I.0GIQÜE
« chèvre (c’est-à-dire quelques) , animaux à cornes, « ruminent , » tire cette conclusion : « Tous les ani- « maux à cornes ruminent , » peut bien avoir une garantie dans les probabilités matérielles de sa science; mais sa conclusion est vicieuse logiquement. Ici la conséquence n’est pas nécessitée par les lois de la pensée. Le quelque de l’antécédent, n’étant pas pensé comme contenant ou constituant le tout de la conclusion, ne peut pas le déterminer mentalement, et pour prouver la vérité d’une telle conclusion il faut sortir de la sphère de la logique. Or, c’est ce qu’ont fait généralement presque tous les logiciens jflls ont divisé l’induction en parfaite et imparfaite , selon que le tout conclu était inféré de toutes ses parties constituantes ou seulement de quelques unes. Ils s’enfermaient ainsi dans une double absurdité; car, d’une part, ils admettaient la légitimité de la conséquence de l’induction imparfaite, tout en avouant qu’elle n’est pas forcée et nécessaire , ( comme si la logique pouvait conclure avec un degré de certitude inférieur au plus élevé) ; et d’autre part , ils prétendaient soutenir sa faiblesse en appelant à son aide des données réelles, physiques, psychologiques ou métaphysiques, que la logique ne saurait connaître comme science formelle, ni admettre comme science apodictique. C’était là un corollaire de l’erreur fondamentale déjà signalée, la non-exclusion de toute modalité matérielle dans la logique. On établit donc qu’en ma-
a46 LOGIQUE.
tière nécessaire , l’induction imparfaite était nécessairement concluante, comme si la logique pouvait savoir ce qu’est une matière nécessaire , et comme s! cette matière n’eût pas été déjà un sujet fréquent de dispute dans les sciences objectives ellesmêmes.
Les deux premiers procédés auxquels on a donné lè ûom d'induction étant ainsi exclus , il nous reste, setflèmèrtt à expliquer en peu de mots cette sorte d’indücfloû qui èst exclusivement propre à la logique, màlè dont la nature a été entièrement méconnue par ptéSque tous les logiciens. ^
La logique ne considère pas les choses^ comme elles existent réellement et en elles-mêmes, mais seulement les formes générales de la pensée sous lesquelles l’esprit les conçoit. Pour parler comme l’école, la logique he s’exerce pas sur les notions premières , mais stlr les notions secondes *. Par conséquent, la conclusion logique n’est pas déterminée par un rapport objectif de Causalité existant entre les termes des prémisses et la conclusion , mais uniquement pài* le rapport subjectif de Raison et de Conséquence, sous lequel ces termes sont posés dans là pensée. La notion conçue comme déterminante est la toison ou l’ antécédent , la notion conçue comme déterminée est le conséquent. Or, l’esprit ne peut penser deux notions sous la relation formelle de ràisoh et de Conséquence que dans l’un ou
1 Toj*« plu» haut U note de la page a «S. ( L. P. )
LOGIQUK. 247
l’autre de ces deux inodes : ou bien la notion déterminante doit être conçue comme un tout, contenant (et par conséquent nécessitant) la notion déterminée conçue comme la partie ou les parties contenues ; ou bien la notion déterminante doit être conçue comme les parties , constituant ( et par conséquent nécessitant) la notion déterminée, conçue comme le tout constitué par elles. Considérés abso- , lu ment et en eux-mêmes , le tout et toutes les parties sont identiques ; mais, relativement à l’esprit ils ne le sont pas; car, dans l’ordre de la pensée (et la logique n’a pour objet que les lois de la pensée), on peut concevoir d’abord le tout et le diviser ensuite en ses parties par une analyse mentale, ou concevoir d’abord les parties , et les réunir ensuite en un tout par une mentale synthèse. La conclusion logique est donc de deux espèces , et de deux seulement ; elle peut aller soit du tout aux parties, soit des parties au tout; et rien ne peut être le terme d’une argumentation logique qu’à titre de tout constitué ou contenant, ou de partie cônstituantê ou contenue.
Avant d’aller plus loin , cependant , 11 convient de s’expliquer sur la nature du tout et de )a partie , objets île la logique. Ce ne sont pas des existenéés réelles ou essentielles, mais des créations de l’esprit lui-même, dans son opération secondaire sur les objets primitifs de la connaissance. On peut concevoir les choses comme étant les rnrtues , en les con-
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cevant comme sujets du même attribut ou ensemble d’attributs ( c’est-à-dire de la même nature); étant conçues comme les marnes , elles peuvent être conçues comme parties constitutives d’un tout et contenues dans ce tout ; et puisqu’elles ne sont conçues comme les mêmes qu’en étant conçues comme sujets d’une même nature, cette nature commune peut être prise pour ce tout. Un tout logique ou universel s’appelle un genre lorsque ses parties sont aussi des tous contenants, c’est-à-dire des espèces; il s’appelle une espèce lorsque ses parties ne sont que des parties contenues , c’est-à-dire des individus.
