'IlÉl'ACE.

CSXIII

vir de l’expression moderne , l’étude des lois fornielles de la pensée 5 s* l’analyse du langage , en tant qu’immédiatement lié à l’expression de la pensée j c’est-à-dire encore la refcheréhe des lois unt* verselles et nécessaires des langues, ce qu’on a appelé aussi la grammaire générale ou philosophique; 3° la théorie du ràisonriement , considéré; intrinsèquement dans son mécanisme essentiel, et tel qu’il se retrouve invariablement dans toutes ses applications possibles ; 4° comme corollaire , sinon nécessaire, du moins naturel et tout à fait convenable, des déterminations précédentes , l’étude des règles générales de t invention , de la transmission et de la démonstration de la vérité , dans quelque ordre de science que ce soit; ce qui répond à ce qu’on entend par le nom de méthode. Voilà ce qui n’a jamais (cessé d’appartenir à la logique, sous le régime d’Aristote comme sous celui de Descartes , sous le régime de Bacon comme soüs celui de Kant ; voilà ce qui ne peut cesser de lui appartenir.

Maintenant, si tels sont les objets principaux de la science logique, il est évident que sâ longue disparition de l’enseignement est une véritable lacune, une sorte d’hérésie philosophique. L’utilité supérieure de la philosophie et son excellence entre tdütes les

PRKFACC.

autres branches du savoir, réside surtout en ce qu’elle est considérée comme l’instrument, le lien et le couronnement de toutes les sciences qu’elle domine en les éclairant ; or, cette souveraineté de la philosophie que toutes les sciences reconnaissent ( car toutes, à mesure qu’elles s’élèvent, se décorent de son nom ), elle la doit en partie à la logique, car c’est surtout par là qu’elle touche à tout. En effet, par ses études propres et spéciales , telles que la métaphysique, la psychologie, la morale , etc., la philosophie est une science à part , ou plutôt une collection de sciences , jusqu’à un certain point indépendantes entre elles, et surtout indépendantes des autres; ce n’est que par la logique qu’elle se joint à toutes, et quelle relie même ses propres branches. Ce que la raison indique ici à priori, l’histoire le donne comme un fait. Quels sont les monuments de philosophie qui ont le plus influé sur l’esprit humain? ce sont des traités de logique; c’est YOrganon d’Aristote, c’est Y Organuni de Bacon, c’est le Discours sur la méthode de Descartes. Voilà les phares successivement allumés sur la route de la science à travers les âges par la philosophie , et qui , loin de s’éclipser mutuellement, n’ont fait que grossir le faisceau de lumière.

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