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soit à la logique, soit aux logiciens scolastiques; il dit au contraire : « la logique ne prétend pas in- « venter les sciences, ni les axiomes des sciences,
« mais elle passe outre avec un cuique in sua arte a credendum » Ainsi disent les scolastiques, ainsi dit Arislote.
Nous ne sommes pas pleinement satisfaits non plus des remarques du Dr Whately sur Locke, Watts , etc. ; mais l’espace nécessaire nous manque pour développer nos vues sur tous ces points. Nous relèverons pourtant une méprise relative au premier de ces philosophes, parce qu’on peut le faire en peu de mots. Après avoir parlé des attaques de Locke contre le syllogisme, il ajoute : « Locke fait « immédiatement après un éloge d’Aristote non a moins malheureux : il lui fait honneur de l’i/iee/i- « tion des syllogismes-, à laquelle il n’avait certaib nem^it pas plus de droit que Linnée à la création b des plantes et des animaux, ou Hervey , etc. » ( Pag. 19.) En premier lieu, Locke parle a de l’inven- « tion des formes d argumentation , » ce qui ne
* Avancement des sciences. On trouve plusieurs passage* analogues dans le de Augmrntis el dans le Novum Organum. La critique la plus directe de Bacon sur ce point est dans 1 'Organum. Aph. 63. Elle est cependant dirigée nou contre les scholastiques , mais exclusivement contre Aristote. Il n’y condamne pas de fausses théories sur 1a nature et Pohjet de la logique, mais ses fausses applications pratique* ; et en définitif cette critique prouve seulement que Bacon donnait le nom de dialectique à V ontologie. Aristote ne corrompit pas la physique par la logique, mais par la métaphysique. Les scolastiques ont déjà bien assez à répondre, sans qu’on leur impute des péchés qu’ils
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peut en aucune manière être considéré comme synonyme « d’invention des syllogismes»; mais eût-il employé le mot syllogisme , c’eût été vrai dans un sens et faux dans un autre. « Aristote, dit le IF Gillies, inventa le syllogisme, » etc., et au sens de cet auteur ( sinon à celui du Dr Whately ) la chose est soutenable. En second lieu, le Dr Whately a tort de croire que le mot invention eût pour Locke le sens restreint qu’il a aujourd’hui comme opposé à découverte. Chez Locke et chez ses contemporains, pour ne rien dire des écrivains plus anciens, inventer est communément employé pour découvrir. La phrase de Bacon , précédemment citée, en offre un exemple, et nous présumons que Locke se sert ici du mot invention dans ce sens.
Mais , abordons maintenant la science elle-même. En tournant quelques pages, nous arrivons à une erreur qui n’est pas particulière au Dr Whately, mais que tous les logiciens partagent avec lui : nous voulons parler de la modalité des propositions et syllogismes ; en d’autres termes, de la nécessité , possibilité , etc., de leur matière , considérées comme appartenant à la logique.
Nous avons toujours été étonnés que la logique n’ait pas été depuis longtemps purgée de ce mélange métaphysique. Kant , dont les vues sur le domaine et la nature de cette science étaient particulièrement exactes, et dont la sagacité, jointe à celle d’Aristote, permettait de tout espérer, Kant, dis-je, loin d’éli-
aa6 logique.
miner la modalité des syllogismes et des propositions , sanctionna son droit d’occupation en en dé* duisant, comme diun élément essentiel de la logique, la dernière de ses quatre catégories génériques ou formes fondamentales de la pensée. Rien de plus clair pourtant que cette modalité n’a rien à faire avec la logique. La logique est une science formelle : elle ne s’occupe point de l’existence réelle, ni de ses relations , mais seulement de cettô existence et de ces relations qui se manifestent sous les conditions de la pensée et qui sont réglées par ces conditions. Elle ne sait rien de la fausseté ou de la vérité des propositions en elles- mêmes , et n’eu tient pas compte. En logique, tout ce qui n’est pas contradictoire est vrai. La logique ne garantit ni les prémisses ni la conclusion , mais uniquement la conséquence de la dernière aux premières; car un syllogisme n’est autre chose que l'ailirmation explicite de la vérité d une proposition dans l’hypothèse que d’autres propositions qui la contiennent implicitement sont vraies, line conclusion peut donc être vraie en réalité (comme assertion), et fausse logiquement (comme conséquence).