Si tels sont la nature et les rapports du tout logique et de ses parties r on voit évidemment quelles doivent être les conditions sous lesquelles les deux modes de conclusion logique sont possibles. L’un de ces modes , celui qui procède du tout aux parties , est le raisonnement déductif ( ou le syllogisme proprement dit); l’autre, celui qui procède des parties au tout, est le raisonnement inductif. Le premier est gouverné par cette règle : ce qui appartient ( ou n’appartient pas) au tout contenant, appartient (ou n’appartient pas) à chaque partie et à toutes les parties contenues. Le second, par celle-ci: ce qui appartient (ou n’appartient pas) à toutes les parties constituantes, appartient (ou n’appartient pas) au tout constitué. Ces règles déterminent exclusivement toute conclusion formelle : les outrepasser ou les violer, c’est outrepasser ou violer la logique ; toutes
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deux sont également absolues. Il ne serait pas moins illégitime de transporter, parle syllogisme déductif, un attribut appartenant au tout, à quelque chose qui n’y serait pas censé contenu comme partie , que de conclure du tout , par le syllogisme inductif, quelque chose qui ne serait pas conçu comme un prédicat de toutes ses parties constituantes. Dans les deux cas , le conséquent n’est pas pense comme déterminé par l’antécédent; les prémisses ne renferment pas la conclusion.
Les procédés déductif et inductif sont des éléments également essentiels de la logique : ils se supposent réciproquement. Le premier n’est possible qu’à travers le second, et le dernier ne vaut qu’en réalisant la possibilité du premier. Comme notre connaissance débute par l’appréhension des choses individuelles, l’universel n’est qu’une connaissance de seconde main. Le raisonnement déductif n’est donc pas un procédé original et indépendant. La proposition majeure universelle dont il fait sortir la conclusion est nécessairement elle - même la conclusion d’une induction antérieure, et, médiatement ou immédiatement, une conséquence fournie par les objets individuels de la perception et de la conscience. Ainsi donc la logique peut, comme science délimitée et indépendante, justifier également la pureté formelle de la conclusion synthétique par laquelle elle s’élève aux touts , et celle
tOGlQUE.
de la conclusion analytique par laquelle elle redescend aux parties.
Non seulement la possibilité du syllogisme déductif dépend, sous un point de vue général, de l’inductif; mais il faut remarquer, en outre , ce qui n’a pas été fait encore , que le premier est dans l’ensemble et les détails, dans le tout et les parties, dans le but et les moyens, en perfection et en imperfection , précisément la contre-partie retournée du dernier. Les tentatives de presque tous les logiciens, sauf (peut-être)1 Aristote, pour assimiler et même identifier les deux procédés , en réduisant le syllogisme inductif aux propriétés schématiques du déductif, ayant toutes pour origine une notion complètement erronée sur leur analogie et leur différence, ont contribué à envelopper la doctrine de l’induction logique d’un nuage d’erreur et de confusion. L’argument inductif est aussi indépendant et aussi susceptible d’analyse que le déductif, quoiqu’il soit beaucoup moins compliqué; il est gouverné par ses propres lois , et doit être apprécié dans sa nature propre. La corrélation des deux
1 Ce peut-être est fort juste, car il n’est pas tout à fait certain qu’Àristote ait donné au syllogisme inductif une forme absolument indépendante. Il serait même plus probable qu’il l’a assiinilf au déductif puisqu’il semble prescrire ( Analrt. Prior. II. a3. $ 4.) de convertir la miueure pour légitimer la conclusion universelle t ce qui le transforme en un syllogisme de la première figure (in /iqràara), C'eit même ce passage qui a pù entraîner les logicieiM postérieurs, quoiqu’il puUse être in’erprété différemment- ( L. P. )
LOGIQUE. à5r
modes devient surtout frappante , si on emploie les mêmes signes pour formuler l’opération ascendante du syllogisme inductif, et l’opération descendante du déductif.
Inductif,
X , Y , Z sont A ;
X, T, Z «ont (le tout) B} donc B est A.
eu bien :
A contient X, T, Z;
X, T, Z constituent B; donc A contient B.
Déductif.
B est A;
X , X , Z sont ( en ) B ; donc X, X, Z sont A.
ou bien:
A contient B ;
R cont ent X , T, Z; donc A contient X , T , Z.
Ces deux syllogismes présentent, chacun dans son espèce , une figure naturelle et parfaite ; c’est ce qu’on ne contestera pas du moins du déductif, qui est de la première figure. Mais l’inductif apprécié , commeonl’a toujours fait, d’après le typedu déductif, paraîtra un véritable monstre. 11 semble appartenir à la troisième figure mais, contre la règle de cette figure, il offre une conclusion universelle. ( V. Analyt. pr., i, aa, § 8.) Mais, si nous exami-
I Nous disons : — il temble , parce que , quoique les logiciens le prétendent, cela n'est pas. L’erreur résulte de l’ambiguité de la copule ou verbe substantif, qui exprime tantôt sont contenues en, tantôt constituent. Ainsi en prenant !’rximple d'Aristote :
L'homme, le cheval, le mulet sont d’une longue vie.
