EXTRAITS DES LEÇONS DE BROWN
L’essai qu’on Tient de lire est destiné i repousser les critiques de Brown contre Reid, et surtout è mettre en lumière la réfutation de l’idéalisme et du scepticisme qui fait la principale gloire de l'école Écossaise. C’est dans les chapitres 35, 26, 37 et 28 de ses leçons que Brown établit sa polémique contre Reid, et plaide, sans le vouloir, la cause du scepticisme. L’importance de la question nous engage à extraire de ces leçons un certain nombre de passages qui serviront, d’une part, à donner une idée de l’esprit et de la manière de Brown, et de l’autre à faire mieux saisir l’ensemble de l’argumentation de M. Hamilton.
« C’est à cette importante question de l’existence de la matière que le nom de Reid se trouve étroitement attaché, et on exalte beaucoup la réfutation qu’il est censé avoir faite du scepticisme sur ce sujet, comme s’il avait véritablement prouvé démonstrativement l’existence du monde matériel. Cependant, j'avoue, avec tout le respect possible pour cet excellent philosophe, que je ne trouve dans ses raisonnements sur cette matière rien qui justifie ces éloges. La preuve de l’existence des choses extérieures, du moins celle qu’il met en avant , non seulement fut
* Leçons sur la philosophie de l'esprit humain, par le Dr Thomas Bnoww , o. «t., 7' édit. Edimbourg , i833 , en un seul volume.
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toujours la même , mais encore fut toujours prise pour telle, avant qu’il écrivît comme après. Je peux même ajouter que la force de cette preuve (si l’on peut toutefois appeler de ce nom cette espèce de croyance) était admise dans toute son étendue par le sceptique même (Hume) contre lequel il dirigeait spécialement ses arguments.
« Que le Dr Reid fût un philosophe d’un ordre peu commun , quiconque a lu ses ouvrages avec attention et impartialité doit le reconnaître. Il est impossible de nier qu’il joignait, dans toutes ses recherches, à une faculté d’investigation forte et patiente une grande prudence dans la détermination des objets de spéculation légitime, et en même temps une sagacité non moins profonde que sage et circonspecte dans leur étude
« Ces éloges ne sont certes pas exagérés. Mais je tlois dire en même temps, que si dans une partie du royaume les philosophes semblent avoir injus ter ment déprécié son mérite, il y a eu dans son propre pays une tendance égale, ou même plus forte, à l’exagérer ; tendance née en partie de l’influence de sa position académique et de ses qualités personnelles, et surtout de la nature de ses recherches, dont le résultat toujours religieux et moral était censé en opposition avec les conséquences qu’on supposait découler des principes du philosophe qu'il a particulièrement combattu. Je peux joindre encore à ces motifs l’éloquence de son illustre élève, ami et
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biographe (Dr Stewart) dont l’âme, inaccessible à d’autres préjugés que ceux de l’amitié et de la vertu, a pu pourtant être un peu influencée par ces nobles et heureux préjugés du cœur, et dont le talent plein d’attrait et de persuasion , comme professeur et comme écrivain , ne pouvait manquer de répandre sur les opinions qu’il embrassait et publiait quelque reflet de son brillant esprit.
« Le génie de Reid n’était pas, selon moi , véritablement inventif, et il possédait peu de cette pénétration fine et subtile , qui , quoiqu’on puisse en abuser, est cependant absolument indispensable dans l’analyse métaphysique.
« Sa réputation de penseur original repose principalement sur ses opinions relatives au sujet dont je m’occupe ici, et c’est à cela aussi qu’il était luimême disposé à la rattacher. Dans un passage d’une de ses lettres au Dr Gregory , rapportée dans le Mémoire de M. Stewart1, il considère sa réfutation du système idéal de la perception comme la seule chose à peu près qui lui appartienne véritablement. « A peine peut-on , dit-il , m’attribuer dans la phi- « losophie de l’esprit humain une seule observa- « tion qui ne découle facilement de la destruction « de ce préjugé. » Rien ne me paraît plus étonnant
1 Histoire de la Vit et des Ouvrages de Reid , mémoire lu d’abord à la Société royale d’Édirobourg , et publié en i8ix avec les mémoires biographiques de Smith et de Robertson, en un volume. M. Jouffroy a donné une traduction de cette vie de Reid, en tète de son édition des Œuvres de Reid La lettre citée par Brown se trouve page 57 , lom. I.
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DK BROWN.
dans les fastes de la philosophie moderne qu’un esprit comme le Dr Reid , versé dans l’histoire de la métaphysique, et trop honorable d’ailleurs pour se donner un éloge qu’il n’aurait pas cru mérité , ait pu s’imaginer qu’il eût à réclamer sur ce point , je ne dis pas un grand mérite, mais encore le moindre mérite d’originalité; et défait, la seule chose vraiment surprenante en ceci, c’est que cette prétention du Dr Reid ait été si généralement et si facilement admise. (Leç. xxv, p. 1 55).