Or, si la vérité ou la fausseté, comme qualités matérielles des propositions et des syllogismes, sont des circonstances extra-logiques, il en est de même de leur modalité. La Nécessité , la Possibilité , etc., sont des accidents qui n’affectent ni la copule, ni la conclusion logiques; ils ne se rapportent pas à la
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connexion du sujet et du prédicat, de l’antécédent et du conséquent, comme simples termes de la pensée, mais comme existences réelles; ce sont des conditions métaphysiques et non logiques. La conclusion syllogistique est toujours nécessaire : elle n’est modifiée par aucune condition extra-formelle ; elle est également apodictique dans le contingent comme dans le nécessaire.
Si on laisse une fois s’introduire dans la logique des notions métaphysiques de ce genre, il n’y aura plus de bornes à cette usurpation. C’est ce qui est prouvé déjà par les indécisions et les variations d’Aristote lui-méme à l’égard du nombre des modes. Dans un passage ( de Interp., c. 12, § 1), il en compte quatre : le nécessaire , Y impossible , le contingent, le possible; et cette division a été généralement adoptée par les logiciens. Dans un autre ( ibid. § 9 ) , il ajoute deux autres modes aux quatre premiers , savoir : le vrai , et, par conséquent , le faux. Quelques logiciens ont donc admis ces six modes exclusivement. Les interprètes grecs, cependant, observent très justement (bien qu’ils ne fassent d’ailleurs aucun usage de l’observation ), qu’Aristote 11’entendait pas, dans ces énumérations, limiter le nombre des modes à quatre ou à six , mais voulait seulement signaler les plus importants. On peut, en effet, concevoir des modes à l’infini, comme, par exemple, le certain, le probable , Y utile, le bon, le juste, etc., et pourquoi non? tous sont admissibles
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en logique, si un seul l’est; la ligne de distinction qu’on a prétendu tirer est futile. La confusion et l’embarras occasionnés par ces quatre modes seuls furent tels que la doctrine modale constitua longtemps la branche de la logique non-seulement la plus inutile, mais encore la plus difficile et la plus rebutante ; elle était à la fois le critérium et crux ingeniorum. De mot/ali non gustabit asinus , disaient les scolastiques; nous disons nous : De modali non gustabit logicus. Ce; sujet n’était embrouillé que parce qu’on mêlait des sciences différentes, et les questions modales auraient dû être en principe , comme elles l’étaient presque entièrement en pratique , retranchées du domaine de la logique , et adjugées au grammairien et au métaphysicien. C’est ce qu’avait obscurément entrevu depuis long-temps un penseur profond , mais oublié aujourd’hui. « Pronunciata ilia, dit Vives, quibus additur mo- « dus , non dialecticatn sed grammaticam quæs- « tionem habent... etc. » Ramus sentit aussi la nécessité de les exclure , quoiqu’il fût également incapable d’en donner les raisons *.
Le Dr Whately a très bien établi que « c’est un « caractère du syllogisme proprement dit (c’est-à- « dire d'un argument valide posé de telle manière « que la conclusion est évidente par la seule forme « de l’expression), que si des lettres ou tous autres
* Voir Ramus, sinimadven, Jr'utotehc., lib. vu, |i. 347, édit. 1 S 56
logique. uag
« symboles arbitraires sont substitués aux diffé- « rents termes, la validité de l’argument conserve « toute son évidente » (p. 37). Dans cette exposition, la logique parait être ce qu’elle est en réalité, une science, distincte et indépendante. Que faut-il donc penser de ce qui suit : « N’y aurait-il « aucun signe joint au terme commun , la quantité « de la proposition (qui dans ce cas est appelée « indéfinie ) est déterminée par sa matière, c’est-à- « dire par la nature de la liaison existant entre les « extrêmes , laquelle est ou nécessaire , ou impos- « sible , ou contingente , etc. » ( p. 64 )• « Comme il a est évident que la vérité ou la fausseté d’une pro- « position (ses quantité et qualité étant connues), « doit dépendre de sa matière , il faut se souvenir « qu en matière nécessaire toutes les affirmatives a sont vraies et les négatives fausses , et vice versa a en matière impossible. En matière contingente , « toutes les universelles sont f ausses et les parlicua lières vraies. Ex. Toutes les îles (ou quelques îles) * sont entourées d’eau, est une proposition vraie « parce que la matière est nécessaire. Il aurait été a faux de dire : Aucune ou quelque île n’est , etc... « Par la même raison , ces propositions : quelques a îles sont fertiles , quelques îles ne sont pas fertiles, « sont toutes deux vraies parce que la matière est « contingente; mettez toutes ou aucune au lieu de « quelques, et les propositions seront fausses» (p. 67). Dans ces passages , la logique n’est pas une science
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indépendante; elle n’est plus qu’un simple accident scientifique. Le nécessaire, l’impossible, le contingent n’expriment que de hautes généralisations tirées de l’observation de l’existence réelle, et la logique , si elle croit avoir besoin de la connaissance de ces généralisations, se réduit elle-même à n’étre plus qu’un appendice précaire , une suite accidentelle de toutes les sciences auxquelles cette connaissance peut être empruntée. Si , dans les syllogismes , « l’ar- « gument est ou sophistique, ou vicieux, toutes les « fois qu’on ne peut substituer aux différents termes « des signes arbitraires, » pourquoi n’en serait-il pas de même dans les propositions dont les syllogismes ne sont que le total? Or, A, B et C, ne savent rien du nécessaire, de l’impossible, ni du contingent. La logique est-elle une science formelle dans un chapitre, une science réelle dans une autre ? estelle indépendante, comme formant un tout, et dépendante dans ses parties constituantes ?