L’homme , le cheval , le mulet sont la classe entière des animaux dépourvus de bile.
Donc la classe entière des animaux dépourvus de bile est d’une longue vie.
II est évident qu'ici le sujet est dans un rapport très di.férent avec son prédicat dans la prémisse majeure et daus la mineure, quoique dans les deux la liaison soit exprimée parla même copule. Dans la première le mot sont signifie que le prédicat détermine le sujet comme partie contenue ; et dans la seconde »
LOGIQUE
nons la chose plus profondément et plus complètement , nous penserons bien différemment. En premier lieu , nous voyons que les deux syllogismes offrent un rapport tellement régulier d’opposition et de similitude que la perfection de l’un étant admise, on est conduit, par analogie, à supposer la perfection de l’autre. Dans les propositions , l’ordre des termes n’est pas changé; mais l’ordre des propositions elles-mêmes est renversé , la conclusion de l’un des syllogismes formant la majeure de l’autre. Quant aux termes , le grand est commun à tous deux, mais le moyen terme de l’un est le petit terme de l’autre. Dans la prémisse mineure coinnyinc, les termes, quoique identiques, ont une relation différente dans la pensée, par suite de la nature différente du procédé. Dans le procédé inductif, les parties étant conçues comme constituant le tout, sont la notion déterminante; tandis que dans le déductif, les parties, étant conçues comme conte-
il signifie que le sujet détermine le prédicat en le constituant un tout ; absolument comme s’il y avait :
Vivent long-temps — contient — homme, cheval, mulet.
Homme, cheval , mulet — constituent — animal dépourvu de bile.
Donc, vivent long-temps — contient — dépourvu de bile.
Les logiciens ont presque tous négligé d'analyser le raisonnement inductif, comme procédé indépendant, et ils ont tenté de le soumettre aux conditions du déductif. Cette omission et cette tentative sont la cause ou l’effet d'une lacuue originelle dans leur langage technique. Ils n’ont pas de terme pour exprimer la synthèse d'un tout logique. Le mot constituer que nous avons employé forcément pour ce but désigne proprement le rap|»rt d'un tout essentiel ( physique ou métaphysique) avec ses parties.
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nues dans le tout , sont la notion déterminée. Mais , en second lieu, quelque différents que paraissent en figure et en proportion ces deux syllogismes , comparés à cette étroite mesure , nous verrons , en recourant à une mesure plus haute , que la perfection de chacun est exclusivement réglée par un principe général commun. Dans tout syllogisme la perfection de la figure consiste en ce que le moyen terme doit être la notion déterminée dans la proposition , la notion déterminante dans l assomption '. Cette condition est réalisée dans la première figure du syllogisme déductif; le moyen terme y est le sujet (la notion contenue déterminée ) dans la proposition , et le prédicat ( la notion contenante ou déterminante ) dans l’ajjs^nption. Pareillement dans notre syllogisme inductif, le moyen terme est le sujet ( la notion contenue, déterminée) dans la proposition, et la notion constituante (déterminante) dans l’assomption. Ainsi donc, non seulement les syllogismes déductif et inductif sont, dans un sens général, des procédés inverses, mais encore la figure parfaite de l’un est l’évolution ou l’enroulement de la figure parfaite de l’autre. La même analogie se montre dans leurs imperfections. Prenons pour exemple ce que les logiciens ont donné , en général ,
' Vasiomption dans un syllogisme est la prémisse mineure , et la propotitiun est la majeure. C’est ainsi que les deu* prémisses sont désignées |>ar Cicéron et Boére, et en général par les litgiriens latins. r !.. P. )
LOGIQUE
comme une figure parfaite , mais qui n’est en réalité qu’une perversion contre nature du syllogisme inductif (je veux dire sa réduction à la première figure en transposant les termes de la mineure), nous trouverons que son renversement en un syllogisme déductif ne donne , comme on devait le prévoir, qu’une imperfection analogue (dans la troisième figure ).
Inductif.
X, T , Z sont A B est X, T, Z; donc £ est A.
ou b ien :
A contient X , T , Z X , X , Z contiennent B donc A contient B.
Dcducti).
B est A,
B est X, T, Z; donc X, T, Z sont A.
ou bien :
A contient B.
X , y , Z contiennent B donc A contient X , y , Z.
Nous disons que c’est là une perversion contre nature du syllogisme inductif, parce que dans la mineure convertie les parties constituantes sont changées en un tout contenant , et que le tout contenant devient un sujet contenu sous ses parties constituantes.
Après avoir ainsi indiqué notre opinion sur la vraie nature de l’induction logique, revenons à notre auteur.