« Sa prétendue réfutation du système idéal peut se diviser en deux parties : i° la destruction de ce qu’il appelle « la théorie commune » des idées ou images des choses dans l’esprit, considérées comme les objets immédiats de la pensée; 2° la preuve de la réalité du monde extérieur , fondée sur la plus simple théorie de la perception. La dernière de ces recherches parait plus étroitement liée au sujet qui nous occupe, mais on ne pourrait la comprendre parfaitement sans examiner préalablement la première.
« J’admets volontiers que le Dr Reid ait pu combattre la théorie des idées ou images , considérées comme des existences séparées dans l’esprit, mais je ne puis accorder qu’en le faisant il attaquât la *' « théorie commune». Je crois, au contraire , qu’au moment où il écrivait, cette théorie était universellement ou presque universellement abandonnée, et que si les philosophes avaient l’habitude de parler des idées ou des images dans l’esprit (comme nous le
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faisons encore à présent), ils n’entendaient par là rien de plus que ce que nous entendons aujourd’hui. »
Brown développe cette explication , se fondant sur ce que La langue particulière d’un système ne périt pas immédiatement arec lui , mais qu’elle se conserve long-temps encore, et sé maintient dans les systèmes nouveaux, bien qu’elle y ait souvent une autre signification.
« Il n’est donc pas surprenant, ajoute-t-il, que la phrase image dans F esprit , qui pour les péripatéticiens n’était pas une métaphore, ait pu èti% * conservée dans un sens figuré dans les discussions métaphysiques , long-temps après le renversement de l’autorité d’Aristote «A l’époque de
l’ouvrage de Reid , l’image dans l’esprit n’était plus qu’un reliquat d’une théorie surannée de la perception , de même que le lever et le coucher du soleil sont des restes de cette vieille astronomie qui faisait voyager chaque jour ce grand luminaire autour de l’atome qu’il éclaire. » (Ibid, p. i56- 7.)
t Aprèsquelquesconsidérations (p. 157.) sur les inconvénients du mot idée, qu’il se garde bien cependant de vouloir proscrire entièrement, Brown essaye de déterminer le sens technique et propre qu’il convient d’y attacher. Son explicationestrésumée dans l’assertion suivante qui est importante en ce qu’elle contient, en termes fort clairs, sa théorie personnelle de In perception, qui n’est évidemment qu’un pur idéalisme sujet à toutes les difficultés, contradictions et inconséquences relevées par M. liamilton.
«L’idée, dit-il, dans toutes les applications du
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mot, qu’elle soit une perception , un souvenir, ou l’une de ces variétés de conception abstraites et complexes dont nous venons de parler, n’est jamais autre chose que [esprit affecté (Tune certaine manière, ou, ce qui revient au même, [esprit existant dans un certain état. L’idée n’est distincte, ni séparable de l’esprit en aucun sens ; elle est positivement l’esprit lui-même, lequel, même dans sa croyance aux choses extérieures , ne fait que reconnaître une des nombreuses formes de sa propre existence *. » {Ibid. p. 1 57.)
Voici maintenant les principaux passages dans lesquels Brown prétend prouver par les autorités que la théorie des idées, attribuée parReid à la majorité des philosophes , n’était qu’une vieille chimère péripatétique abandonnée depuis des siècles.
« Dans la philosophie des péripatéticiens , et pendant les siècles ténébreux des partisans scolastiques de ce système , les idées étaient véritablement considérées comme de petites images détachées des objets ; et comme le mot idée continua à être employé après que cette signification primitive eut été abandonnée ( comme il l’est encore aujourd’hui
1 Pour Rrown , le monde extérieur n’est qu’un étal externe de l'esprit ; la perception est une sorte d'illusiou d’optique par laquelle la modification subjective, qui constitue toute la perception, s’objective elle-même. Cette maniéré d’interpréter le hit de la perception a de l'analogie avec celle de Condillac , qui dit que lame répand en quelque sorte ses sensation* sur les objets, de manière que l’ensemble de l’univers n’est qu'une collection de nos sensations disposées dans un certain ordre.
