‹ Fragments de philosophie traduits de l'AnglaisChapitre 36 sur 47 · I.OGIQU · texte numérisé non relu

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ment quelles sont ses idées sur ce point. Dans les passages mêmes où il définit expressément la science , nous le trouvons confus, ambigu, et même contradictoire ; et ce n’est qu’en admettant l’interprétation la plus favorable de ses paroles que nous parvenons à trouver quelque chose qui ressemble à une opinion exacte.

Il dit que « l’office le plus propre de la logique « (comme sciencé) , est de faire une analyse du a procédé de t esprit dans le raisonnement (p. i), et plus loin (p. i3, 140) que « le procédé ( X opéra- « tion ) du raisonnement est le seul domaine propre o de la logique. » Ainsi le procédé ou l’opération du raisonnement est l’objet-matière de la science lo- . gique. Eh ! bien , une définition qui se borne à affirmer que la logique est la science qui a pour objet le procédé du raisonnement n’est pas du tout une définition de cette science ; elle ne contient pas la qualité différentielle qui distingue la logique des autres sciences; elle ne prévient pas (et même elle suggère) les opinions les plus erronées sur sa nature. D’autres sciences , telles que la psychologie et la métaphysique, ont pour objet ( parmi les autres facultés) l’opération du raisonnement, considérée seulement dans sa nature réelle; la logique, au contraire, a aussi le raisonnement pour objet, mais seulement dans sa possibilité formelle; en fait, elle n’a , à proprement parler, rien à faire avec le procédé ou opération ; elle ne s’occupe que de ses lois.

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La définition du D* Wathely est donc non seulement impropre, mais encore délusoire: elle identifierait la logique, la psychologie et la métaphysique, et engendrerait, quant à la nature de la logique, lés mêmes fausses notions que l’auteur lui-même n’avait pas l’intention de sanctionner, à en juger par d’autres passages des Éléments et d’après l’esprit général de son ouvrage.

Mais il n’y a pas seulement ambiguité chez le D1' Wathely, il y a contradiction. Nous avons vu qu’en certains endroits il fait du procédé du raisonnement l’objet adéquat de la logique ; que faudrat-il croire si nous le voyons établir ailleurs que l’objet total et adéquat de la logique est le langage ? Mais l’objet adéquat ne pouvant être double, et le langage et l’opération du raisonnement n’étant pas la même chose , il y a donc contradiction. « En men- « tionnant le langage , dit-il , avant de donner la « définition de la logique, je me suis écarté de Tu- « sage ordinaire afin de faire clairement comprendre « que la logique est entièrement relative au langage : a vérité que la plupart des auteurs, s’ils en ont été « persuadés eux-mêmes , n’ont certainement pas mis « tout le soin nécessaire à imprimer dans l’esprit de a leurs lecteurs » ( page 56) 1 ; et plus loin (page 74 ) :

< La plupart des logiciens ont, en fait, imprimé dans l’esprit de leurs lecteurs que la logique est ( non entièrement à U vérité ) mais partiellement et secondairement relative au langage, en tant qu'il est le véhicule de la pensée, à laquelle seule la logique est adéquatement et primitivement relative.

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« la logique est tout entière renfermée dans l’usage « du langage. »

Le mot Logique ( ainsi que celui de dialectique) a une étymologie ambiguë ; il peut être dérivé de Ao'yo; (tvâidOeToç) la raison ou l’ensemble de nos facultés intellectuelles en général; ou bien de Aoyo; (lïpoçopuco; ), discours, ou langage par lequel ces facultés se révèlent. La science logique peut de la même manière être considérée , soit 1 * comme relative adéquatement et essentiellement au premier ( le Aôyo; intérieur, verburn mentale ), et partiellement et accidentellement au second (le Aoyo; extérieur, verburn oris) ; soit , i° comme relative adéquatement et essentiellement au dernier, partiellement et accidentellement au premier.