La doctrine du Dr Wliately sur l’induction se trouve résumée spécialement dans deux passages rque nous citerons. Voici le premier: « La logique
LOGIQUE. a55
« ne s’occupe point de V induction, ou du raison- « iiement à priori , etc., comme formes distinctes « d’argument ; car si on les réduit en forme syllogis- « tique , et si on substitue des lettres de l'alphabet « aux termes ( et c’est ainsi qu’un argument tombe « proprement dans le domaine de la logique), il « n’y a plus de différence entre les deux raisonne- « ments ; exemple : La propriété qui appartient au « bœuf, au mouton , au daim , à la chèvre et à l’an- « tilope, appartient à tous les animaux à cornes; la « rumination appartient à ceux-ci : donc elle appara tient à tous. Gît argument, qui est inductif, « est évidemment un syllogisme in barbara. L’es- « sence d’un argument inductif ( ainsi que de toutes « les autres espèces de raisonnement), consiste non « dans la forme de C argument , mais dans la re- « lation de la matière des prémisses avec la con- « clusion (p. no.) » Voici l’autre passage: « Dans « le procédé de raisonnement par lequel nous con- « cluons de l’observation de certains cas connus à « d’autres cas inconnus , nous employons un syllo- « gisme in barbara , dont la majeure est supprimée; « celle-ci étant toujours la même en substance , « savoir : ce qui appartient à l’individu ou aux « individus que nous avons examinés, appartient à « la classe entière dont ils fout partie » (p. aiü). Cette théorie n’est d’accord ni avec la doctrine aristotélique, ni avec la vérité.
T Ai silence de notre auteur doit nous faire pré-
sumer qu’il n’a pas cm s’être écarté en rien d’essentiel de la doctrine d’Aristote, dans son analyse du procédé inductif. Il parait n’avoir étudié cette doctrine ni dans l’Organon , ni dans aucun de ses interprètes authentiques; et on ne saurait imaginer rien de plus opposé que la pensée du philosophe et celle du Dr Whately sur ce sujet. Aristote regarde les syllogismes inductif et déductif comme semblables dans la forme, sous certains rapports, et sous d’autres, comme diamétralement opposés; le Dr Whately les considère comme identiques formellement, et distingués seulement par une différence matérielle, c’est-à-dire, logiquement parlant , par une différence nulle. Aristote regarde le syllogisme déductif comme l’analyse d’un tout logique en ses parties , comme une descente du plus général au plus particulier; et l’inductif, comme la synthèse des parties logiques en un tout logique , comme une ascension du plus particulier au plus général. D’un autre côté, le Dr Whately anéantit virtuellement le dernier de ces procédés , et identifie la conclusion inductive avec la déductive. Pour Aristote , la déduction est nécessairement dépendante de l’induction ; il soutient que les axiomes les plus élevés et les plus universels, qui constituent les propositions premières et immédiates de la première, sont tous des conclusions préalablement fournies par la seconde. Whately, au contraire , maintient implicitement l’indépendance du syllogisme proprement dit , puisqu’il considère les
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conclusions inductives comme de simples conséquences tirées d’une majeure plus universelle. Aristote ne reconnaît qu’une induction parfaite, c’est-àdire une énumération (actuelle ou présumée) de toutes les parties. Le Dr Whately n’admet qu’une induction imparfaite, c’est-à-dire une énumération avouée de quelques parties seulement. Pour Aristote, l’induction est un syllogisme, en apparence. , de la troisième figure; pour le Dr Whately, de la première. Si le Dr Whately a raison, Aristote a fondamentalement tort : tort d’admettre le raisonnement inductif dans la sphère de la logique , tort de distinguer l’induction du syllogisme, tort dans tous les détails de l’opposition des deux théories.
Mais il est évident que le philosophe n’est pas dans l’erreur, et que la doctrine de l’archevêque se détruit palpablement elle-même. Dans sa théorie, le raisonnement inductif est un syllogisme in Barbara, « la prémisse majeure restant toujours la « même en substance : ce qui appartient à un indi- « vidu ou aux individus observés appartient à la « classe entière dont ils font partie. » Or, nous le demandons , de quelle manière obtenons-nous cette majeure dont toute induction ne serait que le développement? A cette question, il 11’y a que quatre réponses possibles. i° Cette proposition ( comme le dictum de omni et nullo , et comme l’axiome de la convertibilité du tout et de ses parties), est, dirat-on , évidente en soi ( analytiquement ) , sa négation
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impliquant contradiction. Cette réponse est manifestement fausse; car, loin d’étre nécessitée par 'es lois de la pensée, la proposition est en opposition à ces lois, le tout du conséquent n’étant pas déterminé dans la pensée par le quelque de l'antécédent. i° On peut dire qu’elle a été acquise par induction ; mais cela serait absurde, puisque l’induction n’est elle-même possible, ex hypothesi , qu’à travers et après le principe qu’on voudrait maintenant lui faire créer. Voilà pour la proposition conçue comme ün tout. Il en est de même de ses parties. Une classe est une notion formée elle-même par induction; elle ne peut donc être posée comme un précédent ou un élément de ce procédé même. La même remarque s’applique à la propriété. 3“ On peut prétendre qu’elle est déduite d’un axiome supérieur; mais alors quel est cet axiome? C’est ce qu’on ne dit pas; et s’il existait un tel axiome, il y aurait les mêmes questions à faire sur son origine. 4° pourrait dire qu’elle est donnée Synthétiquement ( comme dirait Kant), comme un principe primitif de notre constitution intellectuelle. Mais cela ne se peut; car en premier lieu, si un tel principe existe, il incline seulement , il ne nécessite pas; et, en second lieu, en l'invoquant, nous dépasserions notre science, nous confondrions le logique et le formel avec le métaphysique et le matériel. En troisième lieu, enfin, ce serait vouloir prouver une loi logique par une
DigitafidJ
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observation psychologique , c’est-à-dire établir une science nécessaire « priori sur une expérience précaire; expérience admise peut-être par les disciples de Reid et de Royer-Collard, mais non par ceux d’Aristote et de Locke '. Les logiciens , nous l’avons déjà remarqué , ont commis une erreur fondamentale en fesant entrer dans leur science la distinction de l’induction parfaite et imparfaite, puisque cette distinction repose sur une différence purement matérielle , et par conséquent extra-logique.