Nous ne pouvons laisser passer sans observation l’emploi que le Dr Whately fait du mot argument. II définit ce mot et déclare s’en servir dans « le sens logique rigoureux, » et il nous donne en même, temps, sous un titre à part, l’énumération des autres significations qu’il prend dans le discours ordinaire. Cependant , non seulement il n’emploie jamais ce terme dans sa véritable acception logique, mais encore il la méconnaît absolument ; sans compter en outre que la liste qu’il donne de ses diverses
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significations n’est ni bien déterminée, ni complète. Nous signalerons seulement les omissions et erreurs logiques. « I,e raisonnement (ou discours) exprimé « en mots est lui argument, et un argument établi « dans toute sa longueur et dans sa forme régulière « s’appelle un syllogisme ; la troisième partie de la a logique traite donc du syllogisme. Tout argument « consiste en deux parties : ce qui est prouvé et ce « par quoi il est prouvé, » etc.; et il ajoute dans une note : « J’entends dans le sens strictement « technique; car, dans l’usage populaire, le mot « argument est souvent employé pour signifier seu- « lement la dernière de ces deux parties, ex. : voici un « argument qui prouve ceci et cela , » etc. (P. 7a.) Eh bien, la signification présentée ici (non tout à fait exactement) comme «l’usage populaire» du terme, se rapproche davantage du « sens strictement technique » que celle que suppose le Dr Whately. Argument ne peut pas être pris dans son acception technique pour argumentation , comme le fait le Dr Whately ; mais exclusivement pour le moyen terme de l’argumentation. C’est dans cette acception que le mot a été employé (non invariablement, il est vrai), par Cicéron, Quintilien, Boéce, etc.; il fut par la suite adopté dans le même sens par les aristotéliciens latins, desquels il passa aux rainistes 1 ; et, pour les logiciens, c’est
' Il est \rai que Katnus dans tri définitions étend abusivement le mol aux deux autres termes, et il appelle le moyen le ttrtium argumentant. Uans
toujours là le sens le plus naturel et le plus direct. Parmi les dialecticiens un peu anciens, Crackanthorpe est le seul, à notre souvenir, qui se serve et déclare se servir du mot , non dans sa signification rigoureusement logique, mais dans l’acception vulgaire comme synonyme de raisonnement; néanmoins , il entend mal les autorités qu’il allègue pour justifier son innovation. Sanderson , si nous nous en souvenons bien , est rigoureusement exact. Wallis fut peut-être séduit par l’exemple de Crackanthorpe et de quelques cartésiens français ; et l’autorité de Wallis, jointe à sa propre ignorance de la langue logique , entraîna Aldrich , et avec Aldrich , Oxford. Si nous'parlons encore de l’ignorance d’Aldrich , c’est que le point dont il s’agit en fournit un exemple remarquable. « Terminus ter- « tins, dit-il, cui quæstionis extrema comparantur, « Aristoteli argurnentum , vulgo medium. » C’est l'inverse qu’il aurait fallu dire : Aristoteli medium , vulgo argurnentum. Cette bévue élémentaire du doyen, que personne n'a corrigée, est répétée par presque tous ses abréviateurs , interprètes et imitateurs; elle se trouve dans Hill (p. 1 18); dans Huyshe (p. 84); dans les Questions sur la logique (p. 40* et dans la Clé des questions (p. 101); et prouve
ses écrits , cependant , ainsi que dans ceux de son ami Talon , le mot argumenlum , employé seul et sans adjectif, exprime le moyen terme du syllogisme ; et sur ce point il est suivi par les ramistes et les semi-ramisles en général.