La première de ces opinions a été soutenue par la grande majorité des logiciens anciens et modernes. La seconde, dont on peut trouver quelques traces dans les commentateurs grecs d’Aristote et dans les plus anciens nominalistes du moyen âge ( car les derniers nominalistes scolastiques auxquels on attribue, mais à tort, cette doctrine soutinrent en réalité l’autre), ne fut complètement développée que dans les temps modernes par des philosophes dont Hobbes peut être cité comme le chef. Le Dr Whately adopte la première de ces opinions en donnant pour office propre à la logique l analyse de l’opération du raisonnement ; il adopte la seconde en Considérant la logique comme entièrement relative

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au langage. Nous avons cependant de la peine à croire qu’il ait positivement embrassé cette dernière. Elle est expressément contredite par Àristote ( Ana lyt. Post., i, 10, § 7 ) ; elle implique sur l’absolue dépendance des facultés intellectuelles par rapport au langage, une hypothèse psychologique cent fois réfutée , et que le Dr Whately ne pourrait jamais sans doute admettre; et enfin elle est. en opposition avec plusieurs passages des Eléments où se trouve une doctrine manifestement très différente. Mais , quoi que puisse être cette doctrine , toujours est-il que la précision et la clarté ne sont pas les qualités qu’on devrait, selon nous, lui attribuer.

Mais si le Vice-Principal est mauvais juge de ce qui a été fait par le Principal , il parle beaucoup plus mal encore de ce que les autres logiciens n’ont pas fait. S’il a lu seulement la centième partie des ouvrages qu’il eût dû étudier pour avoir le droit d’affirmer que le « traité du Dr Whately est le seul « qui ait clairement expliqué la vraie nature et « l’usage de la logique, » il a fait une chose qui n’a jamais été même essayée par un seid de ses confrères les dialecticiens d’Oxford ; mais l’assertion seule trahit : izavrolao' àjxâôei*. Pour quiconque est au courant de la littérature de cette science , il doit sembler souverainement ridicule d’entendre dire que les idées de l’école de Kant , et même de l’école de Wolf, relativement à l'usage et à la nature de la logique, ne sont pas aussi claires, complètes et justes,

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que celles du Dr Whately. Un coup d’œil général jeté sur l’histoire des opinions sur ce point prouverait que, de tout temps , les vues les plus justes sur le sujet ont été aussi communes que leur mise en pratique l’était peu. Beaucoup d’auteurs admettaient spéculativement des principes dont ils ne se servaient presque jamais en pratique pour régler la constitution de la science. Les logiciens scolastiques mêmes font preuve, en général, de conceptions plus profondes et plus justes sur la nature de leur science qu’aucun logicien récent de ce pays. Dans leurs controverses multipliées sur cette matière, leur unanimité sur le point fondamental n’est pas moins remarquable que leur divergence sur les points secondaires; toutes leurs doctrines sont susceptibles d’une interprétation favorable, et quelquesunes ont été rarement égalées, et jamais surpassées, en exactitude et en précision. Tous distinguaient la logique de la psychologie, de la métaphysique, etc., comme science rationnelle et non réelle, formelle et non matérielle. Ceux, en petit nombre, qui donnaient pour objet adéquat à la logique les choses en général , expliquaient leur idée en disant que la logique considérait les choses en général , seulement en tant qu’elles tombent sous les formes générales de la pensée imposées par l’intellect ( qualenus secundis inteniionibus substabant .) Ceux qui lui donnaient pour objet les açtes les plus élevés de la pensée (réduits à trois, à deux ou à un seul),

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expliquaient avec soin que les opérations intellectuelles, dans leur nature propre, appartenaient aux psychologistes , et qu’ellès n’étaient du ressort du logicien qu’en tant qu’elles étaient dirigeables , ou le sujet des lois. La fin prochaine de la logique était ainsi l’analyse des règles de la pensée ; sa fin éloignée l’application de ces règles aux actes intellectuels. Ceux enfin ( et c’était la grande majorité ) qui plaçaient cet objet dans les notions secondes 1 ne disaient point que la logique eût pour objet ces notions secondes prises abstraitement et en ellesmêmes (ce qui était du domaine de la métaphysique) , mais seulement concrètement, en tant qu’appliquées aux notions premières , comme instruments régulateurs de la pensée. Il faudrait , pour rendre pleinement justice à ces opinions et principalement à la dernière, plus de détails que nous n’en pouvons donner ici ; car, bien comprises , on y trou-