Mais, dans cette erreur même, le Dr Whately surpasse tous les logiciens, en n’admettant d’autre induction que celle qui ne vaut que précairement, et seulement au moyen d’une présomption extralogique. Cette prémisse majeure commune, si on l’admet comme nécessaire, ést (formellement et -,
matériellement) fausse; si 011 l’admet comme probable, elle est (formellement) illégitime, sinon même ( matériellement ) fausse, par cette double raison que tout degré inférieur de certitude est incompatible avec une science apodictique , et qu’il faut tirer cette certitude ( si on ne la suppose pas arbitrairement ) d’une évidence fondée sur des conditions matérielles étrangères à une science formelle.
1 « C’est par induction que tous les axiomes sont connus , comme , par « exemple : les choses qui sont égales à une même chose sont égales entre elles.
• le tout est plus graïufque ses parties, et les autres axiomes mathématiques. »
Huyshc , p. i3a. La même doctrine est soutenue par lidl , p.176. Est-ce donc là la métaphysique à' Oxford?
LOGIQUE
Le Dr WhateJy n’est pas moins malheureux en réfutant les opinions des logiciens sur l’induction qu’en établissant la sienne : « Dans ce procédé , « dit-il , nous employons un syllogisme in Barbara « en supprimant la majeure, et non pas la mineure, « comme le dit Aldrich. L’exemple qu’il donne suf- « fira pour le prouver : « Cet aimant-ci , cet aimant- « là, et cet autre encore, attirent le fer; donc tous « l’attirent. » Si c’était là , comme il le prétend , un « syllogisme dont la mineure est omise , la seule « prémisse possible pour, le compléter serait celle-ci : « tous les aimants sont celui-ci , celui-là , et l’autre ; « laquelle est évidemment fausse. » ( P. a 1 7.) Aldrich a déjà bien assez de ses erreurs sans qu’on le charge des péchés des autres; or, on le blâme ici d’avoir dit simplement ce qui avait été dit déjà, sans que son critique paraisse s’en douter , par tous les logiciens antérieurs. La mineure supprimée reçut même dans les écoles le nom de coi}stantia ; et ce ne fut qu’à l’époque de Wolf1 qu’une doctrine de nouvelle invention , semblable , sous ce rapport , à celle du Dr Whately, remplaça en partie la théorie plus ancienne et plus exacte. « Dans l’exemple d’ Aldrich, « dit notre auteur, la prémisse mineure supprimée : « tous les aimants sont celui-ci, celui-là , et l’autre, a est évidemment fausse. » Pourquoi ? est-ce parce que la proposition affirme que trois aimants donnés
1 On trouverait déjà des germes de cette doctrine dans Gassendi. OPERA, tom. I. Instit. log.y pars ni, c. xx. ( L. P. )
LOGIQUE
(celui-ci , celui-là et l’autre), sont tous les aimants ? Même en l’admettant, l’objection est nulle. Le logicien a parfaitement le droit de supposer dans un exemple une fausseté matérielle quelconque; tout ce qu’on lui demande , c’est que son syllogisme soit correct formellement. La logique ne prouve que sur la vérité hypothétique des antécédents. L’exemple d’induction donné par Aristote est faux physiologiquement, ainsi que l’a remarqué Magentinus; mais il n’en est pas pour cela plus mauvais comme exemple dialectique. L’objection est donc tout-àfait extra-logique. D’ailleurs, ce n’est pas là, en fait, le sens de la proposition. Dans l’original, les mots hic et il/e et iste magnes sont censés signifier tout aimant quelconque; Aldrich emprunte son exemple à Sanderson , chez lequel il se trouve mieux développé : « Iste magnes trahit ferrum , et « ille, et hic , et pariter se habet in reliquis, etc. » Peut-être aussi, et c’est la seule alternative possible, le Dr Whately regarde-t-il cette proposition comme « évidemment fausse , » par la raison que l’observation, quelque étendue qu’elle soit, ne pourrait jamais atteindre « tous les aimants. » Mais cette objection sort pareillement du domaine de la science. Le logicien , en tant que logicien , ne sait rien de la possibilité ou de l’impossibilité matérielles; pour lui tout ce qui n’offre pas de contradiction dans les termes est possible. Aussi le présent est -il la seule manière logique d'énoncer la proposition. Le
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physicien assure, d’après les analogies de sa science, que cet aimant-ci, celui-là, et l’autre, etc., a repré- « sentent tous les aimants » ; le logicien accepte la proposition , et l’assujettissant aux conditions et la traduisant dans la langue de la sienne, il dit : Cet aimant, celui-là et l’autre, etc., sont tous les éléments, c’est-à-dire sont conçus comme constituant le toutaimant.