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quand on traite de la perception ) , il n’est pas étonnant que plusieurs formes d’expression , qu’on retint en même temps, aient pu sembler, d’après leur signification étymologique ', s’accorder mieux avec la théorie des idées-images , (théorie dominante à l’époque où ces formes particulières d’expression s’établirent), qu’avec celle qui fait des idées de simples états de l’esprit; et c’est ce qui est arrivé pour une infinité d’autres mots , par suite du changement de signification qu’ils ont subi pendant la durée des études philosophiques. Dans la vieille philosophie , l’idée était la chose dont la présence précède immédiatement la perception mentale , sa cause externe directe. On peut donc aisément comprendre comment ce mot , appliqué d’abord à cet objet supposé de la perception , a pu ensuite , lorsqu’on a reconnu que la cause directe de la perception n’était pas un fantôme extérieur mais une affection particulière de l’organe sensitif , sembler s’appliquer assez convenablement à l’état organique qui , dans la nouvelle théorie, remplaçait le fantôme ou les pellicules représentatives de l’ancien système, comme antécédent immédiat de la perception. Bref, Vidée , chez les anciens écrivains, de même que le mot synonyme de perception aujourd’hui, n’exprimait pas seulement une des parties du phénomène , mais les deux parties à la fois. Il impliquait , dans sa compréhension un peu vague , et la modification organique , et la modification mentale , de même qu’au-
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jourd’hui on entend par perception un certain changement produit dans l’organe, et un changeinentsubséquent dans l’état de l’esprit. Quoi d’étonnant donc de trouver dans les livres de ces anciens écrivains, avec les expressions qui s’appliquent à la partie mentale du fait de perception , d’autres expressions appliquées accidentellement à sa partie matérielle; puisque, comme je l’ai dit, les deux parties de l’opération étaient, jusqu’à un certain point, désignées par ce mot unique! Cela pouvait naturellement arriver , bien que ce mot ne signifiât pas au fond autre chose que les deux éléments du fait ( le changement organique , quel qu’il puisse être , et le changement mental consécutif) , sans l’intervention de cette troisième chose , distincte des deux autres , que le D' Reid suppose avoir été désignée par le mot idée.
« C’est cette application à l’élément matériel du phénomène d’expressions que Reid croyait toujours appliquées à l’élément mental , qui l’a quelquefois égaré dans son exposition des opinions des anciens philosophes ; mais une illusion plus fréquente encore chez lui, c’est de prendre au sens littéral des phrases purement métaphoriques, et si évidemment métaphoriques qu’il est véritablement difficile de se rendre compte de sa méprise; et de fait, ces mêmes métaphores continuent à être employées absolument comme elles l’étaient avant qu’il écrivit. Nous parlons aujourd’hui des impressions de l’es-
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prit, des idées claires ou obscures , des sens qui sont les ouvertures par où nous arrivent les objets extérieurs, et de la mémoire où sont emmagasinées nos connaissances, précisément comme ces écrivains ont employé les phrases métaphoriques dont il est ici question, etc.... » (Leç. 27, p. 169-70.)
« Au surplus ( continue Brown ), il fout recourir aux ouvrages mêmes des philosophes pour déterminer la vraie nature de leurs opinions : cest donc ce que je vais foire. » (P. 1 70.)
Brown commence sa revue par Locke, mais il regrette que le langage de cet éminent penseur soit par malheur si figuré, en général, qu'il loi serait difficile de trouver un passage assex décisif pour prouver combien Reid a défiguré sa vraie opioina au sujet de la perception.
« La grande question , ajoute-t-il , est de savoir si Locke admettait l’existence des idées, comme choses distinctes de l’acte de perception et intermédiaires entre la modification organique, quelle qu’elle soit, et le phénomène mental, ou bien s’il considérait l’idée et la perception comme une seule et même chose. « Dans la perception des objets ex- « ternes, dit Reid, toutes les langues distinguent « trois choses : l’esprit qui perçoit, l’opération de cet « esprit qui est appelée perception , et l’objet perçu. « Les philosophes ont introduit dansle fait une qua- « trième chose qu’ils appellent l’idée de l’objet. >» Le mérite que le docteur Reid réclame , et qu’on lui a accordé sans examen , consiste à avoir montré la
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nullité de cette prétendue quatrième chose. Le ]> Reid admet la perception elle-même comme un état, ou, ainsi qu’il préfère l’appeler, comme une opération de l’esprit, et il admet également la modification organique qui la précède. Locke auraitil donc parlé de quelque chose de plus , c’est-à-dire de cette quatrième chose , ou idée distincte de la perception, dont le Dr Reid croit avoir triomphé? Mais d’innombrables passages, tant de son Essai que de son admirable défense des doctrines fondamentales de ce livre, dans sa controverse avec l’évêque Stillingfleet, montrent de reste qu’il n’entendait rien de plus , et que l’idée , pour lui , n’était pas une chose différente de da perception même. Il répète souvent qu’il emploie le mot idée comme synonyme de conception ou de notion, en prenant ces mots dans l’acception commune. La seule raison qui le lui fait préférer à celui de notion ( lequel assurément, pour le docteur Reid, 11e signifiait pas une chose distincte de l'esprit), c’est que le terme notion lui semble convenir mieux à une classe particulière d’idées, celles qu’il appelle techniquement des modes mixtes. Que les idées ne sont pas différentes des perceptions, c’est ce qu’il exprime clairement. «Demander, dit-il, quand est-ce qu’un « homme commence à av^p- des idées , c’est deman- «der quand est-ce qu’il ^commence à percevoir, «puisque avoir des idées ou des perceptions, c’est «la même chose. » ( Essai , liv. 11, chap. 1 , sect. 9. )
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« Lorsqu’il parle de nos sens comme d 'ouvertures pour le passage des idées , la métaphore est sûrement des plus manifestes , et si on prétendait que ce qui a été dit métaphoriquement a dû être pris littéralement, il suffirait de rappeler qu’il se sert précisément de la même métaphore dans des cas où l’application réelle serait absolument impossible, par exemple , à propos des perceptions et des sensations ; et si l’on concluait de ces métaphores qu’il croyait que les idées, ainsi introduites, sont distinctes de l’esprit, il faudrait aussi en conclure qu’ilpensait également que les sensations et perceptions , introduites de lq même manière , sont pareillement des choses existant par elles-mêmes , et susceptibles de passer au travers de certaines ouvertures dans l’esprit, leur récipient, k Nos sens, dit-il, étant en rapport « avec des objets extérieurs déterminés, font entrer « dans notre esprit plusieurs perceptions distinctes a des choses , selon les diverses manières dont ces « objets les affectent ». ( Sect. 3. ) « Les sens sont des « avenues disposées par la nature pour recevoir les « sensations. » (Sect. 12.) (Ibid, p. 170-71.)