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magnifiquement que depuis un siècle et demi , au moins, VOrganon (pour ne rien dire des autres ouvrages de logique ) a été aussi peu lu à Oxford que le Tnrgum ou le Zcnd-Avesta.
L’assertion du Dr Whately, « que la prémisse ma- « jeure est souvent appelée le principe ( p. a 5) , » est le pendant de l’erreur précédente. La prémisse majeure est souvent appelée la proposition , jamais le principe. Un principe peut, il est vrai, former une majeure; mais nous osons assurer qu aucun logicien n’employa jamais le mot principe comme synonyme de prémisse majeure.
o La plupart des auteurs, sinon tous, dit le « Dr Whately, qui ont écrit sur ce sujet, négligent de « dire si le dilemme est un argument conditionnel ou « disjonc tif, ou bien ils le rapportent à la dernière « de ces espèces par la raison qu’il a une prémisse « disjonctive, bien qu’il appartienne évidemment « à la classe des conditionnels. » (P. ioo.'' La plupart des écrivains , sinon tous , ne négligent nullement de dire cela; mais le Dr Whately, nous le craignons , a négligé de les consulter ; et l’opinion qu’il adopte, loin de n’avoir été exprimée par aucun d’eux, ou même que par un petit nombre, a été longtemps , en fait , la doctrine universelle. Pour un logicien qui n’a pas placé le dilemme parmi les syllogismes conditionnels, durant le dernier siècle, nous en citerions dix de l’opinion contraire.
Le Dr Whately, ainsi que tous les logiciens d’Ox-
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ford, adopte l’inélégante division des propositions et syllogismes hypothétiques , en conditionnels et disjonctifs. Cette division est mauvaise en soi. Le nom d’un genre ne saurait, sans nécessité , être confondu avec le nom d’une espèce. Or, les termes hypothétique et conditionnel sont identiques pour le sens: ils ne diffèrent que par la langue à laquelle ils sont empruntés. La distinction n’est pas meilleure eu égard aux autorités, car ces mots ont été employés comme synonymes par les logiciens qui étaient le plus en droit de régler leur usage conventionnel, indépendamment même de leur identité naturelle. Boëce, qui le premier parmi les latins élabora cette partie de la logique, se sert indifféremment des mots hypothelicus , conditionnas , non simplex , pour le genre , et comme opposés à categoricus ou simplex ; et il divise ce genre en propositions et syllogismes canjunctwi (appelés aussi conjuncti, connexi , per connexionem) , équivalents aux conditionnels du Dr Whately, et propositions et syllogismes disjunctivi (ou disjuncti , per disjunctionern). D’autres logiciens ont employé des termes distinctifs différents , mais non meilleurs ; mais, en général , tous ceux qui se dépêtrèrent des gluaux scolastiques évitèrent cette inutile confusion.
« Aldrich , dit notre auteur, a établi , grâce à une « erreur, qu’ Aristote ne faisait aucun cas des syllo- « gismes hypothétiques , et , qu’en conséquence , il « les passa sous silence ; mais il avait exprimé pour-
LOGIQÜB.