Les erreurs du Dr Whately, relativement à la nature de l’induction et à la doctrine aristolélique sur ce point, sont pourtant surpassées par celles d’un autre habile écrivain , M. Ilampden. Les erreurs de ce denier sont d’autant plus inconcevables qu’il déclare avoir apporté une attention toute particulière à ce sujet, qui, dit-il, «mérite d’être « spécialement étudié, parce qu’il jette beaucoup de « jour sur toute la méthode philosophique d’Aris- « tote , et montre en même temps combien ce philo- « sophe approcha de l’induction de la philosophie « moderne. »
« Pour avoir ( dit M. Hampden ) une notion précise de ce qu’est une chose, on en demande la définition. La définition d’une chose correspond , en dialectique, à la notion essentielle de cette chose en métaphysique. Celle notion abstraite constituant ainsi, selon Aristote, la véritable vue scientifique d’une chose, et tonte connaissance réelle des propriétés de la chose dépendant par conséquent delà juste limitation de cette notion, il était indispensable qu’un tel système de philosophie possédât quelque, méthode exacte pour arriver à des définitions qui exprimeraient ces limitations et serviraient de principes aux
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sciences. Or, pour obtenir la définition, il faut recourir & un procédé d’induction ; non point à cette espèce d’induction , simple forme particulière du syllogisme , qui énumère tous les individus compris dans une classe au lieu d’énoncer collectivement la classe entière; mais une induction d'un caractère philosophique et qui ne diffère de l’induction de la philosophie moderne qu’en ce qu’elle est appliquée au langage. Nous essayerons de le démontrer plus complètement. Aristote n traité de deux espèces d'induction. La première est celle de simple énumération. »
Après avoir expliqué la première espèce , et, en fait, la seule espèce d’induction, M. Hampden continue :
° Mais il y a en outre une espèce d’induction plus élevée employée par Aristote, et expressément indiquée par lui commo propre à favoriser l’acquisition des notions exactes des choses, en nous conduisant & leurs justes définitions par les mots. Comme les mots, considérés dans un point de vue dialectique, sont des classes plus ou moins compréhensives d’observations de choses, il est évident qu’on doit approcher graduellement de la définition d’une notion individuelle quelconque en indiquant la classe contenue dans une autre classe, jusqu'à ce qu’on ait rétréci l'étendue de l’expression autant que la langue le permet ’. Les premières définitions d’un objet sont vagues, n’étant fondées que sur quelques ressemblances très apparentes avec d’autres objets qu’on lui compare. Ce point de ressemblance, étant abstrait dans la pensée, devient ensuite, exprimé dans le langage , un genre ou classe dans laquelle l’objet nous parait comme contenu. Un examen plus attentif nous fait découvrir des points de ressemblance plus cachés entre cet objet et quelques-uns de ceux avec lesquels
' Jnalyt. pott. Il, c. l3. — Zr.nïv ii î lï (mSXtlccvr* tiù tk iptia ne iiiïîf'.pa, itpwTGv ri mrotvT* rauriv trouât , ». r. X. p. j^S. Durai.
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nous l’avions d’abord classé. Poursuivant ainsi notre analyse, et donnant par la puissance de l’abstraction une existence indépendante à ces points successifs de ressemblance, nous obtenons des genres secondaires ou espèces, des classes subordonnées renfermées dans la classe originaire par laquelle le travail de l’abstraction avait commencé. Comme ces diverses classifications sont relatives l'une à l'autre et dépendent toutes de la classe établie au début, la définition de chaque notion exige une énumération successive des différentes classes dans l’ordre de l'abstraction, et c’est à cause de cela que la définition consiste, techniquement parlant, dans le genre et la différence ; le genre étant la première abstraction ou classe à laquelle l’objet est d'abord rapporté , et la différence consiituant les classes subordonnées dans la même ligne d’abstraction. Or, le procédé à l’aide duquel nous découvrons ces genres successifs est rigoureusement un procédé d’induction philosophique. De même que dans la philosophie de la nature en général, nous prenons certains faits pour bases de notre recherche . et procédons par l’exclusion et le rejet des principes impliqués dans la recherche, jusqu’à ce qu'enfln, ne trouvant pas de motifs de pousser plus loin les exclusions, nous concluons que nous possédons les vrais principes de l’objet examiné ; de même, dans la philosophie du langage, il nous faut procéder par l’exclusion et le rejet des notions enveloppées dans le terme général dont nous partons, jusqu’à ce que nous atteignions les limites de la notion sur laquelle porte notre recherche. On effectue cette exclusion dans le langage en annexant au terme général qui exprime la classe à laquelle l’objet est primitivement rapporté, d’autres termes qui ne contiennent point les objets ou notions auxquels s’applique le terme général. De celte manière , en effet, bien que chacun des termes de la définition s’étende, pris séparément, à plus de choses qu’à l’objet défini , il n’en est pas de même si on les considère tous ensemble; et c'est leur rapport commun et subordonné sur un point qui constitue l'être de la chose. Aristote l’explique do la manière suivante : « Si, >• dit-il, nous voulons savoir ce qu’est la magnanimité, nous
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« devons considérer dans certaines personnes magnanimes < que nous connaissons, quelle est la chose qu’elles possèdent «toutes en commun, comme telles. Ainsi, par exemple, « Alcibiade, Achille, Ajax, étant magnanimes, se demander « qu’ont - ils de commun ? C’est de ne pas supporter les « affronts: car le premier fit la guerre pour celte cause, le « second entra dans une colère implacable, et le troisième se « donna la mort. Ensuite, en prenant d’autres exemples, tels « que Lysandre et Socrate, nous trouvons que ceux-ci avaient a cela de commun de n’fitre affectés ni par la prospérité « ni par l’adversité. Enfin uous examinerons, en comparant « ces deux cas, si cette indifférence à l’égard des événements, « et cette impatience des affronts ont quelque chose de com- « tnun ; et si ces choses n’ont rien de commun, il en résultera « qu’il doit y avoir deux espèces de magnanimité. » (P. 5i3.)
