‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 4 sur 47 · XXX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXX PRÉFACE

vers les autres comme pour se donner la main ;>et,

tandis que d’une part un médefcin 1 déclare que là phrénologie n’est au fond qu’un système, perfectionné de psychologie tout à fait analogue à celui de Hutcheson, Reid, Stewart, etc., un psychologue écossais de l’école normale * semble , par sa phraséologie équivoque , très-près d’assimiler totalement 1 % * . • la psychologie au système organologique de Gall;

et tous deux enfin paraissent s’accorder^ croire que

les deux sciences identiques, selon eux, par leur

objet et leur méthode, sont en outre adéquates à la philosophie même 3.

Il n’est pas difficile de comprendre que, si telle * • est en effet 1% pente de l’école Ecossaise parmi nous, elle n^ tardera pas à être absorbée par son alliée.

Or, ce résultat me paraît inévitable, et il est en partie accompli. Dans les collèges, il est vrai, et dans l’enseignement officiel de l’université, la philosophie écossaise n’a pas subi cette transformation dont

* M. Lélut.

* M. Garnier. -

* En Angleterre, il en est à peu près de même. Voir le Traité de Phrénologie de Georges Combe , et particulièrement son article du Journal phrénologilfue d'Edimbourg (n“ i3, vol. IV), où il justilie ses classifications par l'autoriié uniforme de tout les philosophes écossais; et le traité du DrAbercrombie sur les Facultés intellectuelles , dont la 8* édition vient de paraître.

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elle est préservée par la tradition de l’école et par l’influence de la direction supérieure. Mais, là même, elle est déjà considérablement modifiée par l’envahissement de doctrines étrangères et particulièrement par le kantisme, comme le prouvent les nombreux Cours et Manuels publiés par les professeurs de collège. L’indécision et le défaut de fixité systématique de ses principes et de sa méthode propre favorisent singulièrement toutes les causes de désorganisation, de quelque part qu’elles viennent. Depuis longtemps d’ailleurs elle ne fait plus de disciples, et même elle perd ses maîtres, Son premier chef a depuis longtemps disparu de l’arène philosophique. Son second chef l’a visiblement délaissée et pousse hautement la philosophie dans une autre 'voie. Enfin son plus fidèle représentant et défenseur parait s’être irrévocablement retranché dans une sorte d’expectation négative qui ressemble presque au scepticisme

Si ces remarques ont quelque exactitude, on peut en conclure que, en fait, l’école Écossaise est plutôt en décadence qu’en progrès, et qu’en outre l’excessive circonscription de sa méthode et de son

* Jouffrojr. Prif. de» Œuvres de Reid, p. iij et suit.

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principe ne pouvant nullement suffire aux besoins

légitimes de' la spéculation philosophique, on ne

peut plus rien en attendre.

Je passe maintenant à la seconde division de ** r ■ ^ • v «

l’école spiritualiste , celle que je crois pouvoir désigner sous le titre de branche allemande.

Il convient pourtant de remarquer que cette désignât içn n’a rien de |)ien rigoureux. Il n’y a pas proprement de philosophie allemande en France. Aucun des fameux systèmes qui ont vu le jour dans ce pays depuis le commencement ,de ce siècle n’a été positivement importé chez nous. L’influence de l’Allemagne a été et devait être, sous ce rapport, bien moins grande que celle de l’Écosse. Les mêmes raisons qui ont rendu si prompte et si facile l’introduction de la philosophie écossaise, ont dû s’opposer à celle des idées allemandes , car rien ne se ressemble moins que le génie allemand et le génie écossais; notre esprit, notre goût et nos habitudes philosophiques étant tout à fait d’accord avec la première, nous devions repousser les secondes, ou

du moins y être moins accessibles. A aucune épo-

que d’ailleurs la France n’a été, en philosophie, tributaire de l’Allemagne. Leibnitz même, qui a écrit en français ses principaux ouvrages, n’a jamais fait