« tant l’intention d’en traiter dans quelque partie de a son ouvrage , laquelle n’aura pas été terminée par k lui, selon son dessein, ou ne sera pas venue jus- « qu’à nous, ainsi que beaucoup d’autres de ses « écrits. » (P. 104.) En fait d’ignorance sur Aristote, on peut tout attendre d’Aldrich , mais le Dr Whately n’est pas lui-mëme fort exact dans sa critique. Ainsi que les autres logiciens d’Oxford , il ne met jamais en doute que les SuX^oynrpol ic, àmÆtaetuç d’Aristote soient la même chose que nos syllogismes hypothétiques ; et , dans cette erreur, assez naturelle du reste , il ne manque pas de complices, même d’un nom distingué. Les hommes versés dans la littérature aristotélicienne et logique savent pourtant que cette opinion a été sinon entièrement renversée, du moins rendue extrêmement improbable. Nous ne pouvons en ce moment aborder ce sujet, et nous nous contenterons de dire que les syllogismes hypothétiques, dans le sens actuel, furent d’abord expliqués et ainsi nommés par Théopbraste et Eudème. Ce dernier, en outre , distingua nettement ces syllogismes hypothétiques de ceux d’Aristote; et Boëce même, chose qui n’a pas été observée que nous sachions , déclare expressément que le ^XXoywpç il 6jj.oKoj.oui du philosophe est réellement catégorique, tandis n’y a pas de doute à l’égard du Su5AoytGjjw>î il; tci àSuvavav. Le seul motif d’incertitude serait dans le passage d’Aristote ( Analyt . pr., i-44> § 4), où il dit, qu'il y a. beaucoup d’autres syllo-
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gisraes concluant par hypothèse , et il promet de les discuter. De quelle nature étaient ces syllogismes , c'est ce qu’on ne peut savoir d’aucune manière , pas même par conjecture. Si nous en jugions par la notion d’Aristote sur l’hypothèse , et d’après les syllogismes qu’il désigne sous ce nom, nous conclurions qu’ils n’avaient aucune analogie avec les hypothétiques de Théophraste; et on verra bientôt qu’après Aristote il s’opéra une révolution complète dans la nomenclature de cette branche de la logique. Nous ajouterons que l’exposition de la doctrine aristotélique sur ce point, par Pacius, ne mérite aucune confiance : il est en contradiction avec ses propres autorités et a mal étudié les logiciens grecs *.
Jusqu’ici nous «avons cité les opinions des autres. La remarque suivante, éclaircissant mieux cette question, surprendra probablement les bons juges eu cette matière par sa nouveauté et son caractère paradoxal. En effet, il doit sembler ridicule, au premier abord , de parler aujourd’hui de découvertes dans l’Organon. La certitude du fait est pourtant égale a son improbabilité. Le mot catégorique ( xar/iyop owj ) appliqué à la proposition ou au syllogisme , comme l’opposé A' hypothétique (ùwoGeri xô? ) , se trouve dans tous les ouvrages existants de l’école péripatétique
* J. Pacius. Aimstotilis Orgaitum. Note au § 6 du chap. *9 des prcm . an a lyt et dans son Commentaire analytique sur le même chapitre. Il est juste de dire pourtant que Pacius ne se dissimule pas la difficulté de la question qu’il signale comme très obscure , et qu’il ne présente ses explications que sous forme dubitative. ( L. P. )
Je
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postérieurs à ceux du fondateur ; il est universellement employé dans cette acception par les interprètes d’Aristote depuis Alexandre , et nous savons certainement qu’avant lui Eudéme et Théophraste firent de même. Eh bien, aucun logicien, soit ancien, soit moderne , n’a pris garde que ce terme n’est point pris dans ce sens par le philosophe lui-même. Les commentateurs grecs de l’Organon observent , à la vérité , assez souvent, sur certains passages, que le mot catégorique doit être traduit par ajfirmatif ; mais aucun n’a fait l’observation générale qu’ Aristote ne l’employa jamais dans le sens adopté, à tort, par eux. Mais le fait est tel. On ne trouvera pas dans tout l’Organon un seul passage où catégorique soit pris en opposition à! hypothétique (tt; ùiroôeoew; ) ; il n’y a pas un seul passage où il ne soit évidemment employé dans le sens d 'affirmatif, comme synonyme de xaraipaTixo; , et opposé à ixTroçaTixà? et tjrtpYiTixôç. Et cette induction n’est pas hasardée , car dans les Premiers Analytiques seulement le mot se rencontre au moins quatre-vingt-cinq fois. Bien plus , non seulement Aristote n’emploie jamais ce terme par opposition à ses syllogismes par hypothèse, mais encore il en emploie positivement un autre pour ce but; il oppose constamment les syllogismes de cette classe ( concluant par consentement 1 ou par la reductio ad absurdum ) , à ceux qui con-
' ȣ Per confessionom ( Boere et Ptcius ), per coiuewum, courent ionem ( Grucbiui ). ( L. P. )
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cluent ÂctxTtxôç , ostensiblement , et le nombre des passages offrant cette opposition n’est pas petit. Ainsi donc le mot catégorique , dans son acception actuelle, n’est pas d’origine aristotélique. Nous croyons indubitablement que ce changement de sens fut introduit par Théophraste ; mais c’est merveille que jusqu’ici aucun logicien , ni commentateur, n’ait signalé cette différence entre la signification aristotélique du mot et celle qui a prévalu dans la suite *.