1 Cette distinction ( que nous devons aux Arabes ) des notions premières et secondes { noliones , ton cep tu s, intuition e s , in te liée ta prima et secundo) est nécessaire à connaître non seulement à cause de sa valeur propre, comme une détermination profondément philosophique , mais surtout comme une condition indispensable pour l’intelligence de la philosophie scolastique , ancienne et nouvelle, dont elle est à peu près, et surtout en logique, l’Alpha et 1 Oméga. Cependant , chose singulière, la connaissance de cette distinction fameuse a été long-temps perdue dans la seconde école ( jadis ) de T Église ! La définition d'Aldrich est incomplète , sinon positivement erronée. M. Hill et le Dr Whately, suivis par M. Huysbe et par l’auteur des Questions sur la logique fe te., ne comprennent pas Aldrich, en supposant qu’Aldrich qui est leur seule autorité se comprît lui-mème, et se jettent d’une erreur à l’autre sans le moindre trait de lumière. (Hill,p. 3o-33. — Whately, p. 173-175. — Huyshe,p.i8- 19. — Questions y etc, p. 10, r i ,7 1 . Et certainement, il n’y atira»t

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verait , en principe , tout ce qui a été dit de bon postérieurement sur l’objet , la matière et le but de la logique.

Rien de plus maigre et de plus inexact que l’esquisse de l’histoire de la logique par le Dr Whately. Cette partie de son ouvrage est , à la vérité, presque entièrement empruntée à la pauvreté d’Aldrich ; en voici des échantillons.

Archytas y est cité, d’après Aldrich, comme l’inventeur des Catégories , et il avance cette opinion, aujourd’hui condamnée , sans exprimer le moindre doute sur sa vérité. Tous les écrivains récents d’Oxford qui ont touché à ce sujet trahissent la même ignorance de la littérature philosophique et de la critique aristotélique. Nous pouvons citer les Excepta ex Organo , in usum academicœ juventutis ; Y Oxonia pur "ata , du Dr Tatham ; les Notes sur

pat de calomnie plus mal fondée à l'égard d'Oxford , que celte accusation , dont le Dr Whately parait avoir peur • d'emprisonner l'esprit humain dans les rets des scolatiiquts. • ) Ce sujet aurait besoin de quelque explication ; nous devons nous borner à la définition des termes. Une notion premicrr est la conception d'une chose en tant qu’elle existe par elle-même, et indépendamment de toute opération de la pensée , comme : Jean , homme, animal, etc. Une notion ttconde est la conception,' non de l’objet tel qu’il est en réalité, mais du mode sous lequel l’esprit le conçoit , comme : individu , espèce , genre , etc. La première est la conception d'une chose, elle est réelle, immédiate , directe ; la dernière est la conception d’une conception, elle est formelle , médiate , réfléchie. Il est inutile de renvoyer à des textes pour l'éclaircissement de cette distinrlion et de ses applications. Le sujet est amplement traité par beaucoup d’auteurs dans des ouvrages spériaux , et on le trouvera aussi convenablement développé dans presque tous les anciens systèmes de logique et de philosophie.

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Aldrich , de M. Hill ; la Logique , de M. Huyshe , et la Philosophie d'Aristote, de M. Hampden. Ce dernier prétend même que le Stagirite emprunta son système de morale aux pythagoriciens, quoique les fragments conservés par Stobée sous le nom de Théagès et autres écrivains moralistes de cette école aient été démontrés apocryphes depuis un demi-siècle. Ils se trouvent également cités , sans un erratum , dans l’estimable édition du Florilegium du Dr Gaisford. Aristote serait véritablement le plus indigne plagiaire connu , si les larcins que lui attribuent ses dévots disciples-, d’Oxford n’étaient non seulement faux , mais ridicules. Aldrich affirme, comme chose d’une certitude incontestable, qu’étant en Asie, il reçut d’un juif savant une grande partie de sa philosophie ; et cette fable impertinente s’est maintenue sans opposition jusqu’à ce jour dans le Compendium ; tandis que presque tous les écrivains d’Oxford veulent qu’il ait pris ses Catégories et sa Monde aux pythagoriciens. Que penseraient de tout ceci Schleiermacher ou Creuzer ?