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école. Pendant qu’il régnait souverainement outre- Rhin par le ministère de Wolf, Locke son rival s’établissait en France presque sans contestation. Depuis le commencement de ce siècle, où les com- % muni cations, internationales sont devenues si ac- . tives et si multipliées, la science et la littérature allemandes ont pénétré chez nous dans une proportion bien plus forte, mais toujours sans précisément nous entamer. Il y a eu des engouements passagers, mais rien de sérieux. Le caractère et le génie des deux nations diffèrent trop pour qu’elles se communiquent intimement leurs pensées. Sans doute, comme l’a dit un grand écrivain , la philosophie n’a pas de patrie mais il n’en est pas moins vrai, et ses propres ouvrages le prouvent surabondamment, que, suivant la nature et la pente du génie national, la spéculation philosophique affecte dans chaque pays des formes et des caractères en quelque sorte spécifiques, même alors qu’elle semble tirer du dehors ses principes. La France d’ailleurs , quoique fort curieuse, n’est nullement cosmopolite ; elle s’enquiert volontiers de ce qui se fait autour d’elle ; et, si elle y prend part quelquefois, c’est toujours à

* Cousin. Fragm. philosopha préf. de la î" édit.

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condition de le façonner à son usage; essentiellement critique, elle s’intéresse aux choses moins pour s’en servir que pour les juger. C’est ainsi que nous nous occupons de la philosophie allemande, à peu près comme de la philosophie grecque, orientale, scholastique ; et nous étudions les systèmes de t Schelling et de Hegel avec la même curiosité littéraire et la même indifférence philosophique que le Nyaja et le Sankhya.

Mais si ces dispositions naturelles et ces précédents n’ont pas permis k la philosophie allemande de s’introduire chez nous de toutes pièces, sous des formes arrêtées, et d’y devenir, comme la philosophie écossaise , une croyance philosophique, on ne peut nier cependant qu’elle n’ait indirectement une assez grande influence sur la direction des études métaphysiques. De nombreuses traductions, des * cours spéciaux , des travaux de critique multipliés, nous ont donné une connaissance historique assez étendue des principales doctrines de ses philosophes modernes *. Il n’est donc pas étonnant que notre

' On peut citer, entre autre) ouvrages, le» traduction) de Kant [Critique de la Raison pure , etc.), par M. Tissot; de ia Destination de l homme de Ficlite, par M. Barcbou de Penhoèn, et ion Histoire de la Philosophie allemande depuis Leibnitz t du Manuel de Tennemaon, par M. Cousin ; du Manuel de philosophie de Malhiæ , par M. Poret; de ï Histoire de la Phi-

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langue philosophique se soit un peu ressentie de ce contact; et, comme le langage ne vient jamais seul, on peut présumer qu’il nous est resté aussi un peu de l’idée.

La philosophie allemande, en s’introduisant chez nous par tant de canaux et sous tant de formes, n’a pu cependant se faire accepter en partie qu’en su-» bissant de profondes altérations; elle a dû s’incorporer avec plus ou moins de bonheur à des doctrines nées sur notre sol et à des formes locales , et encore il n’a fallu , pour lui donner ce droit de naturalisation , rien moins que le talent supérieur de l’éminent écrivain et professeur qui en a été le propagateur le plus zélé comme le plus habile.

C’est en effet dans la doctrine de M. Cousin que se trouvent résumés et nettement formulés nos emprunts à l’Allemagne; et c’est cette doctrine qui, soit par sa valeur propre , soit par l’éclat des écrits et des cours où elle a été exposée, soit par d’autres influences plus indirectes, constitue aujourd’hui ce qu’on appelle la philosophie française. M. Cousin est en fait, aux yeux du monde savant, en France

losophie deRitter, par M. Tissot, et de celle de Bulhe, par M. Jourdan; les Essais philosophiques et littéraires de M. AnciWon , les ouvrages de M. Lerminier, et une foule d'articles dans les recueils littéraires.