Reid, suivant Brown, aurait dft conclure de ces passages et autres semblables que ces métaphores relatives aux idées n'avaient pas d’autre sens que celles relatives aux sensations et aux perceptions , et que Ld|ke n’entendait désigner par ces expressions que l’origine extérieure de ces notions, conceptions , sentiments , ou affections de l’esprit auxquelles il donnait le nom d’idées; d’autant plus qu’il n’y a pas dans tout l’Essai, ni dan» aucun autre de ses ouvrages, un seul raisonnement
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qui ait pour base la réalité substantielle des idées, comme choses distinctes de l’esprit. Il cite ensuite un passage de Locke qui a, selon lui, le double avantage d'offrir toutes les métaphores qui ont trompé Reid, et de montrer en même- temps le véritable sens qu’y attachait l’auteur.
« L’autre voie pour retenir, dit Locke , est le pou- « voir de raviver dans l’esprit les idées qui , après y « avoir été imprimées, en auraient disparu ou auraient « été éloignées de sa vue. C’est ce que nous faisons « lorsque nous concevons la chaleur ou la lumière, « le jaune ou le doux, en l’absence de l’objet. C’est la « mémoire, qui est comme le magasin de nos idées. En « effet, l’esprit borné de l’homme n’étant pas capable « de considérer et contempler beaucoup d’idées à la « fois , il était nécessaire qu’il eût un entrepôt pour « mettre les idées dont il ppurrait avoir besoin dans « un autre temps. Mais comme nos idées ne sont autre «chose que des perceptions actuelles dans l’esprit « qui cessent d’être dès quelles 11e sont point perçues, « déposer nos idées dans le magasin de la mémoire « ne veut pas dire autre chose si ce n’est que l’esprit «a, en plusieurs occasions, le pouvoir de raviver les « perceptions qu’il a déjà eues , avec la perception « additionnelle qu’il lésa eues déjà. Et c’est dans ce « sens qu’on dit que nos idées sont dans notre mé- « moire, tandis qu’en réalité elles ne sont nulle part; « mais il y a seulement dans l’esprit le pouvoir de les « raviver quand il lui plaît, et de se les peindre de « nouveau ; ce que quelques uns font plus aisément»
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«d’autres plus difficilement; ceux-ci plus vivement, «ceux-là plus faiblement. »(Ess. liv. 11, ch. io,sect. a.)
«Ainsi donc, ajoute Brown, la doctrine de cet éminent philosopheest que la présence de l’objet externe et le changement organique consécutif sont suivis d’une idée, laquelle n’est antre que « la perception actuelle ; » et que déposer ces idées dans la mémoire ne signifie rien de plus que le pouvoir qu’a l’esprit, en plusieurs rencontres, de réveiller les perceptions qu’il a eues déjà. Or, c’est là, sauf erreur, toute la doctrine de Reid sur ce point; et il eût été bien fâcheux qu’il eût réussi à réfuter Locke, en supposant cette réfutation possible, car il se serait réfuté lui-même- » (P. 171.)