Nous noterons encore (sans pouvoir nous y arrêter), un autre cas où le sens d’Aristote a été presque universellement mal compris : et c’est sur l’autorité de cette erreur qu’une absurdité illogique s’est introduite dans tous les systèmes de dialectique. Il s’agit ici de 1 ' Enthjrméme. Dans la doctrine commune , l’enthymême est une sorte de raisonnement distingué du syllogisme proprement dit, en ce que l’une ou l’autre des deux prémisses n’y est pas exprimée , mais sous-entendue ; et cette distinc-
* Vossius avait déjà fait cette remarque dans son livre : De Logices et Hhetoricœ natura et constitution e. Après avoir cité le passage du traité de Boeee ( Di Syllogisme hypothetico ) daus lequel la doctrine des syllogisme» hypothétiques est attribuée à Théophraste et à Eudème , il ajoute : « Ubi « videmus, ut catcgoricus syllogismus opponatur hypothetico. Nempe syllo* « gismorum alii Æ*ucnxô>< condudunt, alii il ôno Btattaç , que vilt obliqué âli- « quid probant. Sed ut ex Boethio sciinus, alii primé dividunt syllogismum
• in xanryopütov, et urcOtnxbv. His, ut Aristoteli, est propositio xaTïrjroptxvi ,
• qua* affirmât prædicatum in rase subjerto; sic eidem est syllogismus catego- « ricus, quaudo conclusio est categorica sive afûrmativa. Nempe opponitur
• enuntiatio negativa, et syllogismus negativus. Net usquam in Aristotele - syllogismus categorie us opponitur hypothetico. • ( Gap. VtD , § 8, ) L* P.
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tion est attribuée au Stagirite , sans qu’on mette en question ni sa légitimité, ni son origine. La division du syllogisme et de l’enthymème , prise en ce sens , n’impliquerait rien moins qu’une différence des- , pèces entre le raisonnement de la logique et le raisonnement du discours ordinaire , le syllogisme étant ainsi la forme particulière du premier, et l’enthymème celle du second. Mais admettrait-on même cette distinction , elle ne servirait à rien , puisque le syllogisme et l’enthymême seraient distingués comme deux formes intralogiques d’argumentation. Ceux qui soutiennent cette division sont forcément conduits à l’absurdité plus grande encore d'établir une différence essentielle de forme sur une modification accidentelle d’expression , et de soutenir que la logique se rapporte aux accidents du langage extérieur, et non à la nécessité de la pensée intérieure. Telle n’est pas du moins l’opinion d’Aristote.
« Le syllogisme et la démonstration , dit-il , ne se « rapportent pas au discours extérieur, mais au dis- « cours qui se fait dans l’esprit. « où itpô; rm t'u , Viyov -h àwô^etîn , àXkct irpà; tôv e’v -tè, ^ujnî. èwei oviït ouXtayiapôc ( A naïf l . post., i-io, § 7). Mais si la distinction est déjà anti-philosophique de sa nature , elle serait bien plus irrationnelle encore entre les mains de son prétendu auteur. Aristote, en effet, distingue l’enthymème du syllogisme pur, comme un raisonnement de matière particulière, tiré de signes et vraisemblances; de manière que s’il le
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distinguait , en outre , par un ^accident de forme , il diviserait ainsi le genre par deux différentes, et par des différences qui n’offrent qu’une liaison pu- , rement accidentelle. Et pourtant, chose singulière, cette improbabilité a été admise, admise sans preuve évidente , admise depuis les temps les plus reculés ; et même lorsque cette opinion a été enfin pleinement réfutée , la réfutation a été si promptement oubliée qu’il n’y a pas aujourd’hui non seulement en Angleterre , mais encore en Europe , un seul logicien qui connaisse même l’existence de la controverse l.
La discussion de cette question dépasserait nos limites ; quant à ceux qui voudraient étudier ce point de doctrine, joli sujet de brochure pour Oxford, nous leur indiquerons brièvement quelques sources : nos citations, quoique peu nombreuses, suffiront pour épuiser la matière.
Vers la fin du i5e siècle, le célèbre Rodolphe Agricola ( in. i/|85 ) met en doute, dans son ouvrage posthume de Inventione dialectica , qu’ Aristote eût entendu distinguer l’enthymème du syllogisme par . quelque particularité de forme ; et Phrissemius, dans ses Scholia sur ce livre (i 5a3) , fait voir clairement que l’opinion commune ne s’accordait pas
1 La question a clé posée , dans ce pays , il y a quelques années , tlaus un recueil répandu , et avec son talent ordinairr, par un savant ami auquel nous l’avions indiquée ; mais aucun des écrivains postérieurs ti'a profité de ce travail.
