‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 35 sur 47 · LOG1QI E · texte numérisé non relu

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eux la dialectique était une méthode, non pas formelle, mais réelle , et correspondait plutôt à la métaphysique qu a la logique des péripatéticiens. Aristote ne définit pas la logique; ses disciples grecs et une portion considérable des plus éminents dialecticiens depuis la renaissance des lettres niaient qu’elle fût soit une science, soit un art. Les stoïciens, en général, la regardaient comme une science. Les scolastiques arabes et latins également. Thomistes et scotistes, réalistes et nominalistes étaient tous d’accord sur cette opinion qui fut adoptée presque sans exception par les auteurs jésuites, dominicains et franciscains. Depuis la restauration des lettres pourtant, et surtout pendant la dernière moitié du xvic siècle, tant d’aristotéliciens, soutenus parla masse des Ramistes (auxquels se réunirent par la suite la plupart des cartésiens et un bon nombre des éclectiques), maintinrent que la logique est un art, qu’on peut jusqu a un certain point excuser l’erreur de Sanderson qui attribue cette opinion « à presque tous les auteurs les plus récents » de son temps. Néanmoins, à la même époque, il y avait un parti très nombreux qui (tant le Dr Whately est loin d’avoir mis en lumière ce fait important méconnu par tous ses prédécesseurs ) , avait anticipé sur la prétendue découverte de cet auteur en définissant la logique par le double genre d 'art et de science Dans les écoles de Wolf

' Renvoyer à en auteurs, cc serait de lmp ; nous comptons plus d'une

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et de Kant , la logique reçut aussi le nom de science.

Mais, sans nous arrêter au nom, si leDr Whatelyet son critique ont tort d’imaginer qu’il y a quelque nouveauté dans leur observation, ils ne se trompent pas moins en lui attribuant la plus petite importance. La question n’intéressa jamais la logique même, mais seulement la signification des termes de sa définition. Les anciens logiciens , tout en discutant avec ardeur si la logique est une science ou un art , ou ni l’un ni l’autre , ou l’un et l’autre ) si c’est une science spéculative , une science pratique, ou une science à la fois spéculative et pratique, n’imaginèrent jamais que cette question , en tant quelle concernait la logique , offrît rien de plus qu’un intérêt verbal *. Quant à la nature essentielle

douzaine de logicien» de cette classe dans notre propre bibliothèque. Mais , en laissant mime de côté les auteurs anciens et peu connus, M. Jérémie Bentham et le Dr Whately n'auraient pas plus de droits à l’originalité (ce dernier à la vérité n’y prétend pas). Avant ces deux messieurs, le dernier écrivain important de logique en Angleterre , le Dr Richard Kirwan, dont tes livres populaires et savants fuient publiés eu 1807, définit la logique comme un art et une science , et dans des termes si semblables à ceux du Dr Wbalely, que nous n’hésitous pas à croire que cet écrivain avait directement sous les yeux la définition de sou prédécesseur que voici : • La logique est tout à la fois une science et un art; elle est une « science en ce qu'en analysant les cléments , les principes et la structure « des arguments , elle uous apprend à découvrir leur vérité, ou à dévoiler leur « fausseté, et à reconnaître la source de ces erreur». Elle est un art, en ce qu’elle ” enseigne à disposer les arguments de telle sorte que leur vérité soit facilement saisie et leur fausseté découverte. » (Vol. I, p i. )

* Le père Buffierest injuste envers les anciens logiciens, mais à l’égard des modernes il présente le sujet sous son véritable point de vue. Si la logique est une science. Oui et non, selon l'idée qu’il vous plait d’attacher • au nom de science, etc... Si la logique est un art. Encore une fois oui et