M. Hampden établit ensuite, inter alia , que l’induction d’Aristote « ayant pour but de déterminer « par les mots la notion de l’être des choses, part, « conformément à la nature du langage , du général « et se termine dans le particulier ; tandis que l’in- « vestigation d’une loi de la nature commence par a le particulier et finit par le général. L’induction « dialectique est synthétique dans son résultat, et « l’induction philosophique analytique. »
C’est d’après ce principe qu’il explique le sens du mot induction ( éwaywyvi), et qu’il défend l’induction d’Aristote contre les attaques et le dédain de lord Bacon.
Nous avions toujours cru que tout traité de logique devait expliquer les deux grandes méthodes de rechercher la définition ; mais, en parcourant les ou-
vrages d’Oxford sur cette science , nous avons reconnu avec surprise que, ce sujet, entre autres points importants, avait été omis dans tous. Ceci nous fait en partie comprendre comment M. Hampden a pu , sur un sujet aussi élémentaire , se tromper au point de prendre tout-à-fait au rebours non-seulement la doctrine d’Aristote , mais encore celle de tous les autres philosophes. Peu de mots suffiront pour montrer la nature de son erreur.
Dans le treizième chapitre (division de Pacius), du second livre des Derniers Analytiques , Aristote traite de la manière d’aller à la chasse ', comme il dit, de la nature essentielle ( tô ti ici, quidditas ) d’une chose , dont l’énonciation constitue sa définition. On peut y arriver par deux voies contraires. Par l’une, on peut descendre de la catégorie ou du genre le plus élevé de la chose à définir, en le divisant et subdivisant par les différences opposées, jusqu’à ce qu’on arrive au genre dans lequel la chose est le plus immédiatement contenue ; et ce dernier genre, en y joignant la différence spécifique qui le divise , sera la définition cherchée. Par l’autre méthode, on peut remonter des notions individuelles contenues dans la chose à définir ( laquelle est nécessairement un universel ) par l’exclusion de leurs différences , jusqu’à ce qu’on atteigne une attribution commune à toutes, la-
1 e»più». Analvt. prior, Lib. I, c. ïo, § i. et An. Post. II, i3. t. (L. P.)
LOGIQUE
quelle donnera la définition voulue. La première de ces méthodes est appelée par Aristote, après Platon , méthode de division ; le genre supérieur étant considéré comme le tout ( universel ) , et les genres subalternes et espèces comme les parties (subjectives) dans lesquelles il est divisé. Ici la totalité est déterminée par l 'extension. La seconde méthode décrite aussi par Aristote, mais sans dénomination aucune , a été diversement nommée par ses disciples. Quelques-uns, par exemple les commentateurs grecs, considérant la totalité comme déterminée par la compréhension , regardent les notions individuelles cortme autant de touts essentiels dont l’attribut commun ou la définition est une partie, et, en conséquence, ils appellent ce moyen de découvrir l’essence, méthode analytique ; quelques autres, prenant le genre pour le tout, et les espèces et individus pour les parties, l’appellent la méthode composante ou synthétique , ou collective 1 ; tandis que d’autres enfin, ne s’attachant
1 « A certains égards , dit Aristote, le genre est dit ooe partie des es- « pèoes ; è certains autres l’espèce une partie du genre. » ( Métaphys. liv. y. c. a 5. ) Pareillement la même méthode , considérée sous des rapports différents . peut être appelée analyse ou synthèse. Mais une chose qu’on ne sait pas , et qui même n’a pas élé remarquée , c’est que les logiciens et les philosophes , tout en employant souvent ces termes dans un sens unique , se contredirent mutuellement . L’un appelle synthèse ce que l’autre appelle analyse ; et cela dans les temps anciens comme dans les temps modernes. Le mieux serait , selon nous , de régler l'usage de ces mots d'après la notion du tout et des parties, de quelque genre que ce soit. C'est ainsi que nous l'entendons , et le professons expressément. M. Haropden fait de même.