LOCIQUE.
avec la doctrine du philosophe. Majoragius , sans connaître probablement Phrissemius, discuta plus tard ce sujet dans ses Reprehensiones contra nizo~ lin tu, et dans ses Explanationes in Aristotelis rhetoricam ; (ce dernier ouvrage fut publié en i O72. ) Vingt-cinq ans après, Jules Pacius ( qui vraisembablement ne savait rien des deux précédents), traita la question sur des bases plus larges. Se fondant sur l’autorité de quatre manuscrits grecs , il rejeta comme une glose le terme iveXTi; (. Analyt . pr., II. 27 , § 3) , sur lequel repose principalement la doctrine commune ; et les académiciens de Berlin , dans leur magnifique édition des oeuvres d’Aristote, ont fait récemment, sans explication, la même chose d’après deux des trois manuscrits de l’Organon qu’ils ont collationnés. Il convient de dire aussi que les Maîtres de Louvain , dans leur commentaire sur les traités logiques d’Aristote ( 1 547 ) > observent que le mot imperfectus ( traduction d’àve- Wç) ne se trouve point dans beaucoup de manuscrits de l’ancienne version latine. Scaynus , dans sa Paraphrasis in Organutn ( 1 599) , adopte l’opinion commune sans discuter la question, et il parait même ne pas connaître le commentaire de Pacius publié trois ans avant. Vers i6ao,Corydaleus, évêque de Mytilène , qui avait étudié en Italie, soutint dans sa Logique l’opinion de Pacius , mais sans la corroborer d’aucune raison nouvelle; dans sa Rhétorique ( réimprimée par Fabricius dans la
a^a LOGIQUE.
Bibliolheca grieca), il suit la doctrine vulgaire. Un siècle après, Facciolati développa dans un Acmuma spécial l’argument de Pacius, car, ainsi que les autres , il ne connaissait ni Phrissemius , ni Majoragius, et il n’y ajouta rien du sien, excepté une ou deux erreurs ; mais son éloquence ne fut pas plus efficace que les raisonnements de ses prédécesseurs , et la question retomba complètement dans l’oubli. Si l'on reprenait la discussion à fond , il y aurait beaucoup à ajouter et à corriger r.
Nous examinerons maintenant un sujet beaucoup plus important : la nature de la conclusion inductive. Nous regrettons de ne pouvoir répéter les éloges qui ont été prodigués à l’analyse du Dr Wha-
1 Ainsi , par exemple, Pacius ( que Faecioliah déclare hyperboliquement : Ariitotelis inlerpres , quoi sunt, quoique fuerunt, quoique futuri sunt longé pttrst.inlissimus) établit comme uu de» principaux foudementi de >on argument «pie Im interprètes grecs ne connurent point le mot àtAif. • Quoniam
• Johannes gramipaticus hic nulbm ejus menlionem facit ; et tain ipse quam •'Alexander superiori libro explicantrs drfinitionem stllogismi ab Aristotele
• tradilam . ac dUiugoriitM syMogismuin ab argumentatione constante ex ■ una proposi linge , non vocanl hanc argumenlationem en ihymcma , sed ~ syllogismum u.cvcXrituL|AaTov. - (Comment, in Analyt. Pr. u, 27, % 3.) Pari ns se trompe complètement. Il est irai que Philopon à l’endroit eilé ( Analyt. priai, n, o. 37, $ 3. ) ( autant que noua pouions nous le rappeler, n’ayant pas sous les yeux sou commentaire) ne dit rien sur ce point *; mais la nullité de cette preuve négative est rendue évidente par son exposition dos dernists Anafy tiques , où il dit ; Èrtùfi.nux Si stsr.roa , à*4 ni aayaXtaniriiv tü vw ivévjaaiaflai TTt»[ü«i irp6T«mi.(F. 4, a. Édit. Aid. >534.), Pour juger combien Pacius est inexact aussi à l’égard d’Alexandre ( dont leaauuuuitMiM sua le néon,/ livre de» Premiers Analytiques où se I rouie le pawqp en qywstioa est encore luauutrril et probablement corrompu ) il auSi| de rapprocher son commentaire du premier livre des Premiers Analytiques ( F.