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do la logique, ils étaient unanimes, et ne disputaient que sur la compréhension de tous ces termes dans leur propriété philosophique, ou plutôt sur la véritable interprétation de leurs définitions aristotéliques. Beaucoup de penseurs éclairés déclarèrent avec Vivès que le problème était frivole. « Quæstioni locum dédit misera homonymia», dit Mark Duncan , parmi cent autres. Les plus ardents défenseurs des diverses opinions admettaient généralement que si ces termes n’étaient pas pris dans le sens particulier adopté par eux, tous leurs adversaires en général , et chacun d’eux en particulier , pouvaient avoir raison ; et , en même temps , on avouait de part et d’autre que ces termes étaient employés vulgairement dans une acception vague et générale, à la faveur de laquelle chaque opinion pouvait être considérée comme vraie, ou plutôt aucune ne pouvait être regardée comme fausse. Le premier pas de la discussion était donc l’élimination préalable de ces significations vagues et impropres qui , ne pouvant fournir tout au plus qu’un genre et une différence éloignés , étaient tout-à fait insuffisantes pour une définition. Hé bien ! ce que les anciens logiciens rejetaient comme une bannalité inutile , les modernes l’adoptent

- non;... il piait au* logiciens de disputer si la logique est ou n'est point un • art ; et il ne leur piait pas toujours d'avouer ui d’enseigner à leurs disciples «que c'est une pure ou puérile question de nom. - Court ries scienen, (logique) p. SS~.

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comme une observation neuve et importante. Mais quant à la nouveauté, le DrWhately etM1: Bentham ont-ils pu croire qu’aucun logicien avant eux ait jamais songé à nier que la logique soit à la fois un art et une science, en prenant ces termes dans le sens qu’ils leur donnent? qu’ils ouvrent les anciens traités de logique, et ilsy verrontcette opinion explicitement exprimée , même lorsque ces termes d’art et de science sont employés dans un sens bien moins vague et général que celui qu’ils admettent. Et quant à l’importance de l’observation , ces écrivains pensent-ils arriver par là à une conception de la logique plus précise et plus exacte ? C’est tout le contraire. Le Dr Whately se sert du mot science dans sa plus large extension possible, pour signifier toute connaissance considérée absolument, sans relation avec la pratique ; dans cette acception , tout art , dans sa partie théorique , doit être une science. 11 définit ensuite l’art l’application de la connaissance à la pratique, et, dans ce sens, la morale, la politique , la religion , et autres sciences pratiques , doivent être des arts. L’art et la science sont ainsi distendus au point de rentrer l’un dans l’autre. Comme termes philosophiques, ils sont également impropres; trop universels pour définir, trop indécis entre la différence et l’identité pour distinguer. En fait, leur application à la logique ou à tout autre sujet ne fait qu’apporter le vague et la confusion , car ils n’expriment pas une opposition

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essentielle entre les choses memes , mais seulement entre les divers points de vue sous lesquels nous pouvons les envisager, tout art étant ainsi en luimême une science et toute science un art. C’est là ce que M. Bentham regarde comme la rectification d’une erreur universelle , comme la découverte d’un fait important. Mais si la question était frivole entre les mains des anciens logiciens, que sera-t-elle entre les mains des nouveaux * ?

Laissons maintenant le genre et passons à l’objetmatière.

M. Hinds dit à propos des Éléments du EK Whately : « Ce traité explique , et c’est le seul qui l'ait « fait clairement , la vraie nature et le vrai usage de « la logique ; de manière qu’on peut l’aborder main- « tenant non plus comme une de ces études obscures,

1 Telle est l'interprétation U plus favorable que nous poissions faire de l'opinion du Dr Whalely ; mais le langage dont il se sert pour l’exprimer est des plus ambigus et des plus inexacts. Ainsi, par exemple, il dit : • La

• science a rapport à la connaissance seulement. P. 56. U ne peut vouloir dire ce qui est exprimé par le sens rigoureux des mots , que la science a pour objtt ou matière la connaissance, car c'est là un non-sens ; et les mots n'expriment point ce qu'il veut probablement dire, que la science n’a pas d’autre fin que l'acte contemplatif de connaissance. Le Dr Whately entend ici par science ce qu' Aristote eutend par science spéculative ; mais quelle différence dans la précision de leurs définitions ! eiupr.-nxii; piv ( knoTTjarc ) TÙcariXrJhut npxxtixfc î'ip^ov ; ou comme dit Averroès : Per speculativam sa mus ut scianuss ; per practicam scimus ut operemur. Le Dr Whately, d’ailleurs, donne sans s'en apercevoir deux définitions très différentes du mot art. Il dit dans un endroit ( p. i. ) • que la logique doit être appelée l 'art de