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et en Europe, le seul philosophe français qui pos-

sède la renommée et l’autorité d’un véritable chef d’école.

L’article de M. Hamilton me dispenserait de tout jugement sur le fond même de cette philosophie, alors même que je serais tenté de m’écarter de mon but présent, qui n’est pas , je le répète , déjuger les écoles et les systèmes, mais d’expliquer leur position et leur force relative *. Je me bornerai donc à quelques remarques purement historiques, analogues à celles que je viens de faire à propos de l’école écossaise.

Pour établir avec quelque certitude la part d’action et d’influence de l’école dont il s’agit , il importe d’abord de faire une distinction sans laquelle on s’exposerait à lui accorder trop ou trop peu. Les travaux philosophiques de M. Cousin se présentent sous deux aspects. Ainsi que toute philosophie, ils ont une partie Dogmatique et une partie Critique,

• J’ai autrefois hasardé quelques remarques générales sur le système de M. Cousin, dans le National des a5 septembre et 29 octobre x833. On les trouvera à la fiu du volume sous forme d 'appendice. Si je reproduis ici cette très-insuffisante appréciation , c’est en quelque manière par déférence pour l'opinion de ce philosophe , qui n’a pas cru ces articles indignes d’étre mentionnés par lui parmi les critiques sérieuses adressées à sa doctrine. (Voir ses Fragm. philosopha Avertissement , p. vu, 3* édit., i83g.)

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celle-ci destinée à servir d’introduction et de garantie à celle-là. Toutes les écoles anciennes et modernes offrent et doivent offrir ce double élément , car dans la spéculation comme dans l’action, on ne peut guère bâtir sans détruire, et s’établir sans combattre. D’après la nature des choses , le travail critique et historique qui accompagne toute doctrine nouvelle, n’est qu’une condition accessoire, inévitable et nécessaire si on veut , mais non essentielle du fait nouveau , en un mot un moyen et non un but; aussi le voit-on toujours se proportionner en étendue et en rigueur aux besoins de la cause , aux circonstances extérieures des époques , et toujours subordonné au résultat dogmatique qui l’absorbe entièrement à son profit. C’est ce que nous montre la polémique d’Aristote , de Platon , de Descartes , de Locke, de Kant , de Reid, etc. L’école de M. Cousin nous présente le phénomène en sens inverse : l’élément critique y a comme supplanté l’élément dogmatique; le moyen est devenu le but.

Cette transposition s’explique aisément: c’est une suite naturelle du principe fondamental de la méthode d’investigation du maître, savoir que la philosophie (considérée comme» la solution des problèmes métaphysiques, psychologiques, etc.), n'est

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pas une science ignorée, mais seulement perdue, qu’il ne s’agit pas de découvrir, mais simplement de retrouver, et à laquelle il faut procéder moins par voie de construction et de superposition que par voie de coordination , d’épuration et d’éclaircissement. Les efforts successifs de l’esprit humain en ont rassemblé les matériaux essentiels, mais ces matériaux sont dispersés dans les systèmes dont il faut savoir les dégager pour les coordonner ensuite dans une harmonieuse unité qui reproduise la pensée de l’humanité en accord avec la vérité des choses. Cette opération , qui est l 'éclectisme , exige indispensablement, comme on voit, une connaissance très-complète de l’histoire de la philosophie. De là la prédominance marquée des études historiques dans cette école; prédominance qui se montre déjà dans les travaux du chef, bien qu’au fond lui-même n’ait jamais entièrement perdu de vue le résultat dogmatique définitif, et qu’il ait su habilement y ramener toutes ses recherches. Mais ceux qui l’ont suivi dans cette voie n’ont pas fait de même. Le but étant très-éloigné , la route fort longue et pleine de circuits, il n’est pas étonnant que la plupart soient restés en chemin. Son système propre, justement admiré comme l’œuvre

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