" Il uVn 4il rien «fV^etl^rmrnf . ( T«. P.)
tely. Nous ne connaissons pas , à la vérité, de logicien qui ait clairement défini le caractère propre de l’induction dialectique, et il y en a peu qui ne soient tombés sur oe point dans les plus grosses erreurs. La doctrine d’Aristote , quoique assez maigre , est exacte en substance ; mais les logiciens postérieurs , en essayant de perfectionner la doctrine du maître , n’ont fait que la corrompre au lieu de la compléter. Comme la principale cause d’erreur est ici dans la confusion , nous simplifierons la question par quelques distinctions et exclusions préalables.
Le mot induction ( iwxywyîj ) a été employé pour désigner trois choses fort différentes : i° la méthode
7, a. b. Édit. Aid. 1 5 34 ) de celui des Topiques. ( p. 6, 7. Édit. Aid. 1 5 1 3.) Nous citerons ce dernier. Parlant delà défiuition du syllogisme par Aristote, Alexandre dit : «Tiôsvruv Si rîirtv «XX* ou nêtVroç, mç uvi; àÇioümv , amwpsvoi tôv Xo'y&v , ptraStv crjXX&*p<mx<j; ’ évô; rtÔmo; Æsuwtûu àXX’ ix Jûo ri s>.dxi(n-ov Où; fàp ci irtpi Avrirarpov ( Tarsensem Tyriumve ?) p.&voXisp.
parcj; cuXXo'yiap.où; Xifcuoiv , ovx liât auXXo^i<yjiol àXX’ ivàttüç ipwrmvrcti
Teieôrct Si liai xoù ot prrropixà ooXXo-pojAôi , où; ivtop.iip.a?a M-j'Qp^v* fat *jàp «v ixtîvctç Scxii ^viaOeu Ætà pua; irporoîaiw; ouXXo^Krpi; , tw nfjv irtpav
*yvwptp.ov cooav ùtto £i/.x<rrâ>v , f, twv àxpoaTwv irpotmôioéai" oîov, x. r. X.
Aîo éo£i ot Totoôrot xuptw; oyXX^oaà , âXXà tô ûXov, ^rrroputot ouXXo^qjaol^ 'Etp’ uv ouv p.71 *pcûpip,civ tort rô ira^ aXiurojavov , eux joûrwv oîôv ri
rdv Si' tvOuuvijxaro; *jî*yvtoûau ovXXo'popov* xat *y«p xai air’ àuToû toù ovo'pu ito; ooXXo^icaô; <rjv6t<nv -nva Xo’*|wv foixi «rr.uauvttv* wOTTtp xxt c aoiujiwpiopic , — - Ces passages prouvent évidemment contre Pacius : x* Que 1 ’Evôûp.rsp.oc était employé parles pins anciens commentateurs d’Aristote dans le sens moderne, comme un syllogisme dont une seule des prémisses est exprimée; et a° que le ouXXofiapi; p lovoXxauaroc n’était pas un t#r^e4® ’école aristotélique , mais de la stoïcienne. Boé1 e et tons les derniers logiciens grecs appuient l’opinion commune. Leur autorité est cependant de peu de poids et le résultat général de notre argument subsiste. Il e*t inttlile de dire que Pacius est suivi dans ces erreurs par Corydaleus et Facciolati.
LOGIQUE
objective de rechercher les faits particuliers , comme base préparatoire de la conclusion ; une conclusion matérielle du particulier au général , garantie soit par les analogies générales de la nature, soit par des présomptions particulières fournies par la matière même d’une science réelle quelconque; 3° une conclusion formelle de l’individuel à l’universel , légitimée seulement par les lois de la pensée, et abstraction faite des conditions de toute matière particulière.
Il est évident que le premier de ces procédés, étant une méthode inventive, sort de la sphère d’une science critique; et l’induction, entendue dans ce sens abusif du mot, n’a même jamais été attribuée à la logique. Les logiciens, toutefois, ont confondu le second et le troisième en un seul , et les ont faussement , à tous égards, considérés comme une opé- , ration logique pure et simple. Cependant , rien de plus clair qu’ils constituent deux actes distincts , et que le second n’est pas proprement un procédé logique. En logique , toute conclusion est déterminée ratione former , la conséquence étant nécessairement renfermée dans la conception même des prémisses. Dans cette seconde espèce d’induction, au contraire, la conséquence a lieu vi materiœ, en vertu d’éléments non contenus dans la notion de l’antécédent. Ainsi , pour prendre l’exemple cité par le Dr Whately, le naturaliste qui de cette proposition : « Le bœuf, le mouton, le daim, la