De Locke Brown passe à Hobbes.
a La physiologie de l’esprit était à peu près, à l’époque de Hobbes, une science nouvelle, du moins en Angleterre; aussi fut-il généralement applaudi de ses contemporains, comme ayant découvert une nouvelle terre.. . » a Les opinions de Hobbes sur le sujet en question sont pleinement exposées dans la partie de ses Éléments de Philosophie intitulée Phjrsica; et loin de justifier l’assertion de Reid sur le système idéal de la majorité des philosophes, on peut dire que sa doctrine est la même que celle de Reid, du moins quant à l’unité de l’idée et de la perception. Hobbes attribue la sensation ou perception à l’impulsion des objets externes, produisant un mouyement le long
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des nerfs jusqu’au cerveau, et une réaction consécutive au dehors, laquelle, ce semble, pourrait, selon lui, expliquer le renvoi à l’objet comme externe, ce qui est une erreur. Cependant cette hypothèse ne fait rien au fond. Le seul point important, quant à la prétendue universalité du système idéal , est de savoir si ce philosophe d’une autre époque admettait l’existence des idées comme choses intermédiaires , distinctes de la simple perception; or, sur cette question il est aussi explicite que le D' Reid. L’idée ou le phantasma, comme il l’appelle, est la perception même ou Yactus sentiendi. a Phantasma «enim est sentiendi actus; neque differl a sensione a aliter quam fieri differt a Jactum esse. » On trouve la même doctrine, et je peux ajouter la même expression de l’unité de Yactus sentiendi et du phantasma, dans divers autres endroits de ses ouvrages. {Ibid, p. 1 72).
Après Hobbes vient Descartes. Ici Brown commence par observer que Reid s’est beaucoup appesanti sur ce philosophe, mais qu’il ne l’a pas bien entendu.
« Descartes, dit Reid, ne rejeta qu’une moitié de a l’ancienne théorie de la perception sensible, et il a adopta l’autre. Cette théorie peut se diviser en deux a parties : i° les images, espèces ou formes des objets « extérieurs, émanent de ces objets et pénètrent dans « l’esprit par le canal des sens ; a° ce n’est pas l’objet «extérieur lui-même qui est perçu , mais seulement «< son espèce ou image dans l’esprit. Descartes et son
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« école ont rejeté et réfuté par de solides arguments a la premième proposition ; mais ni lui ni ses disciples « n’ont révoqué en doute la seconde ; ils sont demeurés «convaincus que nous ne percevons point l’objet exté- « rieur lui-même, mais son image représentative dans « l’espritCette imageque les péripatéticiens appelaient « espèce, Descartes l’appelle idée', il a changé le nom, « mais conservé la chose. (Ess. sur les fac. de T esp. hum. Ess. 11, ch. 8.) — Descartes, conformément à « l’esprit de sa propre philosophie, aurait dû douter « des deux parties de l’hypothèse péripatétique , ou « donner des raisons pour rejeter l’une et pour adop- « ter l’autre ; d’autant mieux que les ignorants, qui «ont la faculté de percevoir les objets par leurs sens « avec non moins de perfection que les philosophes « et qui , par conséquent , doivent savoir aussi bien « qu’eux ce qu’ils perçoivent , ont toujours été üna- « nimes dans l’opinion que les objets perçus ne sont « pas des idées en nous, mais des choses hors de nous. « On avait le droit d’attendre qu’un philosophe, assez «défiant pour ne point adopter, sans preuves, la « croyance de sa propre existence, n’admettrait point « sans preuves non plus que tous les objets qu’il per- «cevait n’étaient que des idées dans son esprit. (/£.)»
« Sans doute , observe Brown , on aurait dû s’attendre à cela , si , en fait , l’opinion de Descartes n’avait pas été précisément l’inverse de celle que lui attribue le Dr Reid; si Descartes, loin de croire à l’existence des images comme antécédents ou
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causes immédiates de la perception , n’avait pas au contraire fortement combattu cette hypothèse. La présence du corps extérieur, le changement organique , conçu par lui comme une espèce de mouvement des fibrilles des nerfs et du cerveau, et l’affection de l’esprit , qu’il affirme n’avoir aucune ressemblance avec le mouvement qui en est l’occasion, voilà pour Descartes tout ce qui constitue le mécanisme de la perception , sans qu’il soit besoin d’une idée , ou d’üne quatrième chose placée entre le changement organique et le changement mental. Et ce mécanisme est exactement celui du 1> Reid lui-même, sauf cette seule différence (différence sans importance pour la question actuelle) que le Dr Reid ne se prononce pas positivement sur la nature du changement organique qu’il admet, tandis que le philosophe français suppose qu’il consiste en un mouvement des fibres nerveuses. La doctrine de Descartes est très bien exposée dans ses Principia philosophiez , dans sa Dioptrique et dans plusieurs passages de ses petits écrits polémiques. Non - seulement il rejette la notion péripatétique des images, pellicules ou simulacres des choses reçus par les sens, soutenant que la simple modification organique ( le mouvement des fibres nerveuses) suffit sans de telles images : « diversos motus tenuium uniuscujusque nervi capillamenlorurn sufjicere ad diversos sensus producendum , » et le prouvant par un exemple très appro-
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prié auquel il a souvent recours , celui d’un aveuglé qui juge des dimensions des corps en les embrassant entre deux bâtons, exemple , dit-il, dans lequel il est impossible de supposer qu’une image des corps passe à travers les bâtons ; mais encore il essaie d’expliquer le préjugé commun relatif à la nécessité des images dans la perception, et le rapporte au fait si familier de la peinture qui rappelle l’objet peint. » (P. 172-73).