• raisonner, lorsqu'on la considère par rapport aux régies pratiques qu’elle

• fournit pour garantir l’esprit d'erreur dans srs déductions. C'est là évidemment la AiaXixTucè «sxyuàriav des interprètes grecs , la Inpira

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« curieuses et purement spéculatives, analogues à « l’alchimie et à l’astrologie. » Préface, p. vm. Ceci est fort.

Nous sommes, nous, disposés à croire que le Dr Whately n’est peut-être pas loin d’avoir tort quant « à la vraie nature et à l’usage de la logique. » Qu’il « explique clairement » cette nature et cet usage, c’est ce qui est évidemment inexact ; et dire que son traité est « le premier qui ait donné cette explication claire, » c’est une preuve de plus que l’affirmation est souvent en raison inverse du savoir.

Nous ne dirons rien de cette notion , selon nous très incomplète, de la science logique qui lui donne pour objet non seulement principal , mais encore adéquat, le procédé du raisonnement ; la simple appréhension et le jugement étant alors considérés

docens ( quce tradit praccpta ) des écoles arabes et latines. Puis on voit dans un autre endroit ( p. 56 ) « qu'un art est l 'application de la connaissance à « la pratique. » Si ces mots ont un sens , cette définition s’appliquerait seulement ( çour ne pas sortir de la logique ) à la Ai aXtxnxr. iv XP^011 *** •pjfxvadîa 7rpa*jTAxrtüv des aristoléliciens grecs, la logica utens ( qute utiturprœ ceptis ) des Latins. La log. utens et la log. docens sont pourtant si loin d’ètre convertibles Tune à l’autre, qu’elles ont été classées sou» un genre di.fércnt par la grande majorité des philosophes. Les logiciens grecs niaient que la log. docens fut, soit un art , soit une science, ne la regardant que comme un instrument et non comme une partie de la philosophie ; ils admettaient au contraire que la log. utens est à la fois une science et une partie de la philosophie , mais inséparable et non distincte. Les latins soutenaient en général que la log. docens est une science et une partie de la philosophie, et que la log. utens n’est ni l’une ni l'autre, mais seulement un instrument. Quelques-uns, cependant , faisaient de la docens une science et de 1 * utens un art; tandis que d’autres renversaient cette classification. Il ne faut pas confondre ces distinctions avec les logiques pure et appliquée d’une philosophie pins moderne.

non en eux-mêmes comme des éléments constitutifs de la pensée , mais simplement comme subordonnés à l’argumentation. Dans cette manière de voir, la logique est identifiée à la syllogistique. Ce système , il faut en convenir, en tant qu’il s’applique à la logique renfermée dans les traités d’Aristote existants, fut soutenu par plusieurs scolastiques arabes et latins ; emprunté d’abord à ceux-ci par . l’Oxfordien Crackanthorpe , il fut adopté par Wallis, et de Wallis il est arrivé au Dr Whately. Mais , appliquée à la logique dans sa nature propre , cette opinion a été longtemps rejetée, sur des motifs surabondamment concluants , par l’immense majorité même des dialecticiens péripatétiques , et le Dr Whately n’a pas allégué une seule raison capable d’ébranler notre opinion que les lois de la pensée, et non pas les lois du raisonnement, constituent l’objet adéquat de la science. Cette erreur, que nous 11e pouvons réfuter en ce moment, serait relativement de très peu d’importance, si , comme il arrive évidemment dans les Éléments du docteur Whately, elle ne conduisait à une détermination superficielle des lois de ces facultés de la pensée , considérées simplement comme subsidiaires au procédé du raisonnement.

Quant à la clarté avec laquelle le Dr Whately explique « la vraie nature et l’usage de la logique », tout ce que nous pouvons dire c’est qu’après mùr * examen il nous est impossible d’apercevoir nette-

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