Le Dr Whately, dans son examen des mérites d’Aristote quant à la logique, est, nous le disons à regret, vague et inexact, a I,es plus grandes erreurs, « dit-il , ont constamment régné relativement à la a nature de la logique; et son domaine a été par « conséquent étendu par beaucoup d’écrivains à des « sujets avec lesquels elle n’a pas de véritable con-

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« nexion; sauf Aristote (qui n’est pas lui-même « tout-à-fait exempt de ces erreurs ) , à peine poura rait-on citer un auteur de logique qui ait clairea ment aperçu et constamment eu en vue sa nature « réelle et son véritable objet. » (P. a.) Loin qu Aristote, ou du moins les traités logiques qui nous restent de lui (et ils sont peu nombreux en proportion des perdus), méritent cet éloge relatif, la vérité est, qu’en fait, les neuf dixièmes et les dixneuf vingtièmes de ces livres traitent de matières qui , en les supposant logiques , sont des sujets non de logique pure , uaais seulement de logique appliquée ; et nous n’hésitons pas à affirmer, sans vouloir déprécier le mérite de ce philosophe, que les notions inexactes qui ont régné et régnent encore à l’égard de la « nature et du domaine de la logique » , doivent être principalement attribuées à son exemple et à son autorité. Le livre des Catégories , offrant seulement une classification objective des choses réelles, n’est pas logique, mais métaphysique. Les deux livres des Derniers Analytiques , ayant pour unique objet le nécessaire ou le démonstratif, sortent des limites d’une science formelle : et il en est de même des huit livres des Topiques qui ne traitent que du probable , de ses accidents et . applications. Les deux livres mêmes des Premiers Analytiques , où il est question du syllogisme pur, sont pleins de discussions extra-logiques, comme, par exemple, toute la doctrine de

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la modalité des syllogismes fondée sur la distinction de leur matière pure , nécessaire et contingente ; la question de la vérité ou de la fausseté réelles des propositions, et la propriété, si illégitimement attribuée au syllogisme , de pouvoir tirer une conclusion vraie de prémisses fausses; la distinction de l’enthymêrae d’après le caractère extraformel de ses prémisses , comme un raisonnement déduit de signes etjprobabilités; le syllogisme physiognomonique , etc., etc. Il en est de même du livre : Ilepl Èppvetaç , et c’est pire encore dans celui des Sophismes. Si donc Aristote fit plus qu’aucun autre philosophe pour les progrès de lq. science , il contribua aussi plus qu’aucun autre à l’étouffer sous un bagage étranger , et à l’empêcher de se développer sous une forme élégante et précise. Plusieurs de ses successeurs eurent les vues les plus saines sur l’objet et le but de la logique , et il y eut même parmi les scolastiques des penseurs qui l’auraient purgée de ce sédiment accidentel , si la déférence, implicitement exigée alors pour les préceptes et les exemples d’Aristote, ne les eût empêchés d’appliquer leurs principes aux détails de la science.

«On a remarqué, dit le Dr Whately, après Aldrich, « que le système de logique est une de ces rares théo- « ries qui ont été commencées et achevées par le « même homme ; l’histoire de sa découverte , en ce « qui touche du moins les principes fondamentaux « de la science, commence et finit proprement à

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a Aristote. » ( P. 6.) Quant à « ce qui touche les principes fondamentaux de la science « , cela ne peut être nié; mais cela encore aurait dû être mieux expliqué. Aristote laissa à ses successeurs beaucoup à rejeter, beaucoup à ajouter, et le tout à simplifier, à arranger et à mettre en ordre. Quant aux lacunes du système aristotélique, nous dirons que si le Dr Whately et les autres logiciens d’Oxford ont raison ( et nous pensons décidément le contraire) d’ajouter la quatrième figure (figure, soit dit en passant, dont l’origine non aristotélique n’a jamais été indiquée par aucun d’eux, depuis Aldrich, aux sous-gradués), le Stagirite.a tort d’admettre exclusivement la possibilité des trois autres (. dnalyt . pr., i-a3, § i ) ; et ils sont d’autant moins autorisés à affirmer que sa théorie fut perfectionnée par lui-même. Enfin , sans parier même des cinq modes ajoutés par Théophraste et Eudéme , il est probable que l’importante et vaste doctrine des syllogismes hypothétiques, doctrine en grande partie spéciale et indépendante, fut un complément original dû à ces philosophes , et avant lequel le système logique était entièrement défectueux.

« Les écrits d’Aristote , dit le Dr Whately, non seu- « lement furent absolument perdus pour le monde « pendant environ deux siècles ( pas tous ) , mais ils « semblent même n’avoir été que très peu étudiés « longtemps encore après leur découverte; néan- « moins il parait qu’un certain art logique fondé

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