A l’appui de cette interprétation de la doctrine de Descartea , Brown cite le passage suivant comme une preuve décisive de l’erreur de Reid
« On peut prouver aussi fort aisémentque notre ame « est de telle nature que les seuls mouvements qui « se font dans le corps sont suffisants pour lui faire « avoir toutes sortes de pensées, sans qu’il soit besoin «qu’il y ait en eux aucune chose qui ressemble à ce «qu’ils lui font concevoir, et particulièrement qu’ils «peuvent exciter en elle ces pensées confuses qui « s’appellent des sentiments. Car, premièrement nous «voyons que les paroles, soit proférées de la voix, « soit écrites sur du papier, lui font concevoir toutes «les choses qu’elles signifient et lui donnent ensuite « diverses passions. Sur un même papier, avec la « même plume et la même encre, en renversant tant
1 " P roi w tu r deinde talem e* se. etc. » Nous donnons la traduction française de 1647 ( P*r Picot ) qui , revue et corrigée par Descartes, a U même autorité que l'original latin.
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a soit peu le bout de la plume en certaine façon, vous « tracez des lettres qui font imaginer des combats, « des tempêtes ou des furies à ceux qui les lisent, et «qui les rendent indignés ou tristes; au lieu que si « vous remuez la plume d’une autre façon , presque a semblable, la seule différence qui sera en ce peu « de mouvement leur peut donner des pensées toutes « contraires, comme de paix , de repos , de douceur, « et exciter en eux des passions d’amour et de joie. « Quelqu’un répondra peut-être que l’écriture et les « paroles ne représentent immédiatement à l’âme que « la figure des lettres et leurs sons, ensuite de quoi « elle, qui entend la signification de ces paroles, ex- « cite en soi-même tes imaginations et passions qui s’y «rattachent. Mais que dira-t-on du chatouillementet «de la douleur? Le seul mouvement d’une épée cou- « pant quelque partie de notre peau nous fait sentir « de la douleur, sans nous faire sentir pour cela quel « est le mouvement ou la figure de cette épée ; et il « est certain que l’idée que nous avons de cette dou- « leur n’est pas moins différente du mouvement qui « la cause ou de celui de la partie de notre corps que «l’épée coupe, que sont les idées que nous avons des « couleurs , des sons, des odeurs ou des goûts. C’est « pourquoi on peut conclure que notre âme est de « telle nature que les seuls mouvements de quelques « corps peuvent aussi bien éveiller en elle tous ces « divers sentiments, que celui d’une épée y exciter de « la douleur.
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« Outre cela nous ne saurions remarquer aucune « différence entre les nerfs qui nous fasse juger que «les uns puissent apporter au cerveau quelque autre « chose que les autres , bien qu’ils causent en lame « d’autres sentiments, ni aussi qu’ils y apportent au- « cune autre chose que les diverses façons dont ils «sont mus.» (Pr. de la Philos., part, iv, § 197-198.)
Brown en traduisnnt ce passage en anglais altère en plusieurs endroits les expressions de Descartes, et sa version n’est qu’une paraphrase assez infidèle. 11 ne réussit cependant pas à lui faire signifier ce qu’il prétend , ni à justifier la conclusion qu’il voudrait qu’on en tirât contre Reid.
« Il est presque impossible , dit-il, d’exprimer plus fortement et d’expliquer plus clairement l’opinion diamétralement opposée à la théorie de la perception par le moyen d’idées ou images représentatives que Reid attribue à cet illustre auteur. Et certainement il ne serait pas moins injuste de placer, en dépit de tous ses laborieux écrits sur ce sujet , le prétendu destructeur du système idéal au nombre des plus ardents partisans de ce système, que de porter cette accusation contre Descartes et de dire de lui comme fait le D' Reid : « Cette image que les péripatéticiens « appelaient espèce, Descartes l’appelle idée; il a « changé le nom , mais conservé la chose. »
Les autres auteurs cités par Brown sont Amauld, Leclerc, et Crouzas. Les passages qu’il rapporte et les conclusions qu’il en tire sont presque textuellement cités par M- Hamilton; il est donc inutile de les reproduire ici.
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Nous ne donnerons plus ici qu’un passage de sa 28* leçon , dans laquelle Brown prétend réfuter l'argument du sens commun employé par Reid pontre le scepticisme de Hume. Il est très important, et il marque bien tout le chemin que Brown fesait faire à la philosophie écossaise, sans se douter lui-mëme de la portée de ses principes.