LOGIQUE
qu’à la marche du procédé même, du particulier au général , le nomment inductif. Nous ferons comme ces derniers.
Maintenant , dans le chapitre dont il s’agit Aristote examine et compare ces deux méthodes. A l’égard de la division ( § 8-20) , il fait voir, d’une part (contre Platon qui n’est pas nommé) qu’on ne doit accorder à ce procédé aucune force de démonstration ou d’argument 1 ; et d’autre part ( contre Speusippe , ainsi que nous l’apprend Eudème parmi les interprètes grecs) , qu’il ne doit pas être entièrement rejeté , parce que , quoique toujours subordonné à l’autre méthode d’induction , il peut servir à nous assurer qu’aucune qualité essentielle n’a été oubliée, que ces qualités seules ont été prises, et qu’elles sont convenablement arrangées et placées dans leur ordre. Quant à la méthode inductive, qu’il faut considérer comme la principale, il en explique la nature et donne divers préceptes pour son application légitime (§§ 7, 21 et sniv.).
t'e court exposé mettra le lecteur à même de comprendre comment M. Hampden a défiguré la doctrine d’Aristote. Premièrement , cet écrivain se trompe en supposant que le philosophe dans le
quoique peut-être sans le vouloir ; dans une partie du passage que nous avons cité il parle de la division ( son induction logique ) comme d’une » analyse, » et dans un autre » il la décrit comme » synthétique. »
1 C’est ce qu’il fait aussi ailleurs. Analyt. Prior., liv. I, c. 3i. Analyt . post , lib. II, c. 5 et alibi.
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chapitre en question, applique le mot induction à une méthode quelconque de chercher la définition ; ce terme ne s’y trouve pas une seule fois. Secondement, il se trompe davantage encore en croyant qu’Aristote donnait ce nom à une régression de l’universel au particulier, tandis que dans sa philosophie, et même dans toute philosophie, il s’applique exclusivement à la progression du particulier à l’universel. Troisièmement, il a tort d’imaginer qu’Aristote ne traite dans ce chapitre que d’une seule méthode, car il y examine et compare deux méthodes non -seulement différentes, mais encore opposées ". Quatrièmement , il est dans l’erreur en appliquant à une de ces méthodes les observations qu’Aristote n’applique, et qui ne sont applicables, qu’à l’explication de la méthode inverse. Ainsi , par exemple , il cite en note comme relatives à la division des expressions de l’original qui se rapportent à l’induction ; et l’exemple qu’il donne pour éclaircir une des méthodes (la définition de la
1 L’erreur de M. Hampdcn peut ôtTe attribuée à cette circonstance que Pacius( suivi par Duval dans l'Organon ) parle daus son argument analytique de ce chapitre d'une meihodus divisiva , et d’une methodus inductive. M. Hampden , dans son étude insuffisante du sujet , ne s’étant pas aperçu que c’étaient là deux méthodes opposées pour chercher la définition, aura supposé qu’il ne s’agissait que d’une seule chose exprimée de deux manières diiïérentes. M. Hampden est un homme plein de mérite, mais pour comprendre Aristote dans un de ses ouvrages il faut le comprendre dans tous ; et pour le comprendre , il faut l'étudier long-temps et assidûment avec un esprit rompu à la spéculation , et familiarisé avec la littérature philosophique.
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magnanimité) est en réalité employé par Aristote pour expliquer l’autre. Cinquièmement, il renchérit encore sur son erreur en composant sa méthode unique avec la méthode secondaire d’Aristote , et en louant, comme une partie particulièrement importante de la philosophie aristotélique, un procédé pour l’exposition duquel Aristote n’a aucun titre à l’originalité, et auquel il n’attribue justement lui-même, ici et ailleurs, qu’une importance inférieure. Sixièmement , M. Hampden , également en contradiction avec la philosophie entière du Stagirite et avec la vérité , fait soutenir à Aristote que nos plus hautes abstractions sont les premières dans l’ordre du temps; que notre procédé de classification est concentrique et non excentrique ; que l’enfant généralise substance et accident , avant œuf et blanc. Cette exposition delà méthode inductive étant ainsi l’inverse de la vé»té, il est inutile de dire que l’explication étymologique du mot trayoïyr, hasardée par M. Hampden doit être erronée. Mais bien plus erronée encore est cette autre remarque par laquelle il croit justifier son interprétation. « L’ârayoayŸi, dit-il, « X abduction , dont parle Aristote (Anaiyt. pr., 1 1, « c. a 5 ), est précisément l’inverse, c’est-à-dire un « procédé par lequel on est conduit par les termes « successivement tirés de la notion plus précise , « acquise au moyen d’1111 premier terme. » L’abduction dont il s’agit n’est rien de tout cela. C’est une espèce de syllogisme dont nous n’expliquerons