« La théorie de la perception se trouve liée à une autre question sur laquelle le Dr Reid passe pour avoir fait d’importantes découvertes; je veux parler de sa prétendue démonstration de l’existence du monde matériel. En ceci nous trouverons également qu’il n’a véritablement rien ajouté à ce que nous savions; qu’il nous a laissés notre croyance à ce sujet, telle que nous l’avions toujours eue, et qu’il n’a pas ajouté la plus légère preuve à l’autorité de cette croyance primitive , ni donné la moindre force nouvelle à cette conviction, qui de son aveu , était déjà irrésistible.
« La réfutation du scepticisme à l’égard du monde matériel peut être faite de deux manières : soit en prouvant la fausseté logique des arguments du sceptique; soit en leur opposant la croyance elle-même, comme étant d’une évidence directement intuitive, ou du moins résultant d’autres intuitions , associations et conclusions, si irrésistibles après les premières acquisitions de l’enfance, qu’elles ont toute la force de l’intuition elle-même. Tant que le D' Reid se borne à ce dernier moyen, il est sur un terrain solide, mais sa marche n’est plus aussi assurée lorsqu’il attaque la logique pure’dn sceptique , car f argument xcep-
lâ
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tique, considéré comme simple jeu de raisonnement, est sans réplique. C'est en vain qu'il prétend que ce scepticisme, partant, comme il l'imagine, de la supposition que les idées sont les objets directs de la perception , doit tomber avec ces idées mêmes; car, bien que le scepticisme puisse se très bien accorder avec la croyance aux idées, comme êtres distincts dans l’esprit, il ne dépend pourtant en aucune manière de leur existence ou non-existence. On n’a qu à remplacer le mot idées par la phrase synonyme (X affections ou états de l'esprit, et le scepticisme, s’il n’est pas plus fort, conserve du moins exactement la force qu’il avait auparavant. Dans un cas, le sceptique dira que nous 11e sentons que les idées seules, et non les objets extérieurs qui peuvent n’avoir aucune ressemblance avec ces idées; dans l’autre, il dira que la perception n’est, comme tous nos autres sentiments, qu’un état de l’esprit 1 ; et que nous n’avons conscience que de cet état , et des autres états et modifications de notre esprit qui se succèdent diversement, et non des objets extérieurs qui ne sauraient eux-mémes faire partie de cette scène mentale de la conscience. Quelque force qu’il puisse y avoir dans le premier de ces raisonnements sceptiques , je crois qu’il y en a autant, et même plus à cause de sa plus grande simplicité, dans le second; et par conséquent la réfutation des théories
* Otto réponse du «réplique est le système même fie Brown.
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de la perception fondées sur la supposition des images, quelque complète qu’on la suppose, ne rend pas du tout moins difficile la tâche de prouver logiquement (si tant est que notre croyance ait besoin d’une preuve logique), l’existence du monde matériel.
« Bien plus, la réfutation de l’hypothèse représentative, en la supposant même irréfragable , diminuerait si peu la force du scepticisme à l’égard de l’existence de la matière, que de deux sceptiques dont l’un adopterait tout ce que Reid croit avoir réfuté au sujet des idées, et dont l’autre ne verrait dans les idées que de purs états de l’esprit , le premier serait, sans nul doute, plus facile à confondre, puisque sa croyance implique déjà l’existence de quelque chose hors de l’esprit ; tandis que le second soutient seulement que tout ce dont il a conscience n’est qu’une suite d’affections de son propre esprit , et qu’il ne peut rien connaître hors de cette conscience.
« Objecter qu’il n’y a pas d'images dans l’esprit à celui qui fonde tout son argument sur sa conscience même et déclare n’avoir aucune connaissance, soit de petites images, soit de toute autre chose en dehors de cette conscience, serait aussi inutile qu’il l’aurait été à un cartésien de prétendre réfuter le système newtonien de l 'attraction en niant les sphères du système de Ptolémée.
« Il ne reste donc pour tenir lieti d’une démons-
KXTItAiTti
tration logique (inutile d’ailleurs si la croyance du fait est aussi forte que le serait celle de la démonstration ) que la force supérieure de cette irrésistible et universelle croyance ; et il n’y a pas à craindre qu’elle soit affaiblie par des arguments, ou moins vivement sentie par celui qui la nie que par celui qui l’affirme. A la vérité, nous ri avons conscience que de nos sentiments , qui sont des états momentanés de notre esprit; mais parmi ces états il y en a quelques-uns qu’il nous est absolument impossible de ne pas rapporter à des causes extérieures et indépendantes de nous , et la croy ance à un ensemble d’êtres extérieurs est elle-même un de ces états île V esprit-, elle est et sera toujours une partie de notre conscience. C’est là ce qu’admet aussi Hume luimême, ce grand sceptique auquel répond le D' Reid.
-i Un disciple de Copernic ou de Ptolémée, peut espérer, « en soutenant l’un ou l’autre de ces systèmes d’astronomie, « produire une conviction ferme et durable dnns l’esprit de « ses auditeurs. Le stoïcien et l’épicurien exposent des prin- « cipes qui non seulement peuvent être stables, mais qui « ont en outre une action sur la conduite et les moeurs. Mais « le pyrrhonien ne peut pas attendre que sa philosophie ait « une influence durable sur l’esprit des hommes, ni que cette • influence fût utile à la société, si elle existait. Il doit con- « venir, au contraire, si tant est qu’il veuille convenir de « quelque chose , que toute la vie humaine serait anéantie si « ers principes venaient ù prévaloir constamment et univer- « sellement. Tout discours, toute action cesseraient immédia- « tement, cl les hommes resteraient plongés dnns une com-
DE BROWN
« plète léthargie, jusqu’à ce que les besoins de la nature, non • satisfaits, missent fin ù leur misérable existence. Un si funeste o résultat, est, il est vrai, peu à craindre. La nature sera tou- « jours assez forte contre ces principes; et quoique le pyrrho- « nien puisse exciter en lui-même et dans les autres un trouble « et une surprise momentanés par scs raisonnements, le pre- « mier et le plus trivial événement de la vie fera évanouir « tous ses doutes et scrupules , et le mettra , sur chaque point « de pratique ou de spéculation , au niveau des philosophes « des autres sectes et même de tous ceux qui ne se sont ja- <■ mais occupés de recherches philosophiques. Une fois sorti « de son rêve, il sera le premier à rire de lui-mëme. »
« En quoi ce langage diffère-t-il de celui du D' Reid lui-même lorsqu’il nous dit : « Que la a croyance à un monde matériel est plus ancienne « et a plus d’autorité que tous les principes de la phi- « losophie ; qu’elle décline le tribunal de la raison a et se moque de toute l’artillerie du logicien. » Assurément si elle décline le tribunal de la raison , ce n’est pas par le raisonnement qu’il faut la soutenir; le raisonneur possédât -il tout le talent, du Dr Reid.
« Le sceptique et le philosophe orthodoxe de l’école de Reid arrivent ainsi précisément à la même conclusion. Leur credo se compose de deux propositions et des deux mêmes propositions, dont l’une est : que l’existence d’un ensemble de choses , tel qu’on l’entend quand on parle d’un monde extérieur, ne peut pas être prouvée par argument ; et l’autre : que la croyance à cette existence est d’une force
J 8ü EXTRAITS DE I1R0WN.
supérieure à celle d’un argument , et absolument irrésistible. La différence , et la seule différence, c’est qu’en affirmant ces deux mêmes propositions, le sceptique prononce la première à voix haute et la seconde à voix basse , tandis que son prétendu antagoniste passe rapidement sur la première, et s’arrête sur la seconde avec un ton de confiance. L’affirmation et la négation sont pourtant les mêmes dans les deux cas. Celui qui ne fait attention qu’au ton, et non au sens, peut croire qu’il y a quelque désaccord; mais si négligeant le ton , qui ne fait rien à l’affaire, on considère seulement ce qui est réellement affirmé et nié par les deux adversaires , il sera impossible d’y trouver la moindre différence. Il n’y a aucun argument de pur raisonnement qui puisse prouver l’existence du monde extérieur ; il nous est absolument impossible de ne pas croire à l’existence d’un monde extérieur. On peut regarder indifféremment ces deux propositions comme le résumé de la théorie de Reid ou de celle de Hume, car c’est là véritablement leur commune et identique doctrine. »
LOGIQUE J
Rien ne prouve mieux , selon nous , l’esprit exclusif qui a dominé dans l’étude de la philosophie, en Angleterre depuis un siècle et demi, que la corruption et en même temps l’abandon de la logique, science des lois formelles de la pensée. Depuis l’époque de Locke, et probablement sous l’in-
1 Article de la Revue AÉdimbourg , n* d’avril ï#33; publié à l'occasion des ouvrages suivants :
x. Artis logicas rudimenla , avec des observations et explications , etc. 4e édition , augmentée ; ii#ia. Oxford, x8a8.
а. Éléments de Logique, par Richard Whately, Dr en théologie, Principal du collège Saint- Alban, etc. Oxford, 3e édit. in-8°; Londres, i8*y.
3. Introduction à la Logique A apï&tes éléments de logique du Dr IVhately , par le rév. Samuel Hi.yds ; in-ia. Oxford, 18x7.
4. Esquisse A un nouveau système de logique , et Examen critique des Éléments du Dr Whately , par George Bextham, esq.; in -8°. Londres, 18*7.
5. Examen de quelques passages des Éléments de logique du Dr 11' ha. uly , par George Coastewam. Lewis, esq. ; iu-80. Oxford, 1829.
б. Traité de Logique d'après les principes d' Aid ri ch , avec des notes et éclaircissements, par le rév. Johh Huysiie ; in-i a. a* édit. Oxford, i833.
7. Questions sur la Logique A Aldrich, etc . ; in-i a. Oxford, i8ag.
8. Clef de Questions sur la logique A Aldrich ;iu-ia. Oxford, 1819.